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PEO IEW&S accélère le prototypage rapide pour une armée plus agile et innovante

La capacité de l’armée américaine à s’adapter et innover en temps réel est cruciale pour réussir sur les champs de bataille modernes. C’est cette exigence qui sous-tend l’initiative « Transforming in Contact » (TiC), un programme à l’échelle de l’armée visant à fournir aux unités des technologies de pointe pour une utilisation immédiate, une expérimentation rapide et une amélioration itérative. Contrairement aux stratégies de modernisation à long terme, souvent lentes, TiC mise sur la rapidité et la flexibilité en plaçant les nouvelles capacités directement entre les mains des soldats, qui peuvent ainsi tester les équipements, transmettre leurs retours du terrain et contribuer à façonner les solutions futures de l’armée.

« Le soldat américain est innovant. Il est intelligent. Il a soif de changement », déclarait le secrétaire à l’Armée, Daniel Driscoll, lors d’une interview diffusée le 1er mai 2025. Cette vision illustre la philosophie de TiC, qui vise à donner aux soldats les moyens technologiques et organisationnels de s’adapter immédiatement. C’est pourquoi le Program Executive Office for Intelligence, Electronic Warfare and Sensors (PEO IEW&S) ne se contente pas de concevoir des systèmes, mais s’attache à les livrer de manière à favoriser l’expérimentation et l’amélioration rapide.

DE TIC 1.0 À 2.0

Lancée avec six unités initiales, l’opération dite « TiC 1.0 » regroupait des éléments de la 82e division aéroportée, de la 101e division aéroportée, de la 1re division de cavalerie, entre autres, sélectionnés pour leur diversité opérationnelle et leur état de préparation. Ces premières expérimentations ont permis d’identifier des lacunes, d’affiner les exigences en formation et d’orienter les modifications dans la structure des unités ainsi que dans les concepts d’opérations (CONOPS).

Une leçon clé a été la nécessité d’une grande flexibilité dans la configuration et le déploiement des systèmes, selon la nature des missions et des terrains. Les retours issus du terrain ont conduit à repenser les systèmes, à simplifier les interfaces et à renforcer la modularité, évolutions qui ont directement nourri TiC 2.0.

« Nous ne disons pas ‘TiC 1.0 est terminé, maintenant on passe à TiC 2.0’ », explique le major James Duffy, responsable TiC chez PEO IEW&S. « C’est une évolution naturelle, nous élargissons les types d’unités partenaires — aviation, unités d’appui-feu, bataillons de renseignement, forces spéciales, task forces multidomaines — et nous affinons la granularité sur la manière et les endroits où les capacités sont déployées. »

Dans TiC 2.0, l’armée va plus loin. Il ne s’agit pas seulement de distribuer de nouveaux équipements, mais d’évaluer aussi la structure même des formations. Cet automne, de nouveaux concepts d’organisation des forces seront testés au Joint Pacific Multinational Readiness Center-Exportable, incluant l’expérimentation de postes de commandement plus petits, mobiles et faciles à repositionner, tout en étant plus difficiles à cibler.

La diversité des unités couvertes par TiC permet à l’armée de recueillir des données issues de différents environnements, ce qui guide les choix de conception. Par exemple, les exigences pour la zone Pacifique, caractérisée par un terrain dispersé et des opérations à longue portée, diffèrent de celles en Europe, où les défis liés à la manœuvre et à la guerre électromagnétique dominent. Ces réalités opérationnelles influencent les formats, la résilience des réseaux et les stratégies de soutien logistique. L’objectif est d’éviter une solution uniforme pour mieux adapter les capacités aux missions spécifiques.

FAIRE PROGRESSER TiC

Participant activement à cette dynamique, PEO IEW&S soutient TiC en déployant rapidement des capacités et en les perfectionnant selon les besoins des soldats.

Parmi les systèmes actuellement mis en œuvre chez les unités TiC figurent :

  • Terrestrial Layer System (TLS) Manpack — un système portable dédié à la guerre électromagnétique et au renseignement d’origine électromagnétique.
  • Mounted Assured Positioning, Navigation and Timing (PNT) System (MAPS) — un système monté sur véhicule, intégrant divers capteurs et dispositifs anti-brouillage pour fournir des données de positionnement, navigation et synchronisation fiables même dans des environnements où le GPS est contesté.
  • Dismounted Assured PNT System (DAPS) — un système permettant aux soldats à pied de tirer, se déplacer et communiquer même lorsque le GPS est indisponible ou dégradé.
  • Spectrum Situational Awareness System (S2AS) — une capacité logicielle donnant aux soldats une vision en temps réel de l’environnement électromagnétique, facilitant la prise de décision et la gestion des menaces sur le spectre.
  • Micro High Altitude Balloons (mHABS) — des plateformes aériennes légères et économiques capables de rester en vol plusieurs jours, intégrées dans les exigences spécifiques du programme TiC.

Ces systèmes sont déployés de façon ciblée au sein des unités prototypées. Tous les soldats ou formations ne reçoivent pas le même matériel : l’armée adapte la livraison, recueille des évaluations détaillées et améliore rapidement les équipements en fonction des retours terrain.

« Fini le temps où chaque soldat recevait le même équipement quel que soit son rôle », explique James Duffy. « Nous privilégions des déploiements ciblés, avec des retours sur petites échelles, pour itérer vite. »

UN RETOUR RAPIDE POUR DES RÉSULTATS CONCRETS

Au cœur du processus TiC se trouve la rapidité avec laquelle les retours des soldats influencent le développement des systèmes.

« Au Joint Readiness Training Center (JRTC), nous avions des experts sur place qui aidaient une unité à reconfigurer ses équipements en temps réel », précise Duffy. « Ce type d’optimisation ne nécessite pas une refonte d’ingénierie ; c’est une action que nous pouvons réaliser directement sur le terrain. Même quand il y a des problématiques techniques plus complexes, nous les documentons, collaborons avec les fournisseurs et intégrons les améliorations dans les versions suivantes. TiC, c’est l’innovation à la vitesse de la pertinence. »

Des représentants utilisateurs et des équipes de renseignement sont intégrés à certaines unités, générant des rapports de situation quotidiens remontant jusqu’au chef adjoint état-major pour le renseignement de l’armée (G-2), le lieutenant-général Anthony Hale. Ces échanges nourrissent le développement quotidien et les corrections en temps réel.

« Nous fournissons aux soldats des équipements que nous savons imparfaits, parce qu’attendre la perfection, c’est trop tard », résume Duffy. « Il s’agit de progression plutôt que de perfection. Mettre les outils entre leurs mains, écouter ce qui fonctionne ou pas, puis revenir avec une version améliorée. »

CONCLUSION

TiC ne constitue pas seulement une initiative de modernisation, mais un véritable changement de mentalité.

« Ce serait un échec si la première série de systèmes livrés ressemblait exactement à la précédente », souligne le brigadier-général Ed Barker, officier exécutif du PEO IEW&S. « Si nous n’apprenons pas des retours des utilisateurs et que nous ne les intégrons pas dans les itérations futures, nous n’accomplissons pas notre tâche. »

La hiérarchie de l’armée affirme clairement que la modernisation doit s’accélérer et être guidée par ceux qui sont en première ligne. « Le champ de bataille évolue aussi vite que la technologie que vous avez dans la poche, et nous savons que nous devons changer », rappelait le général Randy George, chef d’état-major de l’armée, lors d’un panel du Council on Foreign Relations à Washington le 19 mai 2025.

À mesure que TiC s’étend en ampleur et en profondeur, le PEO IEW&S demeure engagé à fournir des capacités non seulement pour assurer le succès des missions actuelles, mais aussi pour construire une armée plus agile et réactive pour l’avenir.