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Lors d’un événement à la base du Corps des Marines de Quantico, Pete Hegseth a prononcé un discours sans détour qui a rapidement fait le buzz. Il a déclaré que « c’était fatigant de regarder des formations de combat… et de voir des soldats en surpoids », une remarque qui a suscité à la fois approbation et critiques. Mais il ne s’est pas arrêté là, s’en prenant directement aux cadres supérieurs.

Hegseth a jugé « totalement inacceptable de voir des généraux et amiraux en surpoids dans les couloirs du Pentagone ». Cette prise de position du futur secrétaire à la Défense potentiel pointe du doigt la haute hiérarchie et suggère que le problème commence au sommet de la chaîne de commandement. Le combat que mène Pete Hegseth semble être celui contre la complaisance aux plus hauts niveaux des forces armées.

Son inquiétude semblait également très personnelle. Lors de son intervention, il a exprimé qu’il ne voudrait pas que son propre fils serve aux côtés de soldats en mauvaise condition physique. Il a appelé à des normes élevées, uniformes et neutres en termes de genre, en particulier pour les rôles de combat où toute mission exige force et endurance physique, souvent à très court préavis.

Une telle déclaration ne pouvait que provoquer des réactions. Sur le plateau de l’émission « The View », la co-animatrice Sunny Hostin a critiqué l’approche d’Hegseth, jugeant le ton de son discours « terrible » et loin d’être un message encourageant pour l’armée. Elle a pointé ce qu’elle perçoit comme une hypocrisie, évoquant le renvoi de plusieurs hauts gradés, souvent des femmes ou des personnes issues de minorités, sous la présidence de Donald Trump. Pour elle, il est contradictoire de limoger des officiers décorés tout en dénigrant l’armée qu’ils dirigent, ce qui lui semble davantage motivé par une tentative de salir des réputations que par une volonté réelle d’amélioration.

Selon Hostin, le message paraissait confus, voire contradictoire, et la vraie question semblait moins être la condition physique que la présence d’une « idéologie toxique ». Elle a observé que les officiers présents regardaient Hegseth « comme s’il avait deux têtes », témoignant d’une réception glaciale. Les critiques redoutent que de telles condamnations publiques entraînent des plaintes infondées et nuisent au moral des forces interarmées.

Pourquoi la condition physique est-elle un impératif non négociable dans l’armée ? La réalité militaire est loin d’un emploi ordinaire. L’armée a un but unique : être prête à la guerre. Cela signifie que chaque soldat doit être apte à affronter les exigences physiques extrêmes du combat, souvent sur des terrains rudes et imprévisibles.

Comme le soulignent certains experts, nos principaux adversaires, tels que la Chine et la Russie, ne laissent rien au hasard. Leurs vidéos montrent des troupes en excellente condition physique soumises à des entraînements intensifs. La préparation n’est pas un simple slogan, mais une condition essentielle à la sécurité nationale et à la dissuasion.

C’est la raison d’être des tests de condition physique, régulièrement mis à jour pour mieux mesurer la capacité d’un soldat. Le non-respect de ces standards peut avoir de lourdes conséquences sur le terrain où la force physique est indispensable.

Un point central de ce débat concerne la catégorie des leaders militaires. Hegseth ne s’en prenait pas aux simples soldats de la Garde nationale, mais visait directement les généraux et amiraux, remettant en cause tout un système de commandement dont il pourrait lui-même devenir le chef en tant que secrétaire à la Défense.

La condition physique des hauts gradés est cruciale car elle illustre le principe du commandement par l’exemple. Comment un chef peut-il exiger de ses troupes qu’elles maintiennent des normes élevées si lui-même n’est pas en mesure de suivre ? Cela porte atteinte à ce que les militaires appellent « l’autorité morale ».

De nombreux vétérans racontent comment ils ont été inspirés par des chefs faisant preuve d’une endurance et d’une forme physique remarquables. Lorsqu’un lieutenant-colonel de 45 ans peut encore dépasser des soldats beaucoup plus jeunes lors d’un entraînement intensif, cela témoigne d’un engagement fort qui motive toute l’unité. C’est un leadership authentique, opposé à une culture centrée sur l’expression individuelle superficielle.

Ce débat ne surgit pas de nulle part. Depuis des années, soldats et anciens combattants remarquent un relâchement des standards. Beaucoup estiment que la discipline stricte et les normes strictes d’hygiène d’antan se sont progressivement estompées.

Certains évoquent la disparition de pratiques perçues autrefois comme des entraînements rudes, parfois qualifiées de brimades. Si les politiques ont été assouplies pour prévenir les abus, certains jugent que la peur des inspections et des plaintes anonymes a engendré une réticence des supérieurs à imposer des exigences difficiles.

Ce glissement d’une culture de guerrier vers une culture bureaucratique pose la question d’une perte de l’exigence nécessaire pour former une force de combat efficace. Les débats autour de la gestion des critères esthétiques, comme l’autorisation des cheveux longs, ou des initiatives de quotas raciaux, parfois perçues au détriment du mérite pur, nourrissent ce sentiment de déclassement.

La question des standards physiques neutres par rapport au genre est également au cœur des débats, notamment depuis que les femmes ont accédé à davantage de rôles de combat. Doivent-elles répondre aux mêmes critères physiques que les hommes pour ces postes ? Selon un sondage, si la majorité des Américains soutient la présence des femmes en combat, 77 % estiment qu’elles doivent respecter les mêmes exigences physiques. Un signe que le public considère que les contraintes du combat ne dépendent pas du genre.

Pour répondre à cette exigence, l’armée a adapté ses tests avec des épreuves plus proches des réalités du combat, comme le Army Combat Fitness Test (ACFT). L’objectif est que chaque soldat, homme ou femme, accomplisse les tâches physiques nécessaires, qu’il s’agisse de soulever des munitions lourdes ou de transporter un camarade blessé. Il ne s’agit pas d’un simple test abstrait, mais d’évaluations de capacités tangibles et vitales.

La transition du test physique classique (Army Physical Fitness Test) au nouveau test ACFT illustre cette évolution. Le premier test comprenait 3 épreuves (pompes, abdominaux, course de 3,2 km) essentiellement axées sur l’endurance cardiovasculaire et musculaire. Le nouvel ACFT propose 6 épreuves : soulevé de terre, lancer explosif, pompes mains libres, sprint-traîne-transport, gainage/tractions, et course de 3,2 km.

Caractéristique APFT (Classique) ACFT (Moderne)
Nombre d’épreuves 3 (pompes, abdominaux, 3,2 km) 6 (soulevé de terre, lancer explosif, pompes mains libres, sprint-traîne-transport, gainage/tractions, 3,2 km)
Objectif Endurance cardiovasculaire et musculaire du haut du corps et du tronc Fitness global : force, puissance, vitesse, agilité, endurance, reflétant les tâches de combat
Barème de notation selon le sexe Scores différents pour hommes et femmes, selon l’âge Initialement neutre, désormais ajusté avec plusieurs paliers de performance, sujet à controverse
Matériel nécessaire Minimal : tapis et chronomètre Important : barres hexagonales, poids, kettlebells, ballons médicinaux, traîneau
Lien avec le combat Indirect : courir vite ne garantit pas de porter un blessé Simule des tâches réelles telles que lever des charges lourdes et se déplacer rapidement sous charge

Cette problématique du surpoids ne peut être dissociée de la crise générale du recrutement que traversent toutes les armées américaines. Tous les corps peinent à atteindre leurs quotas, affectés par plusieurs facteurs dont un marché du travail florissant et surtout une baisse du nombre de jeunes éligibles au service.

Le principal motif d’inaptitude est l’obésité. Selon le Département de la Défense, près d’un tiers des Américains âgés de 17 à 24 ans sont trop en surpoids pour s’engager. Cette réalité restreint considérablement le vivier de candidats, obligeant les recruteurs à redoubler d’efforts.

Ce contexte impose un délicat équilibre. En resserrant trop les standards physiques, l’armée risquerait de réduire encore plus son bassin de recrutement. À l’inverse, les abaisser pour atteindre les objectifs mettrait en péril la préparation et l’efficacité globale, précisément le problème dénoncé par Hegseth.

Cette discussion ouverte par Pete Hegseth sur le surpoids dans l’armée américaine soulève donc un débat plus vaste. Si ses propos sont directs, ils ont remis en lumière un sujet longtemps ignoré. Ce questionnement est essentiel pour l’avenir des forces armées.

La condition physique dépasse les simples pourcentages de masse grasse ou les temps de course. Elle renvoie à l’essence même de l’efficacité militaire : un leadership exemplaire, une préparation au combat en environnement menaçant et des standards intransigeants pour défendre la nation.

La façon dont les dirigeants militaires et le Département de la Défense choisiront de prendre en compte ces enjeux déterminera leurs priorités stratégiques. Au final, la condition physique des soldats est une question de sécurité nationale. Trouver l’équilibre entre exigences élevées et contexte difficile de recrutement sera le défi majeur à relever. Toute la force interarmées observe avec attention l’issue de ce débat.