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Fin avril et début mai, l’exercice National Guardian a permis aux forces de protection territoriale allemandes d’entraîner leur mission principale : la protection et la sécurisation d’infrastructures stratégiques telles que les dépôts de munitions, les ports maritimes et les points de relais. Cette manœuvre servait également de soutien concret aux unités déployées dans le cadre de l’importante manœuvre de l’OTAN, Steadfast Defender.

Le lieutenant-général André Bodemann, commandant du Commandement territorial des forces armées allemandes à Berlin et commandant national territorial, était responsable de cet exercice à l’échelle nationale. Dans cet entretien, il revient sur les points clés de l’opération et dresse un bilan encourageant sur la montée en puissance d’une réserve opérationnelle.

Lieutenant-général, quels enseignements tirez-vous de cet exercice ?

Trois constats majeurs ressortent de National Guardian. Tout d’abord, cet exercice constitue une extension concrète du plan d’opérations national en Allemagne. Nous souhaitions tester, sur le terrain, l’efficacité du soutien des forces territoriales aux troupes régulières, et cela a globalement bien fonctionné. Ensuite, le principe de régionalité s’avère crucial dans la protection territoriale. Les volontaires souhaitent avant tout défendre leur propre région, là où ils vivent, travaillent, s’entraînent et opèrent. Enfin, ce qui m’a frappé, c’est la forte motivation palpable de ces personnels dédiés à cette mission.

Quel est votre ressenti à propos des hommes et femmes que vous avez rencontrés lors de cette manœuvre ?

Échanger avec eux sur les différents sites, observer leur enthousiasme et la diversité des parcours est très enrichissant. Parmi eux, j’ai rencontré une jeune femme de 19 ans, étudiante en médecine, aspirant chirurgienne, qui s’engage parallèlement comme soldate chargée de la sécurité. J’ai aussi discuté avec un militaire de 59 ans, mon âge, qui avait refusé le service militaire dans les années 1980. Aujourd’hui, en raison de l’évolution de la situation sécuritaire, il souhaite se mobiliser pour son pays, pour défendre la liberté et la démocratie. Cette richesse humaine et cette dynamique sont au cœur de la protection territoriale en Allemagne.

L’exercice a également impliqué une collaboration étroite avec les autorités civiles et les services d’urgence. Les forces territoriales ont ainsi travaillé main dans la main avec la police fédérale et régionale, les douanes, les services médicaux du Croissant-Rouge, de la Johanniter et des Malteser, ainsi que les pompiers et le Service technique d’urgence. Cette coopération a-t-elle été réussie ?

Sans aucun doute. Tous les acteurs comprennent l’enjeu : optimiser la synergie entre militaire et civil. C’est d’ailleurs le cœur de la mission, et nous avons pu tester son application dans divers scénarios. Bien sûr, il reste des ajustements à effectuer, mais ils concernent des détails spécifiques.

Les scénarios simulés correspondent-ils à des situations réalistes ?

Absolument. Nous sommes très proches des réalités potentielles et des menaces envisagées. Toutes les opérations de National Guardian visent explicitement à protéger et sécuriser des infrastructures critiques, essentielles au déploiement stratégique de forces nationales et multinationales, tout en collaborant étroitement avec les partenaires civils. Cela s’aligne parfaitement avec les missions définies dans le plan d’opérations national.

Où en est-on aujourd’hui dans le développement des forces de protection territoriale ?

Nous avançons bien dans la formation des six régiments territoriaux planifiés jusqu’à présent. Le nombre de candidats est élevé et la progression des effectifs globale est satisfaisante. Cependant, en revenant au principe de régionalité, plus nous pourrons offrir une présence territoriale large et locale, plus nous attirerons de volontaires. Les citoyens veulent s’investir principalement dans leur région, là où ils vivent et travaillent. Au-delà des directives du plan d’opérations, il est donc nécessaire de dépasser ces six régiments pour établir une couverture régionale plus dense.

Qu’en est-il du volet matériel ?

Nous disposons actuellement d’équipements et de matériels suffisants – armes, véhicules, équipements personnels – pour entraîner les forces territoriales et les préparer partiellement aux opérations. En revanche, nous n’avons pas encore la capacité matérielle intégrale pour engager simultanément l’ensemble des soldats territoriaux sur le terrain, ce qui constitue notre prochain objectif intermédiaire.

Début avril, il a été décidé de rattacher les forces territoriales à l’Armée de terre, compte tenu de leur champ d’action terrestre. Quels bénéfices en attendez-vous ?

Cette décision n’est pas une surprise. Le plan d’opérations national prévoit que les forces territoriales soient placées sous le commandement terrestre entre la phase de crise et le déclenchement de conflits, et ce rattachement est anticipé aujourd’hui. L’essentiel est de garantir une transmission fluide et sans pertes d’information dans ce transfert au sein de l’Armée de terre.

Pour conclure, quel message adressez-vous aux citoyens allemands qui envisagent de s’engager dans la protection territoriale face aux défis sécuritaires actuels ?

Je remercie tous ceux qui s’engagent, que ce soit dans des organisations civiles comme le Service technique d’urgence (THW), les pompiers volontaires, la DLRG ou en tant que réservistes dans les forces armées. La protection territoriale offre une opportunité concrète, surtout au niveau régional, de répondre aux enjeux sécuritaires actuels et de contribuer directement à la défense de notre pays, de nos libertés et de notre démocratie. Quel que soit votre parcours, avec ou sans expérience militaire, je vous encourage vivement à rejoindre la protection territoriale et à participer à la sécurité nationale.