L’Armée de l’air indienne a discrètement franchi un cap décisif concernant le Tejas Mk2. Initialement envisagée comme une commande prudente d’« environ 120+ » appareils, la nécessité s’est affirmée lors de réunions à huis clos jusqu’en 2025, aboutissant à un besoin ferme d’au moins 220 à 250 avions sur les quinze prochaines années. Les hauts responsables de l’IAF ont à plusieurs reprises insisté auprès du ministère de la Défense pour qu’au minimum six à sept escadrons de Mk2 soient déployés afin de remplacer les flottes vieillissantes de MiG-21, Mirage 2000 et Jaguar, le programme AMCA étant encore en phase de développement.
Pourtant, Hindustan Aeronautics Limited (HAL), déjà engorgé par la production de 180 Tejas Mk1A, 156 hélicoptères LCH Prachand, les mises à niveau des Su-30 et diverses commandes d’hélicoptères, ne peut espérer produire plus de 16 à 18 appareils Mk2 par an, même après l’ouverture de la nouvelle chaîne de production à Nashik prévue pour 2029-2030. À ce rythme, les calculs simples indiquent que le dernier Mk2 ne sortirait des chaînes qu’après 2045, ce qui est tout simplement inacceptable pour un chasseur devant être opérationnel en escadron dès 2032-2033.
Une solution déjà éprouvée existe
La même entité privée, probablement dirigée par Tata Advanced Systems ou Mahindra Aerospace et associée en partenariat de partage de risques avec Lockheed Martin ou Saab, qui a été retenue pour construire cinq prototypes d’AMCA sous le modèle SP (Strategic Partner), serait parfaitement à même d’intégrer aussi la production des Tejas Mk2.
Les raisons :
- Base technologique commune
Le Tejas Mk2 et l’AMCA Mk1 partagent 70 à 75 % de similarités dans leurs processus de fabrication : ailes en composite carbone, fuselage co-cuit, commandes de vol numériques (fly-by-wire), intégration du radar Uttam à base de GaN, et assemblage du moteur GE F414. Une chaîne privée maîtrisant l’AMCA maîtriserait donc d’emblée le Mk2. - Capacité
Une usine privée en création, prévue pour produire 12 à 15 AMCA par an à partir de 2035, pourrait être anticipée et montée en charge pour livrer 24 à 30 Tejas Mk2 annuellement à partir de 2031, ce qui correspond exactement aux besoins de l’IAF. - Coût et rapidité
Les offres privées déposées pour la chaîne de production du Tejas Mk1A (comme celle de Tata en 2023) affichent un coût inférieur de 18 à 22 % par rapport à celui proposé par HAL pour le même avion. Le même avantage s’appliquerait au Mk2. - Gestion des risques pour l’AMCA
Confier une commande de 150 à 200 Tejas Mk2 au consortium de l’AMCA permet de réduire les risques du programme de cinquième génération. Cela génère des revenus, affine les processus, forme les équipes et perfectionne la chaîne d’approvisionnement bien avant le premier vol de l’AMCA.
Feuille de route proposée
- 2026 : lancement d’un appel d’offres mondial pour sélectionner un partenaire stratégique privé chargé de produire 250 Tejas Mk2 (monoplaces + biplaces), avec transfert complet de technologie (ToT) de l’ADA/HAL.
- 2027-2028 : attribution du contrat, allocation des terrains, début des travaux d’infrastructure.
- 2030 : sortie du premier Mk2 sur la chaîne privée.
- 2031-2040 : rythme de production de 25 à 30 appareils par an.
- HAL continue parallèlement la production de sa commande initiale d’environ 120 Mk2 à raison de 12-16 unités par an (total d’environ 370 à 380 Mk2 en service dans l’IAF à l’horizon 2042).
Inde ne peut se permettre deux décennies supplémentaires de retards induits par le monopole. Le Tejas Mk2 n’est plus simplement un « bébé » du DRDO, mais le chasseur de transition qui assurera la relève de l’IAF jusqu’à la maturité de l’AMCA. Il est temps de faire ce qu’aucun gouvernement précédent n’a osé : briser l’étau de HAL sur la production de chasseurs et confier le Tejas Mk2 à la même équipe privée qui développera l’avenir aéronautique de cinquième génération de l’Inde.
Commander 250 appareils dès maintenant. Produire dans le secteur privé. Permettre à l’IAF de déployer 25 nouveaux Mk2 chaque année à partir de 2031, plutôt que de dépendre des 12 unités d’une entreprise publique surchargée.