La Marine américaine a récemment présenté son premier aperçu officiel de l’avion de patrouille maritime Boeing P-8 Poseidon équipé du missile anti-navire à longue portée AGM-158C Long Range Anti-Ship Missile (LRASM). Cette annonce fait suite à des observations antérieures où des passionnés avaient photographié un P-8A portant ce missile sous son aile, suscitant un vif intérêt quant à son intégration sur cette plateforme. Développé par Lockheed Martin, le LRASM est un missile furtif et à longue portée dérivé du missile JASSM-ER (AGM-158B), capable d’atteindre des cibles à plus de 370 km, avec un guidage combiné radiofréquence et infrarouge, un lien de données pour un ciblage amélioré, et une conception optimisée pour échapper aux défenses adverses.
La dernière variante, AGM-158C-3, devrait entrer en phase d’acquisition cette année fiscale. Elle promet des améliorations dans le guidage au-delà de la ligne de vue, une meilleure survie face aux contre-mesures ennemies, ainsi que des mises à jour logicielles, faisant du LRASM une arme redoutable pour les missions de frappe maritime. L’intégration du LRASM sur le P-8 Poseidon renforce de manière significative la capacité de la Marine américaine à engager des cibles navales de haute valeur à longue distance, confortant ainsi sa supériorité dans la guerre anti-surface.
Parallèlement, la Marine indienne, plus grand opérateur mondial de la variante P-8I Neptune, suit de près ces évolutions. Disposant actuellement de 12 appareils et avec un projet d’acquisition de six unités supplémentaires, portant son total à 18, l’Inde renforce ainsi ses capacités de surveillance et de frappe maritime dans la région indo-pacifique. La flotte indienne utilise aujourd’hui le missile anti-navire Harpoon Block-II, mais les performances supérieures du LRASM en portée, furtivité et guidage avancé représentent une option d’amélioration attractive.
Cependant, l’Inde étudie aussi une alternative nationale : le missile Naval Anti-Ship Missile – Medium Range (NASM-MR), développé par l’Organisation de Recherche et Développement pour la Défense (DRDO). Ce missile de croisière anti-navire toutes conditions météo est conçu pour s’attaquer à des navires de taille petite à moyenne, comme des frégates, avec une portée supérieure à 350 km. Propulsé par une version réduite du moteur Manik, le NASM-MR s’inscrit dans la stratégie indienne d’autonomie technologique en défense. Ce programme a d’ailleurs été lancé à la demande de la Marine, témoignant d’un fort soutien institutionnel.
La Marine indienne est désormais confrontée à un choix stratégique : opter pour le LRASM, une arme éprouvée et technologiquement avancée, qui renforcerait immédiatement la puissance de feu de ses P-8I, tout en assurant une interopérabilité avec les marines alliées, notamment américaine, ou privilégier le NASM-MR pour soutenir l’objectif national d’indépendance en matière d’armement, tout en conservant des capacités comparables. Cette décision devra concilier les besoins opérationnels, les considérations géopolitiques et les priorités stratégiques du pays.