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L’Armée américaine a développé une nouvelle grenade à main létale qui tue par surpression d’explosion plutôt que par fragmentation, une innovation jugée plus efficace pour les combats en milieu urbain et espaces clos.

La surpression d’explosion est une onde de pression rapide et intense générée lors d’une détonation, qui comprime puis décompresse violemment les tissus humains. Ce phénomène peut causer des blessures graves aux poumons, au système digestif, au cerveau, ainsi qu’aux autres organes, et s’avérer fatal.

La grenade offensive M111, première nouvelle grenade létale de l’Armée depuis 1968, possède un corps en plastique destiné à mieux canaliser cette surpression, indiquent des responsables militaires. Elle est conçue pour une utilisation dans des espaces confinés, tels que pièces, bunkers ou grottes.

Avec un poids de 360 grammes (12,6 onces), la M111 viendra en complément de la célèbre grenade à fragmentation M67, utilisée principalement en terrain dégagé, précise John Troup du Capability Program Executive Ammunition & Energetics, organisme chargé du déploiement des armements et munitions.

Sa forme particulière, évoquant celle d’une bouteille, ne sert pas à diriger la surpression, mais facilite la reconnaissance visuelle, explique John Troup. « Cette forme aide les soldats à distinguer la M111 des autres grenades, et contribue à renforcer la mémoire musculaire lors d’opérations à haute tension et en milieu dynamique », déclare-t-il.

La M111 sera d’abord distribuée aux soldats de la Force de Réponse Immédiate de l’Armée, capable d’être déployée partout dans le monde sous 18 heures. Son déploiement aux autres unités est prévu à partir de 2028.

Contrairement à la M67, qui disperse des éclats mortels susceptibles d’être arrêtés ou déviés par des obstacles dans des espaces clos, limitant ainsi leur efficacité, les grenades à surpression exploitent l’onde de pression, moins sujette à ces contraintes.

Un officier d’infanterie retraité souligne que dans les conflits récents, les soldats américains ont souvent combattu dans des bâtiments mal construits, où l’utilisation de grenades à fragmentation présente un danger accru. En effet, les éclats peuvent pénétrer les murs et blesser des forces amies situées de l’autre côté, ce qui n’est pas le cas avec la surpression limitée à la pièce ciblée.

« Une leçon clé tirée des combats urbains au corps-à-corps en Irak est que la grenade M67 n’était pas toujours adaptée », affirme le colonel Vince Morris, responsable du projet Close Combat Systems. « Le risque de fratricide au-delà du mur était trop élevé. Une grenade exploitant la surpression permet de neutraliser rapidement les combattants ennemis dans une pièce, sans laisser de refuge, tout en assurant la sécurité des forces amies. »

L’Armée est depuis longtemps consciente des risques liés à la surpression générée par certaines armes, comme le fusil antichar Carl Gustaf. L’an dernier, elle a annoncé une étude sur l’impact sanitaire de l’exposition à ces détonations pour ses soldats.

À titre préventif, les soldats sont déjà soumis à des limites sur le nombre de tirs quotidiens lors de leur entraînement avec le Carl Gustaf.

Todd Strader, ancien artilleur et fervent défenseur des mesures de sécurité contre les dangers de la surpression, trouve quelque peu paradoxal que l’Armée adopte aujourd’hui une nouvelle grenade basée sur ce principe. « Apparemment, les propriétés physiques de la surpression sont suffisamment fiables pour être utilisées contre l’ennemi, mais leur impact sur nos propres troupes en formation reste encore débattu », souligne-t-il. En tant que dirigeant d’OverPressured LLC, il reconnaît cependant que l’Armée « est en avance dans la reconnaissance de cette menace unique et la mise en place de mesures d’atténuation ».