Un haut responsable iranien a récemment critiqué la Russie pour son refus de livrer à l’Iran le système de défense aérienne avancé S-400, accusant Moscou de privilégier ses relations avec Israël. Cette controverse survient dans le contexte d’une intense campagne aérienne israélienne contre des cibles iraniennes en juin 2025, suivie par des frappes américaines sur des sites nucléaires du pays. Le bilan met en lumière les insuffisances des défenses aériennes iraniennes et pose la question de l’avenir de l’alliance russo-iranienne.
Le S-400, développé par le groupe russe Almaz-Antey, est reconnu comme l’un des systèmes les plus sophistiqués au monde. Il peut engager des cibles jusqu’à 400 kilomètres de distance et à une altitude de 30 kilomètres grâce à une gamme variée de missiles, dont le 40N6E pour le tir longue portée. Son radar 91N6E est capable de détecter même des aéronefs furtifs tels que le F-35. À l’inverse, l’Iran s’appuie principalement sur son système national Bavar 373 et quelques S-300PMU-2 importés, qui n’ont pas réussi à contrer efficacement les assauts israéliens.
Au cours de l’« Opération Lion Ascendant » lancée par Israël le 13 juin 2025, l’aviation israélienne a déployé plus de 200 appareils, dont des F-35I Adir et des F-15I Ra’am, pour frapper avec précision des infrastructures nucléaires et des installations de défense aérienne iraniennes. Cette offensive coordonnée a commencé par des opérations d’infiltration des forces spéciales visant à neutraliser les radars iraniens, avant que ne soient menés des raids aériens avec des munitions de haute précision comme les GBU-31.
La campagne a révélé les failles du dispositif iranien. Le Bavar 373, lancé en 2019, dispose d’une portée d’environ 200 kilomètres et peut engager plusieurs cibles simultanément, mais son radar reste moins performant que le 91N6E russe. Par ailleurs, le système n’a pas réussi à détecter ou à intercepter efficacement les avions furtifs israéliens. Les quelques S-300PMU-2 iraniens, acquis en 2017 après des années de retard, ainsi que le radar Rezonans-NE importé en 2019, se sont également montrés insuffisants face aux capacités électroniques et au savoir-faire israéliens.
Une critique ouverte à l’encontre de Moscou
Ali Motahari, ancien vice-président du parlement iranien, a publiquement dénoncé la Russie sur le réseau social X, reprochant à Moscou de refuser la livraison du S-400 à l’Iran tout en fournissant ce système à la Turquie et à l’Arabie saoudite. Selon lui, Moscou craint que l’Iran n’utilise le S-400 contre Israël, avec lequel elle souhaite maintenir de bonnes relations. Il a également souligné que l’Iran avait apporté son soutien à la Russie dans le conflit ukrainien en fournissant des drones, sans que cette aide ne soit réciproque sur le plan militaire.
Cette prise de position reflète une frustration croissante à Téhéran face aux limites du partenariat stratégique avec Moscou. Ce refus a ravivé les tensions internes, notamment entre les Gardiens de la Révolution (IRGC), responsables du réseau de défense, et le gouvernement civil qui a essuyé des critiques pour n’avoir pas su négocier l’acquisition de systèmes plus modernes. Cette division politique pourrait influencer les futures orientations de la défense iranienne, entre insistance sur l’autonomie industrielle et volonté de diversifier les fournisseurs internationaux.
Un équilibre géopolitique délicat
La réticence russe s’explique par une volonté de ménager Israël tout en conservant des liens sécuritaires solides avec l’Iran. Depuis 2019, Moscou a livré des S-400 à Ankara et a proposé ces systèmes à Riyad, dénonçant une « diplomatie plurielle » dans la région. Armer l’Iran avec le S-400 risquerait d’aggraver les tensions et de compromettre la position de la Russie au Moyen-Orient.
Selon un rapport de juin 2025, des responsables russes qualifient les frappes israéliennes comme « alarmantes » et « dangereuses » mais n’ont pas fourni d’aide militaire directe à Téhéran. En parallèle, l’alliance russo-iranienne suscite désormais des doutes, certains analystes notant que l’axe s’affaiblit sous l’effet des intérêts divergents et du manque de réciprocité sur le plan militaire.
Les limites du Bavar 373 face au S-400
Le cœur du problème réside dans la supériorité technologique évidente du S-400, en service depuis 2007 et capable d’intégrer une défense multi-couches efficace contre des menaces variées, y compris les avions furtifs et missiles de croisière. Son radar 91N6E détecte des cibles jusqu’à 600 kilomètres, tandis que ses missiles présentent des capacités reconnues mondialement.
À l’inverse, le Bavar 373, malgré sa fierté nationale, est limité à 200 kilomètres de portée maximum et s’appuie sur le missile Sayyad-4, moins polyvalent. La performance mitigée du radar Rezonans-NE, exposée lors des récentes attaques, souligne les déficits technologiques qui handicapent sérieusement la défense aérienne iranienne.
Vers un futur incertain pour la coopération russo-iranienne
À la lumière de ces événements, la confiance entre Moscou et Téhéran est mise à rude épreuve. Alors que la Russie semble privilégier ses propres intérêts géopolitiques, l’Iran pourrait chercher d’autres partenaires, notamment la Chine, qui propose le système HQ-9, similaire au S-300 mais moins avancé que le S-400. La montée en puissance de la production locale de systèmes de défense comme le Bavar 373 témoigne également des efforts de l’Iran pour renforcer son autonomie, malgré les défis logistiques.
Le Kremlin pourrait envisager une renégociation en cas de demande formelle iranienne, mais cette démarche serait scrutée de près par Israël et les États-Unis, compliquant davantage la donne régionale.
Une course mondiale à l’excellence en défense aérienne
Le conflit israélo-iranien illustre l’importance critique des systèmes de défense aérienne dans les conflits contemporains, à mesure que s’intensifient les menaces liées aux technologies furtives et aux missiles hypersoniques. Si le S-400 reste une référence, son absence dans l’arsenal iranien soulève des questions sur la disponibilité de ces systèmes pour les alliés.
De leur côté, les États-Unis poursuivent le développement des systèmes Aegis et THAAD, tandis que la Chine progresse avec le HQ-9 et le HQ-19. Ce contexte de compétition technologique exacerbée souligne l’impératif pour l’Iran d’améliorer la densité et l’intégration de son réseau de défense, sous peine de rester vulnérable face à des adversaires aux capacités croissantes.
Enjeux et perspectives
Le refus russe combiné à l’efficacité des frappes israéliennes ont profondément modifié le jeu stratégique au Moyen-Orient. La faiblesse des défenses aériennes iraniennes influe sur son influence régionale tandis que l’aviation israélienne affirme sa supériorité militaire. La Russie, oscillant entre ses intérêts concurrents, doit arbitrer avec prudence ses partenariats et ses ambitions.
Pour l’Iran, la priorité est désormais de combler ses lacunes en matière de défense aérienne, via l’innovation nationale ou des alliances alternatives. Les tensions internes entre les autorités militaires et civiles conditionneront en grande partie les orientations futures. Face à un environnement géopolitique instable, la question reste de savoir si Téhéran pourra restaurer son pouvoir de dissuasion avant une nouvelle crise majeure.