À l’heure où un drone FPV (vue à la première personne) à 500 $ peut neutraliser un char T-90 évalué à 4,5 millions de dollars, la logique du combat a profondément changé. Pour l’Inde, confrontée à des menaces coûteuses le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC) avec la Chine et la Ligne de Contrôle (LoC) avec le Pakistan, miser sur des armes peu onéreuses mais à fort impact n’est plus une option, mais une nécessité. Les conflits récents, comme en Ukraine, démontrent que des outils asymétriques — drones, munitions rôdeuses, tactiques de nuées — offrent une dissuasion efficace à moindre coût, permettant aux forces moins bien équipées de compenser leur infériorité numérique.
Avec un budget de défense de 6,2 lakh crore de roupies prévu pour l’exercice 2026, l’Inde pourrait optimiser ses ressources en priorisant ces systèmes à bas coût et à forte puissance, tout en stimulant l’innovation locale et en bouleversant l’équilibre régional. Le principe est de privilégier la quantité avec qualité : inonder le champ de bataille d’unités abordables et sacrificielles qui contraignent l’adversaire à dépenser des ressources importantes en défenses coûteuses. Comme le soulignent les analystes de RAND, l’arrivée des drones commerciaux a profondément modifié l’asymétrie des coûts en faveur des plus ingénieux.
Cette efficacité des armes économiques est particulièrement visible dans la défense ukrainienne face à la Russie. Depuis 2022, les forces ukrainiennes ont détruit plus des deux tiers des chars russes détruits en combinant des drones FPV basiques modifiés pour larguer des grenades, facturés moins de 1 000 $ l’unité. En septembre 2025, une nuée de drones à 500 $ chacun a mis hors de combat une colonne blindée russe multimillionnaire près de Kharkiv, en exploitant les vulnérabilités des blindages que les munitions conventionnelles ne parviennent pas à atteindre.
Même les chars les plus robustes russes, renommés pour leur blindage en cage, ont cédé après une attaque répétée de 60 frappes de drones FPV, démontrant que la persistance l’emporte sur la protection. Ce phénomène ne se limite pas à l’Europe : lors de l’incursion du Hamas en Israël en 2023, des drones commerciaux à 100 $ ont été utilisés pour des reconnaissances et des frappes, inspirés par l’expérience ukrainienne et permettant de saturer le système de défense Iron Dome.
Face à la menace d’un blocus chinois, Taïwan accumule des arsenaux « porc-épic » composés de missiles anti-navires portables et de drones suicide, assez bon marché pour être déployés en masse et dissuader toute invasion par un effet d’attrition. Le schéma est clair : en guerre asymétrique, les systèmes à faible coût reçoivent des cibles de grande valeur, forçant l’ennemi à réagir par des moyens économiquement disproportionnés — comme les intercepteurs russes à 100 000 $ poursuivant des leurres à 20 000 $.
Le contexte stratégique indien exige une approche similaire. L’Armée populaire de libération chinoise dispose de plus de 3 000 avions et 5 000 chars, surpassant l’Inde, qui compte 4 600 chars et 31 escadrons dans l’armée de l’air. Les incursions de drones pakistanais le long de la LoC, en hausse depuis mai 2025, révèlent les failles face aux menaces à faible coût. Les plateformes traditionnelles comme les Rafale (1 600 crore chacun) ou les batteries S-400 (5 000 crore) offrent de la précision, mais pèsent lourdement sur le budget, limitant les opérations prolongées.
C’est ici que les armes économiques interviennent : elles permettent une multiplication des forces sans égaler les volumes colossaux de Pékin. Les munitions rôdeuses développées par le DRDO, notamment l’ALS-50 (3 à 5 lakh par unité), avec une portée de frappe de 50 km et un coût inférieur de 40 % aux importations israéliennes, sont particulièrement adaptées aux embuscades le long de la LAC. Des startups comme ideaForge ou Solar Industries fabriquent déjà des drones FPV à 42 000 ₹, redéfinissant la surveillance du LoC d’ici 2025 et transformant les escarmouches frontalières en « duels de drones » où la quantité prime.
Le tableau suivant illustre l’asymétrie économique :
| Type d’arme | Coût approximatif (₹) | Valeur cible détruite (₹) | Exemple d’impact dans le contexte indien |
|---|---|---|---|
| Drone FPV | 40 000 – 1 lakh | 10 – 50 crore (char/avion) | LoC : neutralise les drones pakistanais ; LAC : cible l’armement PLA |
| Munition rôdeuse (ALS-50) | 3 – 5 lakh | 5 – 20 crore (convoi de véhicules) | Frappes précises sur lignes d’approvisionnement sans pilote |
| Missile antichar guidé (Nag) | 2 – 3 crore | 50 – 100 crore (char lourd) | Scalable face au Type 99 chinois ; moins cher que les Javelin |
| Drones leurres en essaim | 10 000 – 50 000 | 100+ crore (défense aérienne) | Surcharge des systèmes S-400 équivalents ; provoque des interceptions inutiles |
| Engins explosifs improvisés / munitions à grappes (indigènes) | <1 lakh | 5 – 10 crore (véhicule de transport de troupes) | Contre-insurrection ; très rentable en opérations asymétriques |
Ces moyens ne sont pas seulement économiques, ils sont existenciels pour une nation de 1,4 milliard d’habitants protégeant 15 000 km de frontières contestées. Dans un contexte géopolitique tendu, miser sur des armes abordables, faciles à produire localement et déployables en masse représente une stratégie décisive pour l’Inde, afin d’équilibrer la puissance conventionnelle de ses voisins et renforcer sa posture défensive.