Malgré les efforts de Téhéran pour maintenir en vol certains de ses anciens avions, ceux-ci restent peu efficaces dans le ciel. La récente guerre de 12 jours entre Israël et l’Iran, ainsi que l’opération Martillo de Medianoche menée par l’aviation américaine contre trois installations nucléaires iraniennes fortement protégées, ont révélé les défaillances criantes de l’Armée de l’Air iranienne (IRIAF).

Lors de cette opération américaine, plus de 100 avions ont survolé l’espace aérien iranien sans qu’aucun appareil iranien n’ait tenté l’interception, illustrant ainsi l’impuissance de cette force aérienne.

L’Armée de l’Air iranienne est handicapée par plusieurs facteurs. Sa structure repose sur des aéronefs hérités de la guerre froide, acquis à l’Ouest et à l’ex-Union soviétique, et qui ne peuvent rivaliser avec les forces aériennes modernes.

La doctrine de l’IRIAF préconise une posture défensive mettant l’accent sur la dénégation de l’espace aérien, la riposte asymétrique et la capacité de survie après une attaque. Pourtant, les événements récents ont démontré que ces capacités sont largement insuffisantes pour appliquer cette doctrine. Avec très peu d’appareils disposant d’une capacité d’attaque, l’aviation iranienne est en réalité incapable de mener des opérations défensives ou offensives efficaces.

Le problème de l’IRIAF ne réside pas uniquement dans l’obsolescence de sa flotte, mais aussi dans les difficultés à maintenir ses avions opérationnels. En d’autres termes, la dépendance à des appareils anciens est une problématique secondaire : le réel talon d’Achille est la faible disponibilité opérationnelle de ses aéronefs.

Ces deux problèmes sont étroitement liés. Lors de la révolution de 1979, l’Iran avait hérité d’avions américains de pointe, notamment les F-14 Tomcat, F-4 Phantom et F-5 Tiger, acquis sous le régime pro-occidental du Shah.

Cependant, dans les années qui ont suivi, les États-Unis ont imposé de sévères sanctions internationales, rendant quasiment impossible l’approvisionnement en pièces détachées d’origine. En conséquence, la seule source de rechanges dont dispose l’Iran provient d’autres appareils : les F-14 encore en service sont maintenus en vol essentiellement par prélèvement de pièces sur d’autres fuselages.

Concrètement, seulement 50 à 60 % des avions de l’IRIAF sont opérationnels ; le reste sert à alimenter la maintenance par cannibalisation. Parfois, l’Iran parvient à reproduire certains composants par ingénierie inverse, mais leur fiabilité reste variable. Les pièces produites localement sont souvent de moindre qualité et moins durables que les pièces d’origine.

Cette limitation se traduit par un faible nombre d’heures de vol, et donc par un manque d’expérience des pilotes. Selon certains rapports, les pilotes de chasse iraniens ne totalisent en moyenne que 100 heures de vol par an, contre souvent plus de 250 heures pour les pilotes de l’OTAN ou israéliens.

Le faible nombre d’avions disponibles complique par ailleurs la formation des nouvelles générations de pilotes, le corps aérien expérimenté étant surtout composé des survivants de la guerre Iran-Irak des années 1980.

Par ailleurs, même si Téhéran s’efforce de maintenir en condition opérationnelle ses appareils anciens, ceux-ci restent peu performants en combat aérien. La majorité est équipée de radars datant des années 1970-1980, ce qui limite considérablement leur conscience tactique et leurs capacités de combat au-delà de la vue (BVR).

L’IRIAF ne dispose d’aucune plateforme d’Alerte Précoce et de Contrôle Aéroporté (AEW&C), rendant la surveillance de l’espace aérien et la réaction rapide très difficiles. Ses capacités de guerre électronique sont également déficientes, avec quasiment aucune aptitude significative à brouiller ou usurper les radars adverses, ce qui la rend extrêmement vulnérable face à des ennemis technologiquement avancés comme Israël ou les États-Unis.

Pour pallier ces faiblesses, l’Iran s’appuie sur des moyens asymétriques tels que les drones et les missiles. En matière de puissance aérienne conventionnelle, l’Iran apparaît donc comme un tigre en papier.

Harrison Kass