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Lors d’une fermeture partielle du gouvernement, le personnel militaire actif est considéré comme essentiel et doit donc continuer à assurer ses fonctions sans interruption. Cependant, le versement de leurs salaires peut être retardé jusqu’à l’adoption d’un budget par le Congrès, ce qui crée une pression considérable sur les familles qui dépendent de ce revenu stable pour organiser leur vie quotidienne.

Cette incertitude financière engendre un stress réel pour ces familles, qui doivent faire face au paiement des prêts immobiliers, des courses alimentaires et des frais de garde d’enfants. Les services aux anciens combattants sont également lourdement impactés pendant ces périodes de blocage budgétaire. Le Département des Anciens Combattants a déjà alerté sur le fait qu’une fermeture pourrait retarder le traitement des demandes d’invalidité ainsi que les paiements, affectant des millions de bénéficiaires.

L’accès à d’autres programmes indispensables pour les anciens combattants, notamment les soins de santé et les services de santé mentale, peut aussi être perturbé, ajoutant des difficultés pour ceux qui ont déjà beaucoup sacrifié. Les agents fédéraux employés sur les bases militaires ou dans des fonctions de soutien risquent eux aussi d’être mis en congé sans solde. Ce contexte rend d’autant plus surprenants certains votes des élus vétérans, qui ont une expérience vécue et comprennent mieux que quiconque les enjeux en jeu.

Le contexte politique complexe des votes sur le budget

Le financement du gouvernement fédéral ne se résume pas à un simple oui ou non. Chaque année, le Congrès doit adopter douze projets de loi distincts pour financer une multitude de domaines, de la défense nationale aux parcs naturels. En l’absence d’accord avant la date butoir du 30 septembre, une solution temporaire appelée Continuing Resolution (CR) tente de maintenir le gouvernement ouvert.

C’est à ce stade que le processus se complique. Ces résolutions provisoires et autres projets de loi de financement sont souvent alourdis par des « riders », des dispositifs législatifs annexes, parfois controversés. Ces derniers peuvent inclure des politiques sociales contestées ou des coupes budgétaires profondes dans certains programmes que veut sauver un parti politique, tenant ainsi le financement gouvernemental en otage pour servir des intérêts partisans.

Dans un climat politique très tendu à Washington, un parti peut soumettre un projet en sachant qu’il sera rejeté par l’autre camp. Par exemple, la majorité républicaine à la Chambre, dirigée par le président Mike Johnson, peut présenter un texte jugé inacceptable par les sénateurs démocrates sous la direction de Chuck Schumer. Cette lutte politique incessante sert souvent de toile de fond aux décisions difficiles auxquelles ces élus vétérans sont confrontés.

Les vétérans démocrates et leur vote difficile contre les projets de loi

Lors des débats budgétaires fin 2023, plusieurs CR proposés par la Chambre à majorité républicaine ont été rejetés, notamment par un bloc solide de démocrates, dont nombre de vétérans. Leur vote « non » ne signifiait pas qu’ils souhaitaient la fermeture du gouvernement, mais qu’ils s’opposaient à un projet qu’ils considéraient dangereux pour les intérêts à long terme du pays.

Par exemple, le représentant Seth Moulton, vétéran du corps des Marines et ancien combattant en Irak, a souvent expliqué que ces projets contenaient des coupes budgétaires extrêmes susceptibles de nuire aux familles américaines et de compromettre la sécurité nationale.

En 2025, les démocrates rejettent également des budgets républicains en protestation contre certains assouplissements sur l’immigration clandestine.

La lutte contre les « riders » politiques

Souvent, les textes budgétaires sont remplis de « riders empoisonnés », des mesures annexes sans lien direct avec le financement mais qui visent à faire passer des agendas sociaux controversés. Par le passé, certaines tentatives d’intégrer des mesures pour affaiblir la loi sur l’assurance maladie ou pour réduire les normes environnementales ont été observées.

Pour beaucoup de Républicains, ces ajouts sont nuisibles au pays.

Le vote « non » des démocrates représente un message clair : ils refusent que le financement gouvernemental soit utilisé pour imposer une quelconque stratégie partisane.

La perspective de la Virginie : un affrontement entre deux caucus de vétérans

Le débat est particulièrement vif dans les États à forte présence militaire, comme la Virginie. Les républicains du Congrès de cet État, pour beaucoup anciens combattants eux-mêmes, privilégient souvent une approche différente. Par exemple, les représentants Jen Kiggans, ancienne de la Marine, et Rob Wittman insistent sur l’importance primordiale d’adopter un budget assurant le paiement des soldats et évitant à tout prix la fermeture.

Avec d’autres élus comme Morgan Griffith, Ben Cline ou John McGuire, ils estiment que les démocrates bloquent des projets sous prétexte d’objections partisanes à d’autres aspects du texte. Selon eux, ce sont les personnels militaires actifs qui en pâtissent. Ce point de vue a récemment été résumé dans un article d’opinion largement diffusé par les Républicains de Virginie.

Cette opposition reflète un conflit direct au sein même des vétérans au Congrès. Certains privilégient le financement immédiat, tandis que d’autres estiment que le contenu du projet de loi est tout aussi déterminant que son adoption. Cela démontre que le service militaire ne produit pas une ligne politique homogène mais façonne différemment la manière dont chaque élu entend servir à la fois les forces armées et la nation.

Les élus vétérans démocrates et leur vote contre la réouverture immédiate du gouvernement : analyse

Pour mieux comprendre, examinons quelques vétérans démocrates au Congrès, dont l’expérience militaire offre un éclairage précieux sur ces décisions délicates.

Élu Branche militaire Motifs déclarés du vote « non »
Rep. Jason Crow (CO-06) U.S. Army Ranger S’est opposé à des projets « avec des coupes extrêmes et irresponsables » susceptibles de nuire aux familles du Colorado et de fragiliser la capacité militaire en portant atteinte à l’économie.
Rep. Mikie Sherrill (NJ-11) Pilote d’hélicoptère U.S. Navy A voté contre des mesures qu’elle a qualifiées de non sérieuses, chargées de « riders empoisonnés » et insuffisamment protectrices de la sécurité nationale et des services aux anciens combattants.
Rep. Ruben Gallego (AZ-03) Corps des Marines Opposé à des coupes budgétaires drastiques qu’il juge affaiblissantes pour les États-Unis sur le plan intérieur et extérieur. Il plaide pour une solution bipartite plutôt qu’un projet partisan voué à l’échec.
Rep. Jared Golden (ME-02) Corps des Marines Vote fréquemment contre les projets partisans des deux camps, en réclamant responsabilité budgétaire et textes épurés sans éléments hors sujet.

Un pari pour un accord plus équilibré

Pour ces élus, ce refus est un pari calculé. En bloquant la loi de finances, ils espèrent contraindre l’autre camp à revenir à la table des négociations pour parvenir à un compromis bipartisan. Ce type d’accord est souvent un terreau pour les fameux « riders » controversés.

Ces élus savent que la fermeture est pénible, mais ils jugent la stratégie politique de leur parti – ici le Parti démocrate – prioritaire.

Cette position est difficile à défendre de l’extérieur. Elle correspond à une dynamique partisane exacerbée, fondée sur l’idée que leur devoir législatif dépasse le simple maintien des services publics : il s’agit aussi d’assurer la suprématie du Parti démocrate face aux Républicains.

Conclusion

La situation des élus vétérans démocrates qui votent pour maintenir la fermeture partielle du gouvernement n’est pas une histoire simple de trahison. Elle reflète un tableau complexe mêlant stratégies politiques et convictions profondes sur ce qui est le mieux pour leur parti.

Ces vétérans ne cherchent pas à nuire aux militaires ; dans leur esprit, ils se battent pour protéger leur parti contre les défis internes, même s’ils ont juré de défendre ces mêmes soldats. Leur vote « non » est une décision stratégique visant à obtenir un meilleur compromis pour les démocrates, quitte à affronter une tempête politique à court terme. Ils considèrent qu’un Parti démocrate fort nécessite un budget responsable, notamment sur des questions controversées comme le financement de l’immigration clandestine ou les politiques sur les sports féminins—des combats qu’ils sont prêts à mener.