Le Pentagone revoit ses priorités budgétaires, réduisant les commandes de nouveaux F-35 au profit de programmes émergents tels que le bombardier furtif B-21 et le chasseur de sixième génération F-47. Cette réorientation illustre une volonté de concentrer les ressources sur des équipements plus adaptés aux défis futurs.

Le général David Allvin, chef d’état-major de l’US Air Force, a confirmé que les acquisitions du F-35 ont été volontairement ralenties. Cette décision découle notamment des préoccupations liées à la modernisation en cours du programme Block 4, jugée indispensable pour garantir des capacités opérationnelles adaptées face à des menaces croissantes. Selon lui, l’achat de F-35 reprendra un rythme soutenu lorsque les exemplaires disponibles seront pleinement optimisés pour le combat.

L’US Air Force souligne l’importance d’acquérir des F-35 dotés du Block 4 complet, plutôt que des avions moins performants nécessitant des mises à jour conséquentes incluant logiciels, armement, capteurs et nouveaux processeurs. Sans ces améliorations, ces appareils ne seraient pas considérés comme aptes à des missions en première ligne contre des adversaires de niveau comparable.

Dans la demande budgétaire du Pentagone pour l’année fiscale 2026, seules 24 unités de F-35 sont sollicitées, contre un objectif annuel fixé initialement à 72 avions. Le projet supprime également le programme E-7 Wedgetail de l’US Air Force, malgré l’opposition de 19 généraux retraités qui réclamaient le maintien de cette capacité ainsi qu’un retour à la dotation initiale en F-35.

Les priorités budgétaires de l’US Air Force évoluent rapidement. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a recentré les fonds vers des programmes jugés cruciaux comme le bombardier furtif B-21 et le chasseur F-47 de sixième génération, entraînant des coupes dans les programmes F-35 et E-7. Intervenant devant le Congrès, Hegseth a expliqué que l’abandon du programme E-7 illustrait la nécessité de prises de décisions difficiles dans un contexte de baisse de 8 % du budget de la défense.

Cette réduction des commandes de F-35 semble aussi relever d’une prudence stratégique. Le général Allvin plaide en faveur d’une US Air Force renforcée, intégrant B-21, F-47, E-7 et F-35. Mais investir dans des avions qui ne pourront être pleinement déployés qu’après la finalisation des mises à jour du Block 4 est perçu comme un risque.

Dans une optique d’économies, l’US Air Force projette également de retirer toute sa flotte d’A-10 Warthog en 2026. Le Comité des Forces Armées du Sénat a toutefois recommandé de conserver 103 des 162 appareils opérationnels. Allvin a insisté sur la nécessité d’un financement législatif pour ce programme, précisant que sans budget dédié, il faudrait réduire d’autres programmes prioritaires pour compenser.

Le déploiement de la mise à jour « Block 4 » du F-35 continue de subir des retards importants. En effet, les livraisons ont été suspendues pendant un an à cause de problèmes logiciels affectant le composant TR-3, qualifié d’« épine dorsale » de cette évolution. Depuis la reprise des livraisons en juillet dernier, les avions livrés embarquent une version incomplète du Block 4. Lockheed Martin assure que ces problèmes techniques ont été résolus et que la mise à jour est prête à être déployée, mais cela n’a pas encore été confirmé ni validé par le Bureau du programme conjoint F-35.

Le Congrès s’inquiète aussi des retards et des réductions de capacités initialement prévues dans le cadre du Block 4. Mike Rogers, président républicain du Comité des Services Armés de la Chambre des représentants, a qualifié la réduction des commandes de F-35 de « décision stratégique visant à prioriser enfin le financement de la maintenance et de la modernisation », suggérant implicitement un soutien au programme F-47. Le Comité du Sénat a également exprimé un large accord, ajoutant un financement pour 10 appareils F-35 supplémentaires, portant ainsi le total à 34 unités.

Le général Allvin a précisé que son appel à une « Air Force plus forte » ne concernait pas nécessairement le nombre d’avions, mais plutôt leur capacité à affronter et vaincre des adversaires de même rang. Dans ce contexte, moins d’appareils, mais plus performants – notamment les F-35 modernisés – sont préférables à une flotte plus nombreuse mais moins capable.

Les contraintes budgétaires jouent un rôle majeur dans ces arbitrages : renforcer la capacité opérationnelle nécessite des moyens importants, mais les appareils mieux équipés offrent une valeur supérieure. Allvin cite en exemple la récente « Opération Midnight Hammer », au cours de laquelle des avions furtifs américains ont bombardé des installations nucléaires iraniennes avant de s’extraire sans dommages de l’espace aérien ennemi.

Cependant, les capacités s’érodent naturellement avec le temps, ce qui impose une évolution constante des équipements. Le cycle budgétaire annuel et les priorités financières qui l’accompagnent font partie intégrante de ce processus. « Je pense que la vision globale », conclut Allvin, « démontrera qu’une Air Force renforcée est bénéfique pour la nation ».

William Lawson