La rivalité entre l’Inde et le Pakistan, ancrée dans des différends historiques et territoriaux, demeure l’un des points chauds géopolitiques les plus instables en Asie du Sud. Le conflit de 2025, déclenché par l’attaque terroriste du 22 avril à Pahalgam, Jammu-et-Cachemire, et l’opération de rétorsion indienne Sindoor, a illustré l’évolution de cette confrontation, avec des frappes s’étendant au-delà de la Ligne de Contrôle (LoC) jusque dans la province pakistanaise du Pendjab.
À mesure que l’Inde réajuste sa stratégie pour contrer la guerre par procuration menée par le Pakistan et les liens militaires croissants de ce dernier avec la Chine, une concentration sur le Pendjab — le centre politique, économique et militaire du Pakistan — pourrait offrir des avantages stratégiques en matière de dissuasion et de perturbation de la capacité pakistanaise à soutenir un conflit. Cette analyse examine pourquoi le rôle central du Pendjab dans la stabilité du Pakistan en fait une cible critique pour les conflits futurs.
Le Pendjab, province la plus peuplée et économiquement essentielle du Pakistan, constitue le cœur névralgique de son identité politique, militaire et culturelle. Accueillant plus de 50 % de la population pakistanaise et générant environ 60 % de son PIB, cette province domine la production agricole du pays, avec 80 % de ses terres cultivées dépendant du système fluvial de l’Indus. Elle abrite également une infrastructure militaire vitale, incluant le quartier général de l’armée pakistanaise (GHQ) à Rawalpindi, la base aérienne de Nur Khan, ainsi que des installations clés des services de renseignement interarmées (ISI). C’est aussi la base opérationnelle de groupes militants tels que Lashkar-e-Taiba (LeT) et Jaish-e-Mohammed (JeM), dont les quartiers généraux à Muridke et Bahawalpur ont été frappés lors de l’opération Sindoor en mai 2025.
La valeur stratégique du Pendjab réside dans son rôle de base de pouvoir du Pakistan. Cette province domine le corps des officiers militaires ainsi que l’élite politique, la majorité des premiers ministres et chefs d’armée étant originaires du Pendjab. Perturber la stabilité de cette région — par des frappes ciblées ou des pressions économiques — pourrait affaiblir la capacité du Pakistan à projeter sa puissance, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières. Contrairement au Baloutchistan ou au Khyber Pakhtunkhwa, où des insurgences remettent en question le contrôle de l’État, la relative stabilité du Pendjab en fait une cible de choix pour l’Inde afin de marquer sa détermination et imposer un coût au commandement militaire pakistanais.
Le conflit de 2025 a marqué une rupture significative avec les affrontements antérieurs, principalement circonscrits à la Ligne de Contrôle et au Cachemire. L’opération Sindoor de l’Inde a frappé non seulement des sites militants à Muridke et Bahawalpur, mais aussi des installations militaires comme la base aérienne de Nur Khan au Pendjab. Cette escalation sans précédent depuis la guerre de 1971 a révélé des failles dans la défense aérienne pakistanaise et démontré la capacité de l’Inde à pénétrer au cœur du territoire pakistanais.
La riposte de Islamabad, comprenant des frappes de drones et des tirs de missiles sur des cibles indiennes telles que le quartier général de la brigade d’Uri et un dépôt BrahMos, témoigne de sa volonté de projeter sa puissance vers l’est, en utilisant potentiellement le Bangladesh comme un front par procuration. Centrer les opérations futures sur le Pendjab pourrait inverser cette dynamique en maintenant le conflit au sein du noyau dur pakistanais, où son leadership militaire et politique est le plus vulnérable. Des frappes dans le Pendjab, notamment contre l’infrastructure militante liée à l’ISI, pourraient perturber la capacité de coordination des attaques par procuration, à l’instar du massacre de Pahalgam, tout en limitant les risques d’escalade nucléaire associés à des frappes dans des centres urbains comme Islamabad ou Lahore.
Raisons stratégiques de concentrer les opérations sur le Pendjab :
- Entraver la guerre par procuration : Le Pendjab héberge les bases opérationnelles du LeT et du JeM, responsables d’attaques majeures comme celles de Pahalgam et Mumbai (2008). Cibler ces sites, comme durant l’opération Sindoor, affaiblit directement la capacité pakistanaise à mener des attaques par procuration. Cependant, les frappes de 2025 ont montré que les militants ont déplacé leurs actifs, ce qui impose à l’Inde de combiner frappes et opérations renseignement pour anticiper ces mouvements.
- Pression économique et politique : La domination agricole du Pendjab le rend sensible à des perturbations, notamment liées à l’eau, amplifiées par la suspension indienne du Traité des eaux de l’Indus (IWT). Le Pakistan dépend des fleuves Indus, Jhelum et Chenab, traversant le Pendjab, pour 80 % de son irrigation. Bien que l’Inde ne dispose pas d’infrastructures permettant un détournement massif à court terme, des projets ciblés de barrages ou d’interruptions de canaux pourraient constituer une forme de coercition économique, exerçant une pression sur le leadership pakistanais sans recourir à une escalade militaire directe.
- Affaiblir la cohésion militaire : Le quartier général de l’armée pakistanaise et les principales bases aériennes du Pendjab sont essentiels au commandement et au contrôle militaires. Des frappes de précision, utilisant des systèmes comme le Guided Pinaka ou l’AMCA, pourraient dégrader ces installations, réduisant la capacité de coordination des opérations conventionnelles ou par procuration. Cette stratégie minimise également les risques nucléaires, car la doctrine pakistanaise limite l’usage tactique des armes nucléaires en cas de défaite conventionnelle.
- Neutraliser l’influence chinoise : Le Pendjab regroupe les installations de coordination de l’appui militaire chinois fourni au Pakistan, incluant des avions de combat J-10C, J-35A furtifs et des systèmes de défense aérienne HQ-19. Cibler ces infrastructures révélerait des vulnérabilités dans les systèmes chinois, ce qui pourrait dissuader Pékin de soutenir agressivement Islamabad et affaiblir le Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), qui possède des infrastructures clés dans la région.