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Le porte-avions le plus récent et technologiquement avancé de la marine américaine, l’USS Gerald R. Ford, a quitté la Méditerranée pour rejoindre les Caraïbes. Ce déploiement inhabituel s’inscrit dans un renforcement militaire déjà conséquent dans la région.

Officiellement, le Pentagone indique que cette présence vise à soutenir la directive présidentielle de lutter contre les organisations criminelles transnationales et à contrer le narcoterrorisme.

Le repositionnement du Ford apporte une puissance de feu considérable à la zone de responsabilité du Commandement Sud des États-Unis (SOUTHCOM), où environ 10 000 militaires sont déjà déployés. Cette force inclut notamment des bombardiers B-1 et B-52 de l’US Air Force, des F-35B du Corps des Marines, des drones MQ-9 Reaper opérant depuis Porto Rico, ainsi que le groupe amphibie Iwo Jima avec la 22e unité expéditionnaire de Marines, plusieurs navires de guerre et un sous-marin d’attaque. Cette imposante capacité est désormais concentrée sous un même commandement, ou plutôt sur un « ville flottante » dotée d’une petite aviation embarquée.

Déployer un groupe aéronaval complet depuis l’Europe vers l’Amérique latine est un cas rare. Cela témoigne à la fois de la flexibilité de ces formations et du recentrage stratégique de Washington vers l’hémisphère occidental. L’USS Gerald R. Ford est le navire amiral du Carrier Strike Group 12 (CSG-12), qui comprend également le Carrier Air Wing 8, quatre destroyers de classe Arleigh Burke rattachés à l’Escadron de destroyers 2, ainsi qu’un sous-marin d’attaque dont la présence précise reste confidentielle.

Selon la Naval Doctrine Publication 1 de la marine américaine, la mission d’un groupe aéronaval est de « garantir et maintenir la supériorité maritime, projeter la puissance à terre et soutenir les opérations interarmées ». En d’autres termes, il s’agit du vecteur principal de la puissance militaire américaine à l’étranger.

Le Gerald R. Ford embarque un groupe aérien complet d’environ 70 appareils incluant des F/A-18 Super Hornets, EA-18G Growlers, E-2D Hawkeyes, C-2A Greyhounds et des hélicoptères MH-60 Seahawk. Ces aéronefs sont capables d’effectuer des missions variées : frappes aériennes, guerre électronique, surveillance, recherche et sauvetage, opérations logistiques et lutte anti-sous-marine, sur plusieurs milliers de kilomètres carrés.

Les destroyers du groupe renforcent cette puissance avec leurs capacités propres. Chaque destroyer de classe Arleigh Burke est équipé de 96 cellules de lancement vertical permettant de tirer des missiles de croisière Tomahawk atteignant plus de 1 000 miles nautiques, ainsi que des missiles intercepteurs SM-2 et SM-6 dédiés à la défense aérienne et antimissile. Le sous-marin d’attaque, en embuscade, apporte une composante furtive essentielle à la capacité offensive et défensive du groupe.

Une démonstration de force régionale

Depuis début septembre, les forces américaines ont mené au moins dix-sept frappes contre des navires soupçonnés de trafic illicite dans les Caraïbes et le Pacifique Est. La Maison-Blanche a lié plusieurs de ces cibles à des réseaux alignés sur le régime vénézuélien. Simultanément, des bombardiers américains ont effectué des missions de démonstration de force près des côtes du Venezuela, tandis que la CIA aurait intensifié ses opérations secrètes visant les routes narcotiques associées au régime Maduro.

La présence du Gerald R. Ford offre à SOUTHCOM un nouveau centre de commandement et une capacité de surveillance permanente. Depuis les Caraïbes, ses aéronefs peuvent opérer en coordination avec les moyens basés à la Muñiz Air National Guard Base et à la Roosevelt Roads Naval Station à Porto Rico, ou se ravitailler auprès de ravitailleurs déployés à Guantánamo Bay, qui possède un port en eaux profondes et une piste de 2 400 mètres adaptée aux gros avions logistiques. Cette infrastructure permet au groupe aéronaval de maintenir un rythme opérationnel quasi-constant sans nécessiter de nouveaux accords de stationnement, un avantage diplomatique non négligeable dans une région sensible à la présence militaire étrangère.

Une stratégie globale

Les porte-avions comme le Gerald R. Ford demeurent au cœur du mode d’exercice de la puissance globale des États-Unis, malgré les critiques sur leur vulnérabilité et leur coût élevé. La Chine teste actuellement son premier porte-avions à propulsion conventionnelle Type 003 Fujian et travaillerait sur un porte-avions à propulsion nucléaire Type 004. Cette évolution technologique impose à Washington de poursuivre ses investissements dans la classe Ford, autant pour des raisons stratégiques que politiques.

Illustrations :

Un F/A-18E Super Hornet à bord de l’USS Gerald R. Ford, août 2025.

Le porte-avions USS Gerald R. Ford transitant le détroit de Gibraltar, octobre 2025.