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Initialement marqué par des controverses majeures, le programme du F-35 Lightning II Joint Strike Fighter a vécu deux décennies de retards, dépassements budgétaires et problèmes techniques. Ce chasseur furtif de cinquième génération semblait alors promis à être davantage rappelé pour son coût que pour ses capacités.

Pourtant, le F-35 est désormais un pilier essentiel de la puissance aérienne au sein de l’OTAN.

Quatorze des 32 alliés de l’OTAN — parmi lesquels les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Italie, la Norvège, les Pays-Bas, le Danemark, la Belgique, la Pologne, l’Allemagne, la Finlande, le Canada, la République tchèque, la Roumanie et la Grèce — opèrent déjà ou prévoient d’acquérir le F-35. Récemment, le Royaume-Uni a annoncé l’achat du F-35A pour renforcer sa mission de dissuasion nucléaire. Par ailleurs, parmi les 18 pays membres de l’OTAN qui ne disposent pas du F-35, la moitié ne possède aucun avion de chasse.

Au cœur de l’attractivité du F-35, trois atouts majeurs se distinguent par rapport aux chasseurs classiques en service dans l’OTAN : sa capacité de survie accrue, son intégration technologique et la standardisation qu’il promeut.

Face aux réseaux de défense antimissile avancés déployés par des puissances comme la Chine ou la Russie, les avions de quatrième génération tels que le F-16 ou l’Eurofighter ne peuvent approcher une cible sans être détectés. Même les systèmes de brouillage ou leurres tractés ne compensent pas le fait que ces appareils n’avaient pas été conçus pour la furtivité, désormais essentielle.

Le F-35, bien qu’il ne soit pas invulnérable, présente une signature radar suffisamment réduite pour évoluer dans des environnements contestés. De plus, sa capacité dépasse le simple engagement aérien : il agit surtout comme une plateforme de capteurs, collectant et partageant en temps réel des données radar, de ciblage, de menace et de guerre électronique avec d’autres avions ou unités au sol. Cette fonction en fait un maillon clés du réseau de commandement et de contrôle sur lequel les alliés de l’OTAN s’appuieront dans un affrontement conjoint.

La standardisation est également un facteur décisif. Si les forces aériennes de l’OTAN opèrent régulièrement ensemble, la diversité des modèles d’avions avec leurs capacités, liaisons de données, munitions et besoins de maintenance différents complique fortement cette coopération. Le F-35 simplifie ces aspects : pilotes entraînés sur les mêmes simulateurs, équipes de maintenance utilisant des procédures, pièces détachées et diagnostics uniformisés. La gestion des matériels, les mises à jour logicielles, ainsi que l’intégration des armements deviennent ainsi plus économiques et efficaces.

Le F-35 est loin d’être une plateforme théorique : Israël a engagé son modèle F-35I « Adir » dans plusieurs opérations, notamment des frappes contre les défenses aériennes et les installations nucléaires iraniennes lors de l’« Opération Rising Lion ». Les États-Unis ont également déployé le F-35 en opérations en Irak, Syrie, Afghanistan, ainsi que contre les forces houthis.

Cependant, certaines inquiétudes subsistent. La dépendance à une plateforme unique expose à des risques communs : une défaillance logicielle ou matérielle majeure, déjà constatée à plusieurs reprises, peut compromettre simultanément les capacités de plusieurs forces alliées, sans alternatives immédiates.

Le coût et la complexité opérationnelle du F-35 posent également question. Avec un coût d’exploitation estimé entre 26 400 et 39 000 dollars par heure de vol selon un rapport du Government Accountability Office (GAO), l’avion nécessite par ailleurs une infrastructure spécialisée et un encadrement technique étroit, ce qui engendre une forme de dépendance, notamment pour les pays les plus modestes.

Pour atténuer ces contraintes logistiques, l’OTAN a mis en place des centres régionaux de maintenance et de soutien. Ainsi, l’Italie assure l’assemblage des appareils à Cameri, tandis que les Pays-Bas sont en charge des opérations de maintenance lourde à la base aérienne de Woensdrecht. D’autres partenaires produisent des pièces et éléments de soutien indispensables. Mais ces dispositifs restent éloignés d’une logistique modulaire et autonome, que permettaient les générations précédentes d’avions.

Quoi qu’il en soit, le F-35 n’est plus uniquement un appareil américian mais devient, à tous points de vue, un avion de l’OTAN. Le programme européen visant à concevoir un chasseur de nouvelle génération, tel que le projet Tempest, peine à se concrétiser rapidement. Le F-35 s’impose donc comme la solution principale dans un contexte stratégique et technique où la cohésion alliée et la supériorité aérienne restent déterminantes.