Le président russe Vladimir Poutine a critiqué la pression intense exercée par les États-Unis sur l’Inde afin qu’elle renonce à l’achat de pétrole russe, estimant que si les Américains achètent eux-mêmes ce combustible, l’Inde devrait bénéficier du même droit. Cette déclaration a été faite à l’occasion d’une visite officielle de deux jours, accueillie chaleureusement à son arrivée par le Premier ministre indien Narendra Modi.
Lors d’une interview accordée à la chaîne indienne India Today, peu après son arrivée à New Delhi, Vladimir Poutine a souligné l’importance pour les deux pays de renforcer leurs échanges commerciaux et d’élargir la gamme des produits échangés.
Cette visite, la première depuis quatre ans, a pour objectif d’accroître les ventes russes d’hydrocarbures, de systèmes de missiles et d’avions de combat, tout en développant les liens commerciaux au-delà des secteurs de l’énergie et de la défense. Elle intervient dans un contexte marqué par la pression américaine sur l’Inde pour qu’elle se détourne de Moscou à cause de son invasion de l’Ukraine.
« Les États-Unis achètent eux-mêmes du combustible nucléaire russe »
Les relations entre New Delhi et Moscou sont solidement ancrées, héritage de l’époque soviétique. La Russie demeure depuis des décennies le principal fournisseur d’armement de l’Inde. Par ailleurs, malgré les sanctions occidentales imposées à la suite de l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, l’Inde est devenue le premier importateur de pétrole russe par voie maritime.
Cependant, les importations pétrolières indiennes devraient atteindre en novembre leur plus bas niveau depuis trois ans, sous l’effet d’une taxe punititive américaine sur les produits indiens et d’un renforcement des sanctions contre la Russie. Washington reproche à New Delhi que ses achats de pétrole russe bon marché financent indirectement la guerre menée par Moscou en Ukraine.
« Les États-Unis achètent eux-mêmes du combustible nucléaire russe pour leurs centrales nucléaires. C’est également un combustible », a rappelé Vladimir Poutine à India Today.
« Si les États-Unis ont le droit d’acheter notre combustible, pourquoi l’Inde n’aurait-elle pas le même privilège ? Cette question mérite un examen approfondi, et nous sommes prêts à en discuter, y compris avec le président Trump », a-t-il ajouté.
New Delhi a qualifié les taxes imposées par Donald Trump d’injustifiées et déraisonnables, tout en soulignant que les États-Unis continuent de commercer avec Moscou. Les États-Unis et l’Union européenne importent toujours pour des milliards de dollars d’énergies et de matières premières russes, allant du gaz naturel liquéfié à l’uranium enrichi.
« Les échanges pétroliers entre la Russie et l’Inde se déroulent sans encombre »
En réponse à une question sur une éventuelle baisse des achats indiens de pétrole sous la pression occidentale, Vladimir Poutine a reconnu un léger recul du chiffre d’affaires commercial global au cours des neuf premiers mois de l’année. « Il s’agit d’un ajustement mineur. Dans l’ensemble, notre chiffre d’affaires commercial est presque au même niveau qu’avant », a-t-il affirmé.
Il a précisé : « Les échanges de produits pétroliers et de pétrole brut… Le pétrole russe s’écoule parfaitement en Inde. »
Interrogé sur la manière dont la Russie et l’Inde devraient gérer les tarifs douaniers imposés par l’administration Trump, Poutine a indiqué que le président américain s’appuie sur des conseillers qui estiment que ces mesures profitent à l’économie américaine.
« Nous espérons qu’au final, toutes les violations des règles de l’Organisation mondiale du commerce seront corrigées », a-t-il conclu.
Modi accueille chaleureusement Poutine
Quelques heures plus tôt, Narendra Modi avait réservé un accueil rare à Vladimir Poutine à l’aéroport de New Delhi, témoignant de la profondeur des relations entre les deux dirigeants.
Ils se sont salués chaleureusement sur le tapis rouge avant de rejoindre ensemble en voiture un dîner privé organisé par Modi.
Une importante délégation de ministres russes et d’hommes d’affaires accompagnait le président russe, en vue d’un sommet prévu vendredi qui devrait déboucher sur plusieurs accords bilatéraux.
« Heureux d’accueillir mon ami, le président Poutine, en Inde. L’amitié entre l’Inde et la Russie s’inscrit dans la durée et a grandement bénéficié à nos peuples », a souligné Modi sur le réseau X avant le dîner.
L’objectif d’élargir et diversifier les échanges commerciaux
Les deux pays visent à porter leur commerce bilatéral à 100 milliards de dollars d’ici à 2030. Il a déjà été multiplié par plus de cinq, passant d’environ 13 milliards en 2021 à près de 69 milliards en 2024-2025, essentiellement grâce aux importations indiennes d’énergie russe.
Au cours de la période avril-août 2025, les échanges bilatéraux ont toutefois diminué à 28,25 milliards de dollars, reflétant une baisse des achats de pétrole brut.
Parallèlement, l’Inde cherche à diversifier ses marchés d’exportation, touchée par la taxe punitive de 50 % imposée par l’administration Trump.
De son côté, la Russie souhaite importer davantage de biens indiens afin d’équilibrer la balance commerciale, actuellement très favorable à l’énergie, a souligné Maxim Oreshkin, chef adjoint de l’administration présidentielle russe, lors d’une conférence économique à New Delhi.
Quant au ministre indien du Commerce, Piyush Goyal, il a insisté sur la volonté de New Delhi de diversifier ses exportations vers la Russie en développant la vente d’automobiles, de biens électroniques, d’équipements informatiques, de machines lourdes, de composants industriels, de textiles et de produits alimentaires.