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Le programme indien ambitieux Regional Transport Aircraft (RTA-90), piloté par le ministère de l’Aviation civile (MoCA), prend une nouvelle dimension en tant que pilier de l’initiative « Make in India ». Destiné à développer un avion turbopropulseur de 90 places pour renforcer la connectivité régionale et réduire la dépendance aux fabricants étrangers, le RTA-90 suscite l’intérêt de l’Indian Air Force (IAF) ainsi que de la Marine indienne.

Selon des sources proches du dossier, l’IAF aurait exprimé sa volonté d’être le premier client du RTA-90, s’engageant à passer des commandes initiales pour lancer officiellement le programme, dont l’approbation gouvernementale est attendue d’ici 2026. Avec la participation active d’entreprises privées en tant que fournisseurs de premier rang, le RTA-90 pourrait effectuer son premier vol dès 2032, marquant une étape importante vers l’autonomie aéronautique indienne.

Fruit d’une collaboration entre Hindustan Aeronautics Limited (HAL) et le National Aerospace Laboratories (NAL), le RTA-90 est conçu comme un avion de transport régional bimoteur turbopropulseur, capable d’embarquer entre 80 et 90 passagers. Destiné aux liaisons court-courriers allant de 300 à 1 000 km, cet appareil promet une réduction de 25 % des coûts d’acquisition et d’exploitation, ainsi qu’une baisse de 50 % des frais de maintenance, notamment par rapport à des modèles concurrents comme l’ATR-72. Sa portée s’étend entre 1 500 et 2 500 km, avec la capacité d’opérer depuis des pistes courtes d’environ 900 mètres. Ce projet, évalué à environ 2 milliards de dollars, cible le marché aérien régional en pleine expansion en Inde, notamment dans le cadre du programme Ude Desh ka Aam Nagrik (UDAN), qui vise à relier les villes de tiers II et III tout en développant un écosystème aérospatial national.

Le MoCA, sous la direction du ministre de l’Aviation civile K. Rammohan Naidu, prépare actuellement une proposition de financement à soumettre au ministère des Finances pour obtenir l’accord initial. Un Special Purpose Vehicle (SPV), créé au titre de l’article 8 de la loi sur les sociétés, sera chargé de gérer le projet. Ce SPV rassemblera HAL, NAL et des entreprises privées afin d’assurer une collaboration efficiente et une allocation optimale des ressources pour la conception, le développement et la production de l’appareil. La relance du programme, après des revers tels que l’abandon du projet RTA-70 en 2015, témoigne de la volonté renouvelée du gouvernement de promouvoir la fabrication aéronautique indigène, soutenue par la National Civil Aviation Policy (NCAP) et l’initiative Make in India.

Le soutien de l’IAF au RTA-90, envisagé comme premier client, souligne le potentiel d’usage dual de l’appareil, tant civil que militaire. Bien que conçu principalement pour des vols commerciaux régionaux, l’IAF examine la possibilité d’adapter l’avion à des missions telles que le transport de troupes, le déplacement de personnalités de haut rang (VVIP) ou des missions spécialisées comme le renseignement électronique (ELINT). Cette démarche s’inscrit dans un contexte de modernisation nécessaire de la flotte de transport militaire indienne, aujourd’hui encore dépendante d’appareils vieillissants comme l’Antonov An-32 et l’Avro-748. Ces derniers sont progressivement remplacés par 56 Airbus C-295MW commandés pour environ 2 193,5 milliards de roupies en contrat avec Tata Advanced Systems Limited (TASL).

Il reste toutefois incertain si les exemplaires de RTA-90 acquis par l’IAF seront configurés en versions militaires. Certaines sources évoquent des modifications possibles, à l’instar d’une porte rampe arrière permettant le déploiement de fret ou de parachutistes, à l’image du C-295MW. Néanmoins, l’IAF a exprimé des réserves concernant la capacité de charge limitée du RTA-90, estimée à moins de 18 tonnes, ce qui est inférieur à celle des concurrents comme le Lockheed Martin C-130J ou l’Embraer C-390M, candidats dans l’appel d’offres Medium Transport Aircraft (MTA) pour 60 appareils. Pour répondre à ces attentes, le NAL pourrait être amené à revoir la conception afin d’augmenter la capacité de charge ou d’intégrer des équipements de mission spécifiques pour les rôles ELINT ou SIGINT (renseignement électromagnétique), en tirant parti de l’autonomie estimée entre 6 000 et 7 000 km, avancée par certains analystes en défense.

La Marine indienne envisage également le RTA-90 dans une configuration militaire destinée aux missions de patrouille maritime. Grâce à son autonomie adaptée à la surveillance côtière et sa capacité d’opérer depuis des pistes courtes ou sommairement aménagées, il pourrait compléter la flotte actuelle composée notamment de Dornier-228 et de Boeing P-8I. Équipé de radars, de capteurs électro-optiques/infrarouges (EO/IR) et de systèmes de lutte anti-sous-marine (ASW), cette version militarisée du RTA-90 renforcerait la surveillance maritime dans la région de l’océan Indien, face à la montée en puissance navale chinoise et pour le contrôle des passages stratégiques tels que le détroit de Malacca.