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Alors que l’Inde renforce ses capacités de surveillance et de frappe, un appel d’offres majeur pour 87 drones MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) pourrait privilégier des plateformes étrangères éprouvées au détriment des conceptions nationales. Ce contrat estimé à plus de 30 000 crores INR (environ 3,6 milliards d’euros), dont le lancement est attendu sous peu, met en avant les entreprises indiennes tout en ouvrant grand la porte à d’importants acteurs internationaux désireux de s’associer localement.

Les forces armées indiennes souhaitent étoffer leur arsenal de reconnaissance et de frappe de précision grâce à ces drones autonomes capables de mener des missions prolongées à moyenne altitude. L’exigence d’une mise en service rapide, avec des essais en vol envisageables d’ici six mois, représente un défi majeur pour les développeurs locaux qui doivent certifier des systèmes encore non éprouvés.

Pour encourager une filière autonome de drones, l’appel d’offres est réservé aux entreprises indiennes. Néanmoins, en amont de la consultation, plusieurs alliances stratégiques se sont nouées entre acteurs étrangers et partenaires locaux. Elbit Systems d’Israël et General Atomics des États-Unis, fabricant du célèbre MQ-9 Reaper, dominent cette course en proposant des plateformes mûres et éprouvées en zones de combat. Ces partenariats permettront d’adapter les technologies étrangères aux réglementations locales, tandis que les entreprises indiennes installeront des lignes d’assemblage et augmenteront la part de composants nationaux à plus de 50 %, via la production locale de structures aéronautiques et de moteurs.

La stratégie clé du ministère de la Défense prévoit de répartir la commande entre les deux soumissionnaires les moins coûteux et conformes, selon un ratio 64:36, privilégiant le moins cher mais assurant un approvisionnement sécurisé. Ce modèle à double fournisseur garantit non seulement une capacité de montée en charge rapide en cas d’urgence, grâce à deux sites industriels parallèles, mais aussi un contrat maintenance sur dix ans, assurant la disponibilité opérationnelle sur le long terme.

Les offres doivent impérativement intégrer une localisation poussée : assemblage et essais des structures et moteurs devront s’effectuer en Inde. Sont également exigés des capteurs électro-optiques, modules de communication satellite, aides à la navigation et équipements de transmissions développés localement, renforçant ainsi la résilience des chaînes d’approvisionnement face aux turbulences géopolitiques tout en intégrant la technologie nationale dans ces actifs stratégiques.

Si cette approche accélère les acquisitions, ses détracteurs y voient le risque de perpétuer une dépendance aux importations, allant à l’encontre de la politique « Make in India ». Ses défenseurs argumentent qu’un modèle hybride de ce type permet de bâtir une expertise durable, transformant les coopérations d’aujourd’hui en exportations de demain. À l’approche de la date butoir, ce dossier illustre la tension entre urgence opérationnelle et autonomie stratégique dans la modernisation de la défense indienne.