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Dans une refonte audacieuse de ses forces blindées, l’Armée indienne a validé l’acquisition de 2 200 chars de combat principaux de nouvelle génération, destinés à remplacer progressivement la vénérable flotte de T-72 ainsi que certaines variantes plus anciennes de T-90 importées directement de Russie au cours des 15 prochaines années. Nommé projet Ranjeet, ce programme ambitieux s’appuie sur un véhicule blindé futuriste de 50 tonnes, le Future Ready Combat Vehicle (FRCV), conçu non seulement pour dominer le champ de bataille mécanisé, mais aussi pour évoluer efficacement dans un contexte de guerre modernisée intégrant des essaims sans pilote, la cyberguerre et la suprématie des réseaux de combat.

Avec un appel d’offres prévu potentiellement dès 2027, ce projet illustre la volonté indéfectible de l’Inde d’atteindre une supériorité blindée indigène, combinant innovation locale et modèles mondiaux pour créer un char capable de servir pendant 40 ans sur le champ de bataille.

Selon des sources proches du dossier, la conception du FRCV privilégie des avancées technologiques majeures plutôt que de simples améliorations incrémentales. Le char doit fonctionner comme un véritable centre nerveux digital mobile, capable de coordonner des drones, des munitions autonomes en vol stationnaire et des robots terrestres, tout en résistant aux attaques électroniques. Plus qu’un simple remplacement, le FRCV incarne une réinvention complète, pensée pour contrer les menaces hypersoniques et les tactiques pilotées par l’intelligence artificielle sur les frontières du Ladakh et de l’axe ouest, proches de la Ligne de Contrôle (LAC).

L’appel d’offres, à lancer dès 2027 ou avant, s’adresse aux grands acteurs industriels nationaux tels que le Defence Research and Development Organisation (DRDO), Larsen & Toubro (L&T) et Tata Advanced Systems. Les candidats pourront proposer soit des conceptions originales, soit des partenariats étrangers – comme l’intégration d’éléments du Leopard 2A8 de Rheinmetall ou du K2 Black Panther sud-coréen avec des systèmes avioniques locaux. Les consortiums retenus bénéficieront d’un financement initial pour réaliser un ou deux prototypes, qui seront soumis à des essais rigoureux menés par l’armée dans des environnements extrêmes, des dunes du Rajasthan aux hauteurs du Ladakh.

Les choix définitifs des modèles et fabricants seront arrêtés après 2030, à l’issue de retours d’expérience opérationnels et d’évaluations comparatives approfondies. La production de masse est prévue aux alentours de 2034-2035, avec un rythme annuel de 150 à 200 exemplaires pour atteindre l’objectif de 2 200 unités. Ce renouvellement échelonné remplacera environ 1 800 T-72 et 300 T-90, garantissant une continuité des capacités, complétée par des modernisations intermédiaires des chars Arjun encore en service.

Le cœur du FRCV reposera sur une architecture Human-Machine Teaming (HMT) totalement numérisée, combinant l’intuition des équipages avec l’intelligence artificielle, notamment pour l’Intelligence, la Surveillance et la Reconnaissance (ISR). Le char pourra ainsi déployer des véhicules terrestres sans pilote (UGV) pour la reconnaissance avancée, des aéronefs sans pilote (UAV) pour la surveillance aérienne, ainsi que des munitions autonomes (« loitering munitions ») pour des frappes de précision, tout en restant protégé dans son blindage.

La guerre centrée sur le réseau sera au cœur de ce véhicule, avec une intégration fluide aux systèmes Battle Management System (BMS) et aux protocoles d’Identification « ami ou ennemi » (IFF). Ces dispositifs renforceront la résistance du char face aux cyberattaques et aux brouillages électroniques, garantissant un flux d’informations stable même lors d’interférences intenses. Les capacités d’engagement au-delà de la ligne de vue (BLOS) seront révolutionnaires: le FRCV pourra guider des drones et des munitions autonomes pour frapper des cibles invisibles, agissant comme un poste de commandement mobile.

La visibilité est un enjeu vital, assurée par des capteurs jour-nuit installés à la fois sur la tourelle et le châssis, offrant une vision panoramique à 360° à l’équipage ainsi qu’à la chaîne de commandement C4I (Commandement, Contrôle, Communications, Informatique et Intelligence). Aucun angle mort, aucune surprise, une conscience situationnelle totale, quelles que soient les conditions environnementales.

La mobilité en conditions extrêmes dépendra d’un système de navigation hybride compatible avec les cartes de la Defence Series Maps (DSM). Il combinera les signaux du Indian Regional Navigation Satellite System (IRNSS) avec une navigation inertielle (INS) résistante aux tentatives de brouillage GPS. Cette approche garantit au FRCV une excellente précision, même dans des vallées dénuées de signaux satellites ou dans des zones urbaines complexes, tout en synchronisant les mouvements avec les plateformes de combat sans pilote.

Conçu pour une durée de vie opérationnelle de 40 ans, le FRCV disposera d’une architecture modulaire facilitant les mises à niveau : capteurs interchangeables, systèmes d’armement modulaires et logiciels ouverts permettront d’intégrer les avancées futures. Avec ses 50 tonnes, le char trouvera un équilibre entre puissance et agilité, probablement doté d’une motorisation de plus de 1 500 chevaux capable d’atteindre 70 km/h et équipé de systèmes de protection active destinés à neutraliser les projectiles entrants.