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Une start-up texane a accidentellement commandé une mitrailleuse anti-drone dans un coloris inattendu : l’or rose. Conçue initialement pour être livrée dans des teintes militaires classiques, cette arme robotisée automatisée baptisée Bullfrog se distingue désormais par une finition métallique rose-rosé.

Basée à Austin, Allen Control Systems a récemment reçu un lot de blindages dans cette teinte, à la suite d’une erreur de commande. Généralement, le Bullfrog se décline en vert, beige ou noir, mais ce contretemps a donné naissance à un modèle surnommé « Rosie » en interne.

Ce système d’armes à distance est destiné à lutter contre l’essor des drones sur le champ de bataille. Grâce à l’intelligence artificielle, le Bullfrog détecte, suit et abat des systèmes aériens sans pilote (UAS) dans un rayon proche de véhicules ou de bases militaires. Compatible avec des armes d’infanterie telles que la mitrailleuse moyenne M240, il peut fonctionner en mode autonome ou être télécommandé.

Concernant ce choix inhabituel d’apparence, le directeur général Mike Wior suppose qu’une confusion a conduit à la sélection du coloris or rose au lieu du beige. Son homologue, le président Steve Simoni, avance une approche plus esthétique : “Quand on détruit des drones, autant le faire avec style.” Il qualifie même ce modèle de “l’iPhone des tourelles”.

La société a récemment dévoilé ces versions au design original aux médias, soulignant ce coup de fraîcheur inattendu.

En cherchant à séduire tous les corps d’armée, Allen Control Systems cible particulièrement l’Armée de terre américaine et le Commandement des opérations spéciales (SOCOM), réputé pour adopter rapidement les nouvelles technologies militaires.

“Si SOCOM veut son Bullfrog en or rose, il est disponible,” assure Wior. “Je pense que l’Arabie saoudite et les Émirats pourraient bien être intéressés.”

Une défense anti-drone assistée par intelligence artificielle

Le Bullfrog utilise des systèmes électro-optiques pour scruter le ciel, délaissant le radar traditionnel afin d’éviter toute émission électromagnétique. Ce choix est crucial dans un environnement où la détection peut s’avérer fatale pour les forces déployées.

Classé comme un système d’armes télécommandé, ce dispositif fonctionne habituellement sous contrôle humain via un joystick. Cependant, Simoni explique que l’automatisation permet de viser plus efficacement des cibles mobiles rapides, comme les drones, contre lesquels une saisie manuelle ne serait pas suffisante.

Le système peut neutraliser des drones jusqu’à 800 mètres, couvrant les catégories UAS groupes 1, 2 et 3, depuis les plus petits appareils portables jusqu’à ceux dépassant 450 kilogrammes.

Conçu pour la défense de point, le Bullfrog protège des actifs dans un rayon d’environ un kilomètre. Il est destiné à sécuriser tout véhicule ou convois logistiques contre les menaces aériennes à courte portée, un besoin criant souligné par l’absence de blindés dans certains conflits contemporains comme en Ukraine.

Pour perfectionner son intelligence artificielle, la société a recruté des spécialistes en jeux vidéo qui fournissent des données synthétiques issues de modèles virtuels détaillés. Cette méthode accélère la reconnaissance des nouveaux drones sur le théâtre des opérations, alors que le traitement des données réelles pourrait prendre des mois voire des années.

Un nouvel acteur innovant dans le secteur de la défense

Allen Control Systems a été fondée par Mike Wior, Steve Simoni et Luke Allen, ce dernier étant le directeur technique. Simoni et Allen sont tous deux d’anciens ingénieurs nucléaires de la Marine américaine.

Toutefois, leur approche marketing sort des sentiers battus, passant notamment par la vente de t-shirts arborant le slogan : “If it flies, it dies” (“Si ça vole, ça meurt”). Cette tactique témoigne de leur volonté de se faire connaître dans un environnement concurrentiel.

Selon Wior, le fait que l’armée entame des discussions avec leur entreprise, bien que leur technologie ne soit pas encore éprouvée au combat, illustre la nouvelle orientation du Pentagone. Là où auparavant les investissements s’appuyaient sur des projets théoriques, on observe désormais une volonté d’expérimentation concrète, incarnée par des initiatives comme l’“Army Transforming in Contact”.

“Travailler avec des PME comme la nôtre signifie que l’on commence à envisager l’intégration sur des plateformes de véhicules,” précise-t-il, évoquant des chars, véhicules de combat Bradley, obusiers automoteurs Paladin ou véhicules de surface sans pilote. “Quand notre système sera opérationnel, nous aurons déjà un plan pour l’installer sur ces équipements. Ce sont les discussions que nous menons actuellement avec l’armée.”