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Le président Vladimir Poutine a annoncé récemment le test du missile de croisière à propulsion nucléaire russe, le Burevestnik. Cette arme suscite un intérêt particulier en raison de ses capacités uniques, notamment sa propulsion nucléaire et son autonomie quasi illimitée.

Le 9M730 Burevestnik, dont le nom signifie « pétrel des tempêtes », est un missile de croisière lancé depuis le sol. Il vole à basse altitude et peut emporter une ogive nucléaire. Ce missile se distingue par sa propulsion nucléaire, ce qui lui confère une autonomie théoriquement illimitée. L’OTAN le désigne sous l’appellation SSC-X-9 Skyfall.

Présenté pour la première fois par Vladimir Poutine en mars 2018, le Burevestnik est décrit comme capable d’échapper aux systèmes de défense antimissile américains grâce à sa vitesse et son mode de vol. Toutefois, certains experts occidentaux mettent en doute sa valeur stratégique, estimant qu’il n’apporte pas de capacités révolutionnaires supplémentaires à la Russie et qu’il pourrait même représenter un risque radiologique en cas d’accident.

Lors du test du 21 octobre, selon le général Valery Gerasimov, chef d’état-major des armées russes, le missile a parcouru près de 14 000 km en environ 15 heures, propulsé par un moteur nucléaire. Il aurait ainsi percé toute défense antimissile, avec une portée considérée comme illimitée.

La propulsion nucléaire permet au Burevestnik de voler bien plus longtemps que les moteurs turbojet ou turbofan classiques, limités par leur quantité de carburant embarqué. Cette autonomie exceptionnelle offre la possibilité au missile de « boucler » sa trajectoire pendant une période prolongée avant de frapper sa cible. Le Nuclear Threat Initiative, organisation américaine de sécurité, estime qu’il pourrait rester en vol pendant plusieurs jours, contournant les défenses grâce à son altitude basse et sa trajectoire imprévisible avant de larguer son ogive nucléaire.

Cependant, sa vitesse subsonique devrait théoriquement le rendre détectable, augmentant sa vulnérabilité au fil du temps. En réponse, l’expert militaire russe Alexei Leonkov a déclaré en 2019 que le rôle principal du Burevestnik serait de neutraliser les vestiges des capacités ennemies (centres de commandement, bases militaires, usines, centrales électriques) après un premier assaut par des missiles balistiques intercontinentaux, moment où les défenses aériennes seraient affaiblies. Selon lui, cette arme pourrait réduire les pays ennemis à une situation comparable à celle de l’âge de pierre, en détruisant leur infrastructure militaire et civile restante.

L’Institut international d’études stratégiques (IISS) cite une revue militaire russe selon laquelle la portée théorique du Burevestnik pourrait atteindre 20 000 km, ce qui permettrait à Moscou de toucher des cibles situées aux États-Unis depuis n’importe quelle base sur le territoire russe. Toujours selon cette source, le missile vole à une altitude très basse, entre 50 et 100 mètres, rendant sa détection par radar plus difficile que celle des missiles de croisière conventionnels.

Un rapport daté de 2020 émanant du National Air and Space Intelligence Center de l’US Air Force souligne que, si ce missile est mis en service avec succès, il offrirait à la Russie une arme « unique » dotée d’une capacité de frappe intercontinentale.

Les experts estiment que le Burevestnik est initialement propulsé par une petite fusée à propergol solide qui permet d’aspirer de l’air vers un réacteur nucléaire miniature. L’air ainsi chauffé, et potentiellement chargé en matières radioactives, est expulsé pour générer la poussée nécessaire.

Le développement de cette arme a été marqué par plusieurs échecs. En 2019, au moins cinq spécialistes russes du nucléaire ont perdu la vie lors d’une explosion suivie d’un dégagement de radiations pendant un test dans la mer Blanche, événement suspecté par les services de renseignement américains comme étant lié au Burevestnik. Vladimir Poutine a alors décoré les veuves des victimes, soulignant l’importance exceptionnelle de cette arme sans toutefois la nommer explicitement. En octobre 2023, il a confirmé un test réussi du missile.

Enfin, en 2024, deux chercheurs américains ont identifié un site probable de déploiement de ce missile, situé à proximité d’une installation de stockage d’ogives nucléaires connue sous les noms Vologda-20 ou Chebsara, à environ 475 km au nord de Moscou.