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La France fait face à de nouveaux défis dans le financement de ses programmes aéronautiques majeurs. D’une part, les Émirats arabes unis abandonnent leur soutien au futur standard F5 du Rafale, et d’autre part, les tensions au sein de la coopération européenne autour du Système de Combat Aérien du Futur (SCAF) compromettent davantage le projet.

Un partenariat avait été envisagé entre la France et les Émirats arabes unis pour le développement du Rafale F5. Les Émirats étaient disposés à investir jusqu’à 3,5 milliards d’euros sur un programme estimé à environ 5 milliards d’euros. Pourtant, après plusieurs mois de négociations bloquées sur les contreparties technologiques à accorder, l’accord a finalement échoué. La France, par le biais de Dassault Aviation, a refusé de céder certains savoir-faire. Abu Dhabi a préféré se retirer face à une facture multi-milliardaire sans garanties solides de retour sur investissement technologique.

Cette situation contraint désormais la France à prendre en charge la totalité du développement du Rafale F5, engendrant des dépenses supplémentaires considérables dans un contexte budgétaire déjà contraint pour la défense nationale. Ce revirement cause également des retards dans les livraisons et met en péril le financement du programme associé de drones de combat furtifs, conçus pour opérer en appui du Rafale.

Le Rafale F5

La version F5 du Rafale est pensée comme une solution transitoire en attendant l’arrivée du futur appareil de sixième génération, alors qu’aucun avion de cinquième génération n’est actuellement proposé par Dassault. Pour répondre aux exigences, le standard F5 intégrerait notamment le radar à nitrure de gallium Thales RBE2 XG, un système de guerre électronique SPECTRA amélioré, de nouveaux capteurs optroniques et des réservoirs de carburant revisités.

Pour accompagner ces nouveautés, le moteur M88 bénéficiera du programme T-REX, visant à augmenter sa puissance et son refroidissement. Cette amélioration permettra de porter la poussée en postcombustion à 88 kN (+20 % par rapport aux 73 kN actuels), via un compresseur basse pression amélioré, des matériaux de turbine de dernière génération, des systèmes de refroidissement optimisés et une tuyère redessinée, tout en conservant les dimensions du moteur de base.

La coopération sur le SCAF s’enlise

Parallèlement, la France fait face à une dégradation notable des relations au sein du projet européen phare du SCAF, qui associe la France, l’Allemagne et l’Espagne. Ce programme est en crise profonde depuis plusieurs mois, avec des perspectives d’aboutissement incertaines à l’orée de 2026.

Le conflit industriel entre Dassault et Airbus s’aggrave, principalement sur la répartition des responsabilités et le pilotage du composant central, l’avion de combat NGF (Next Generation Fighter). Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a averti début 2026 que si Airbus maintenait ses positions, le projet serait condamné. La coopération trinationale bute sur des intérêts divergents et la difficulté de gérer une association où les États sont simultanément clients et actionnaires.

Par ailleurs, Berlin manifeste une préférence croissante pour le projet concurrent GCAP, piloté par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon, compromettant encore davantage l’avenir du SCAF. Malgré les assurances d’Emmanuel Macron de poursuivre le programme, les délais s’accumulent, avec une mise en service opérationnelle repoussée vers 2040. Le Conseil supérieur des forces armées du projet semble enlisé dans une lutte d’influence industrielle et politique, jetant une lourde incertitude sur l’avenir de ce « système de systèmes ».

Dassault Aviation affirme rester prête à poursuivre seule le projet, mais les coûts financiers sont colossaux. On estime à 4 milliards d’euros la phase de recherche et développement entre 2018 et 2026, puis à 5 milliards d’euros la conception d’un démonstrateur. S’y ajouteront la réalisation d’un prototype puis d’un standard initial au moment de l’entrée en service. Le coût global pourrait atteindre jusqu’à 100 milliards d’euros. La question se pose donc : la France peut-elle financer seule un tel programme ? Et dans le cas contraire, quels partenaires lui restent-ils ?