Le ministère de la Défense indien a jugé le dossier soumis par l’Armée de l’Air indienne (IAF) pour l’acquisition de 114 avions de combat multirôles (MRFA) « incomplet », relançant ainsi les négociations avec le constructeur français Dassault Aviation. Ce dernier, déjà fournisseur des Rafale en service dans l’IAF avec 36 appareils et dans la Marine indienne, demeure le candidat principal de cet appel d’offres stratégique.
Cependant, des sources gouvernementales de premier plan confirment une exigence ferme d’accroître l’industrialisation locale dans le cadre de la politique Atmanirbhar Bharat, visant à ce que la majorité des productions soient réalisées sur le sol indien avec un contenu local supérieur à 75 %. Cette orientation témoigne de la volonté de New Delhi de transformer des importations stratégiques en leviers de développement industriel national, en envisageant notamment la création d’une usine Dassault en coopération avec des partenaires indiens et en s’appuyant sur l’enthousiasme du groupe pour implanter un centre de maintenance, réparation et révision (MRO) à Hyderabad.
Le « Statement of Case » (SOC), document formel de l’IAF détaillant les besoins opérationnels, les spécifications techniques et le calendrier d’achat, a buté lors des revues inter-ministérielles. Il a été jugé « incomplet » en raison d’une insuffisance sur les exigences d’industrialisation locale. Des consultations approfondies sont désormais requises avec Dassault afin d’adapter les performances du Rafale — bimoteur capable de Mach 1,8, équipé de la suite électronique Spectra et des missiles BVR Meteor — à l’écosystème industriel indien. Le contrat gouvernement à gouvernement de 2016 pour 36 Rafale « prêts au vol » a contourné la compétition mais n’a atteint qu’environ 30 % de contenu local, un chiffre jugé insuffisant dans le cadre du programme MRFA.
Lors des discussions, deux points non négociables émergent : le lieu de production et la profondeur du contenu local. Si un lot limité de Rafale pourrait être livré « flyaway » (prêt à voler) — probablement une vingtaine à une trentaine d’unités pour combler rapidement les besoins opérationnels — la très grande majorité devra être assemblée en Inde. Cela implique que Dassault installe une usine neuve, probablement en partenariat avec Hindustan Aeronautics Limited (HAL) ou des industriels privés majeurs tels que Tata Advanced Systems ou Adani Defence, reproduisant ainsi le succès de la coopération HAL-Dassault pour les 26 Rafale embarqués de la Marine.
Les pourcentages feront l’objet de négociations serrées, avec une proposition de répartition 70 % production locale contre 30 % import, assortie de transferts technologiques pour l’avionique, les matériaux composites et la maintenance moteur. Indispensable, le contenu local devra dépasser les 10 à 15 % souvent symboliques des premiers contrats à compensations (offsets) pour atteindre au moins 75 %. Cela couvrirait notamment les sections de fuselage issues du pôle composites du DRDO ainsi que l’intégration des capteurs fournis par Bharat Electronics Limited (BEL). Cette dynamique industrielle profiterait directement à plus d’une centaine de PME et ETI situées dans les corridors de la défense, de Lucknow à Bengaluru, créant un effet d’entraînement estimé à 50 000 crores de roupies en emplois et en exportations connexes.