Le ministre de la Défense indien, Rajnath Singh, a répondu avec un sourire et un brin d’humour aux questions insistantes concernant le test du missile balistique intercontinental Agni-6, en déclarant en hindi : « Prateeksha kijiye, sab acha hi hoga » (« Patientez, tout ira bien »). Cette réponse, donnée lors d’une interview animée avec News18, alimente de nouvelles spéculations dans les cercles de défense et sur les réseaux sociaux, alors que l’Inde poursuit le développement de sa triade nucléaire.
Conçu au milieu des années 2010 comme le sommet de la famille de missiles Agni, l’Agni-6 est destiné à étendre la portée stratégique de New Delhi bien au-delà des capacités actuelles. Contrairement à son prédécesseur, l’Agni-V, d’une portée de 5 000 km et testé avec succès en août 2025 depuis l’île Wheeler, dans l’État d’Odisha, et équipé de multiples têtes nucléaires indépendamment ciblables (MIRV) pour contourner les systèmes de défense antimissile, l’Agni-6 est envisagé comme un missile lancé depuis un conteneur, mesurant entre 17 et 18 mètres et pesant plus de 50 tonnes.
Le calendrier de ce développement ne pourrait pas être plus symbolique. Alors que la Chine présente ses ICBM DF-41 lors du défilé de la Fête nationale en octobre et que le Pakistan teste ses MIRV Ababeel, l’Agni-6 renforcerait la doctrine indienne de « non-utilisation en premier » (NFU) en assurant une capacité crédible de seconde frappe. Depuis les démonstrations aériennes de l’opération Sindoor en mai, ce missile est perçu comme un outil stratégique capable de neutraliser des menaces profondes à l’intérieur du territoire, allant des corridors du CPEC jusqu’aux bases sous-marines de la marine chinoise (PLAN).
Selon des analystes de la défense, « un test réussi propulserait l’Inde au rang des pays dotés d’ICBM, dissuadant toute aventure militaire le long de la Ligne de Contrôle Actuelle (LAC) et au-delà ». La déclarations du ministre illustre également l’approche prudente du gouvernement indien dans le maintien d’une certaine ambiguïté stratégique concernant ses programmes nucléaires et balistiques. En ne confirmant ni n’infirmant la date du test, Rajnath Singh démontre à la fois confiance et discrétion, un mode de communication classique dans le domaine de la sécurité nationale.
Cette progression des capacités balistiques à longue portée intervient dans un contexte géopolitique et militaire en plein bouleversement. Alors que les rivaux régionaux modernisent leurs arsenaux nucléaires et systèmes de lancement, le développement continu des armes stratégiques par l’Inde s’inscrit dans sa doctrine de dissuasion minimale crédible.