Tahawwur Rana, extradé des États-Unis vers l’Inde, est actuellement interrogé dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Mumbai du 26/11, qui ont eu lieu il y a 17 ans. Principal complice de David Headley, le préparateur des reconnaissances des cibles attaquées par le groupe Lashkar-e-Tayiba, Rana se révèle être un interrogé particulièrement difficile à cerner.
Contrairement aux attentes initiales, son audition s’avère longue et complexe.
Grâce à sa formation militaire au sein de l’armée pakistanaise puis des services de renseignement de l’ISI, il déjoue habilement les questions posées. Ancien médecin militaire, Rana a été intégré à l’ISI et opérait depuis le Canada. Il a notamment organisé les documents de voyage et les autres préparatifs nécessaires aux déplacements de David Headley en Inde.
Intelligent et méthodique, Rana reste fidèle à un récit précis. Il livre aux enquêteurs des informations déjà connues, tout en évoquant le rôle de l’ISI dans l’organisation de l’attaque ainsi que son aide apportée à Headley. Il mentionne également Ilyas Kashmiri et le projet plus vaste de Ghazwa-e-Hind, un plan idéologique visant à la conquête de l’Inde. Cependant, lorsqu’il s’agit d’exposer l’implication profonde de l’appareil d’État pakistanais dans l’attaque, Rana fournit un tableau flou et volontairement incomplet.
Sa formation militaire joue pleinement son rôle et l’aide à protéger la hiérarchie supérieure pakistanaise. Le message qu’il transmet donne l’impression qu’il cherchera à préserver ces intérêts coûte que coûte, refusant de révéler de nouvelles informations.
Un responsable a déclaré : « Il est indéniablement difficile à faire parler. Il change plusieurs fois de version, mais les autorités indiennes restent confiantes dans leur capacité à le faire céder. »
« Il faut simplement du temps, et dans les prochains mois, Rana révélera beaucoup plus », a-t-il ajouté.
Rana a pris connaissance de tous les aveux de Headley. Sur les passages où Headley évoque un lien avec lui, il ne nie pas leur association. Préalablement, Rana admit que Headley avait participé à l’attaque et qu’il en était au courant.
Depuis, il est revenu sur cette déclaration, reconnaissant seulement que Headley était son ami d’enfance.
Headley avait déclaré que la société de voyage de Rana lui avait servi à organiser ses déplacements en Inde. Rana confirme que son entreprise a bien été utilisée, mais prétend ignorer les raisons réelles de ces visites. Il affirme également ne pas avoir su que Headley effectuait des missions de reconnaissance.
Un autre fonctionnaire indique que Rana donne des versions contradictoires aux enquêteurs de la National Investigation Agency (NIA) et à la police de Mumbai, pratique évidente destinée à brouiller les pistes.
Il a notamment affirmé à la NIA avoir été présent à Mumbai au moment des attentats, détaillant même d’autres déplacements effectués en Inde durant cette période. Mais face à la police, il nie toute implication dans les attaques.
Selon un agent du Bureau du renseignement (IB), Rana représente un profil particulièrement difficile à faire parler. Ce comportement est étroitement lié à la formation spécifique reçue au sein de l’armée pakistanaise, où l’on apprend à esquiver les questions et à semer la confusion parmi les enquêteurs.
Cette stratégie sert aussi à retarder le début du procès. Un autre responsable ajoute que Rana cherchera par tous les moyens à ralentir ou bloquer l’enquête, son objectif étant de protéger les hauts-gradés pakistanais.
De plus, il vise à prolonger la procédure judiciaire en Inde, ce qui repousserait d’autant sa condamnation finale.
Le 26 novembre, il y a tout juste 17 ans, dix terroristes du Lashkar-e-Tayiba avaient attaqué Mumbai, perpétrant l’une des attaques les plus audacieuses et meurtrières, qui fit 166 victimes.