Face à la pression sur ses escadrons et à la montée des menaces régionales, l’Armée de l’air indienne (IAF) a évalué ses besoins à 18-22 avions ravitailleurs en vol pour soutenir des campagnes militaires prolongées, en prenant en compte les périodes de maintenance et les imprévus.
Actuellement contrainte à ne disposer que de six ravitailleurs vieillissants Ilyushin Il-78MKI, la force aérienne comble ses lacunes par des locations temporaires, incluant notamment un KC-135 américain exploité par Metrea Management et un A330 MRTT de l’armée de l’air française. Parallèlement, elle relance un appel d’offres longtemps retardé pour six appareils neufs, avec une possible extension à 12 voire 18 unités. Les critères privilégiés dans ces évaluations portent sur la compatibilité avec sa flotte de chasseurs diversifiée, les performances opérationnelles et la maintenance durable, plaçant l’Airbus A330 MRTT et le Boeing KC-46 Pegasus en tête pour moderniser cet élément clé de la projection de puissance aérienne.
L’urgence est dictée par les enseignements tirés d’exercices récents et de l’opération Sindoor de mai 2025, où des frappes longue portée contre des cibles pakistanaises ont révélé les limites en endurance et disponibilité des Il-78. Un responsable de l’IAF a indiqué : « Notre flotte actuelle ne peut pas soutenir des opérations à haute intensité ; nous avons besoin d’une capacité redondante pour maintenir nos chasseurs en vol sans interruption. » Cette dynamique ravive ainsi des ambitions abandonnées en 2010, lorsque le projet d’acquisition de six A330 MRTT avait été annulé en raison d’un surcoût dépassant 1,5 milliard de dollars.
Ces six Il-78MKI Midas, acquis en 2003-2004 dans un contrat de 1,1 milliard de dollars avec la Russie, ont représenté un saut technologique important pour l’IAF en permettant le ravitaillement par sonde et panier pour les Su-30MKI et Mirage 2000. Pesant jusqu’à 210 tonnes au décollage, chacun peut transférer jusqu’à 68 tonnes de carburant. Cependant, plusieurs décennies de service ont entamé leur fiabilité, avec des taux de disponibilité tombant sous les 50 % en raison de la pénurie de pièces détachées aggravée par le conflit en Ukraine. Un audit de 2024 du contrôleur général a souligné l’obsolescence de cette flotte, alertant sur son impact négatif pour les missions de frappes profondes contre la Chine ou le Pakistan.
Pour assurer des opérations soutenues, la doctrine de l’IAF exige environ 18 à 22 ravitailleurs : une dizaine environ pour le ravitaillement actif, le reste en réserve ou en maintenance. Ce déficit limite non seulement la cadence des missions mais freine aussi l’intégration des nouveaux appareils comme le Rafale et le Tejas Mk2, qui nécessitent des ravitaillements aériens transparents pour mener des combats au-delà de la portée visuelle.
Pour éviter un vide capacitaire, l’IAF a fait appel à la location opérationnelle (wet lease) pour un renfort immédiat. Dans un contrat historique signé le 28 mars 2025, l’opérateur américain Metrea Management déploiera un Boeing KC-135 Stratotanker à la base aérienne d’Agra, principal centre de ravitaillement en Inde. Ce contrat « Flight Refueler Aircraft », estimé à moins de 50 millions de dollars par an, met l’accent sur la formation des pilotes au système de perche ainsi que sur le soutien aux opérations en cours. Le KC-135 devrait arriver en octobre 2025, facilitant la compatibilité avec les plateformes américaines telles que le C-17 Globemaster.
Dans le même temps, le ministère de la Défense a approuvé fin mars 2025 la location pour trois ans d’un Airbus A330-200 Phénix MRTT appartenant à l’armée de l’air française, alors que les mises au sol des Il-78 se multipliaient. Ce A330 multifonction, équipé de nacelles sous les ailes et d’une perche pour un ravitaillement hybride, offre une capacité d’offload de 111 tonnes et une endurance de 14 heures, un atout précieux pour les patrouilles dans l’Indo-Pacifique. Les discussions, proches de la finalisation en juillet 2025, incluent la formation des équipages et l’intégration aux liaisons de données indiennes, bien que le coût avoisine 100 millions de dollars. Ces solutions temporaires, selon plusieurs sources, prolongent la marge de manœuvre sur 2 à 3 ans mais exposent néanmoins l’IAF à une relative vulnérabilité en cas de conflit contre des puissances comparables.
Après plus de dix ans de tergiversations, l’IAF relance fermement sa recherche de six ravitailleurs aériens neufs, avec un processus d’évaluation intensifié dès juin 2025. Le cahier des charges interne requiert une polyvalence multi-rôles — ravitaillement, transport et renseignement — ainsi qu’une compatibilité simultanée avec les systèmes sonde-et-panier (pour les Su-30) et perche (pour les Rafale), accompagnée d’un soutien logistique intégrant des compensations industrielles indiennes. Les candidats principaux restent l’Airbus A330 MRTT, déjà en service auprès de 68 utilisateurs dans le monde, et le Boeing KC-46 Pegasus, dérivé du 767 avec une avionique avancée.
Le premier lot de six appareils, estimé entre 3 et 4 milliards de dollars, pourrait être étendu à 12 unités d’ici 2030, voire 18 d’ici 2035, sous réserve des accords du comité de sécurité du Cabinet. Cette montée en puissance s’inscrit dans la feuille de route Vision 2047 de l’IAF visant à rétablir une force de 42 escadrons. Un partenaire industriel national — probablement HAL ou Tata — est requis pour assurer au moins 50 % de compensations, suivant l’exemple réussi du contrat C-295. Comme l’a résumé un expert en charge : « Nous n’achetons pas seulement des ravitailleurs ; nous garantissons la supériorité aérienne pour les vingt prochaines années. »
| Plateforme | Flotte actuelle (Il-78MKI) | Airbus A330 MRTT | Boeing KC-46 Pegasus |
|---|---|---|---|
| Capacité maximale de transfert de carburant | 68 tonnes | 111 tonnes | 96 tonnes |
| Endurance | 7-8 heures | 14+ heures | 12+ heures |
| Mode de ravitaillement | Sonde et panier uniquement | Sonde/panier + perche | Sonde/panier + perche |
| Equipage | 5 | 9 (modulaire) | 15 |
| Coût unitaire estimé | N/A (héritage) | 200-250 millions de dollars | 150-200 millions de dollars |
| Statut auprès de l’IAF | 6 unités, faible disponibilité | Location en cours ; candidat à l’appel d’offres | Phase d’évaluation |