Dans un geste témoignant de la coopération militaire grandissante entre deux puissances clés de l’Indo-Pacifique, la Force aérienne d’autodéfense japonaise (JASDF) a accueilli début novembre un pilote de la prestigieuse escadrille de Su-30MKI de l’Armée de l’air indienne (IAF) sur la base aérienne de Komatsu. Cet échange de deux jours, les 5 et 6 novembre, alliait discussions stratégiques et vol en immersion, avec pour objectif de combler les écarts opérationnels et de renforcer la confiance entre les aviateurs japonais et indiens.
Organisée dans le cadre du Partenariat de défense et d’échange d’informations Japon-Inde (JIDIP), cette visite illustrait l’engagement conjoint à assurer une défense collaborative dans une région marquée par de fortes tensions géopolitiques. La base de Komatsu, qui accueille la redoutable flotte de F-15 Eagle de la JASDF ainsi que l’Escadron d’entraînement au combat tactique (connu aussi sous le nom d’Escadron de développement des tactiques aériennes), constituait un cadre idéal pour cette diplomatie aérienne.
Au cœur du programme, des échanges approfondis ont permis au pilote indien et aux pilotes de la JASDF de partager leurs expériences. À travers des séances de briefing et des simulations, ils ont abordé leurs missions respectives – de l’interception des menaces aériennes aux frappes de précision – en partageant des retours d’expérience issus de nombreuses opérations sur le terrain. « Ces échanges dépassent la simple tactique ; ils visent à comprendre la mentalité de l’autre dans l’affrontement, » a souligné un porte-parole de la JASDF, insistant sur le fait que ces dialogues humanisent le monde exigeant des pilotes de chasse.
Mais les discussions n’étaient qu’un préambule. Le pilote indien, habitué à la puissance tonitruante du Su-30MKI russe, a pris place dans le cockpit du F-15 japonais pour effectuer des vols d’orientation. Ces sorties lui ont permis d’appréhender de première main l’agilité reconnue de l’Eagle, en simulant des engagements où étaient testés la vitesse, l’intégration radar et les protocoles de combat au-delà de la portée visuelle. Pour rappel, le Su-30MKI est un chasseur multirôle lourd doté de moteurs à poussée vectorielle pour une supermaniabilité, tandis que le F-15 est une référence en supériorité aérienne, invaincu en combat aérien rapproché. Mettre en commun ces « mastodontes » lors d’exercices est une démonstration concrète d’interopérabilité.
La JASDF a résumé l’événement sur ses canaux officiels : « Nous avons accueilli un pilote de Su-30MKI de l’Armée de l’air indienne à la base de Komatsu. Grâce aux échanges avec les pilotes de l’Escadron d’instruction au vol de la Force aérienne d’autodéfense et aux vols de familiarisation sur F-15 réalisés par ce pilote indien, nous avons cherché à promouvoir la compréhension mutuelle et à approfondir la confiance. » Cette initiative s’inscrit pleinement dans le mandat du JIDIP, qui vise à favoriser des engagements conjoints aériens et maritimes, assurant un partage fluide d’informations face à des menaces en constante évolution, telles que les conflits territoriaux et les cyberattaques dans l’Indo-Pacifique.
La coopération entre ces deux forces aériennes n’est pas une nouveauté. Leur partenariat remonte à des exercices comme Veer Guardian 2023, où les Su-30MKI de l’IAF ont affronté les F-15 de la JASDF dans des combats simulés au-dessus de la base aérienne de Hyakuri, marquant un jalon important dans leur entraînement bilatéral. Depuis, Tokyo et New Delhi ont intensifié leur collaboration, allant des patrouilles navales conjointes dans l’océan Indien aux accords de partage technologique sur les systèmes sans pilote. Les observateurs considèrent la visite à Komatsu comme un microcosme de cet alignement stratégique plus large : le Japon, renforçant sa défense dans un contexte de posture sécuritaire révisée, voit en l’Inde un contrepoids face à ses voisins plus affirmés, tandis que New Delhi tire parti de l’expertise aéronautique avancée de Tokyo pour moderniser sa flotte.