Face à la montée des menaces extrémistes et des ingérences étatiques, les forces de police réorientent leurs moyens vers la protection des institutions démocratiques ainsi que des élus et journalistes qui les représentent ou les informent.
Lors d’une conférence tenue à New Scotland Yard, le commissaire adjoint Jon Savell, coordinateur national principal pour le programme Protect and Prepare, a indiqué aux journalistes que l’attention est de plus en plus portée sur la « sécurité protectrice des élus » et des personnes ciblées du fait de leur activité publique. « Défendre nos élus, défendre la démocratie en assurant leur protection, qu’il s’agisse d’élus locaux ou de députés, ainsi que de ceux exposés à des menaces émanant d’États étrangers, est un travail en pleine expansion », a-t-il précisé.
Cette même approche s’applique selon lui aux journalistes victimes d’intimidations ou de représailles liées à des États étrangers. « Cela concerne principalement des journalistes basés au Royaume-Uni qui couvrent des régimes hostiles à leur activité, avec les menaces que cela génère généralement », a-t-il expliqué. « Nous nous employons à garantir leur sécurité sur le territoire britannique, ainsi que leur liberté d’expression, élément essentiel de notre démocratie. »
Ces propos interviennent alors que le commissaire assisté Laurence Taylor, responsable de la lutte antiterroriste, alerte sur le fait que la frontière entre menace étatique et actions extrémistes s’estompe de plus en plus. « On constate l’usage par certains États étrangers de réseaux criminels pour mener leurs actions », a-t-il indiqué, citant un projet d’incendie criminel soutenu par la Russie à Londres.
« Nous observons aussi une forte augmentation de la désinformation et de la propagande, notamment dans le contexte de l’environnement dans lequel nous opérons, ce qui rend la situation plus instable et favorise la radicalisation. »
Selon Taylor, cette convergence entre extrémisme politique et ingérence étrangère nourrit un climat de division plus large. « Cette menace étatique va des actes physiques sur le terrain à l’espionnage traditionnel mené par d’autres pays », a-t-il ajouté. « Lorsqu’on y ajoute des individus influencés par des discours extrémistes, les risques augmentent sensiblement. »
Jon Savell a détaillé que son portefeuille couvre désormais la sécurité armée dans les aéroports londoniens, au Parlement ainsi que dans les représentations diplomatiques, mais aussi la protection rapprochée des personnalités publiques. « Mon rôle est partagé, » a-t-il expliqué. « Je supervise la sécurité armée dans les aéroports de Londres, au Parlement, les bâtiments diplomatiques et la protection spécialisée, mais aussi la protection des élus et des personnes exposées. »
Une grande partie du travail reste confidentielle, impliquant une étroite collaboration entre le ministère de l’Intérieur, le MI5 et les forces locales, ainsi que la collecte de renseignements et la préparation à différents types d’attaques – qu’elles soient par véhicule hostile, incidents chimiques ou biologiques, ou cyberattaques. « On ne peut pas protéger tout à 100 % par un dispositif physique », a-t-il conclu. « Il faut faire preuve de vigilance, planifier et travailler en réseau. »
Pour sa part, Laurence Taylor a souligné que cette priorité accordée à la protection des institutions démocratiques reflète un principe fondamental de la lutte antiterroriste. « La sécurité protectrice vise à défendre notre démocratie et à garantir que les droits dont jouissent les citoyens sont effectivement préservés », a-t-il affirmé.
Jon Savell a abondé dans ce sens en décrivant ce rôle comme à la fois protecteur et symbolique. « La liberté d’expression et la sécurité de ceux qui l’exercent sont indispensables pour préserver notre identité démocratique », a-t-il conclu.