À l’approche de l’échéance fixée pour le programme ambitieux Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA) de l’Inde, les principaux acteurs du secteur privé, Tata Advanced Systems Limited (TASL) et le groupe Kalyani, s’éloignent d’une collaboration avec Hindustan Aeronautics Limited (HAL), entreprise publique historiquement dominante. Ils privilégient des offres indépendantes ou des consortiums alternatifs pour décrocher les contrats de développement des prototypes. Cette évolution illustre la volonté du gouvernement de diversifier le paysage industriel de défense et de stimuler la concurrence dans la production d’avions de combat.
Selon des sources proches du dossier, Tata et Kalyani ont finalisé leurs stratégies en vue de répondre avant la date limite du 30 septembre à l’Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) lancé en juin par l’Aeronautical Development Agency (ADA). Ce dernier fait suite à l’approbation en mai par le ministère de la Défense d’un modèle d’exécution budgété à 15 000 crores de roupies (environ 1,7 milliard d’euros), qui ouvre officiellement le programme du chasseur furtif de cinquième génération aux entreprises privées, leur permettant de participer de manière indépendante, en coentreprise ou en consortium, au même titre que les entités publiques.
Dans une annonce notable, Larsen & Toubro (L&T) a déclaré mercredi la formation d’un partenariat stratégique avec Bharat Electronics Limited (BEL), entreprise d’État spécialisée en électronique et intégration de systèmes. Cette alliance associe le savoir-faire de L&T dans les plateformes de défense stratégiques avec l’expertise de BEL pour le développement des systèmes électroniques de l’AMCA. Le groupe Adani et Mahindra restent ainsi les principaux acteurs privés susceptibles de s’associer à HAL, qui pourrait diriger un consortium à deux ou trois membres, en s’alliant soit à un de ces grands groupes privés, soit exclusivement à des entreprises de taille moyenne telles que Dynamatic Technologies ou VEM Technologies.
Le projet AMCA, premier chasseur furtif indien indigène doté d’avionique avancée, de la capacité de supercroisière et de baies internes pour armes, vise à instaurer une filière de production privée parallèle, renforçant ainsi l’autonomie stratégique et stimulant la compétition dans un secteur longtemps monopolisé par HAL. Un modèle grandeur nature de ce biréacteur de 25 tonnes, conçu pour des missions multirôles, a été présenté lors du 15e salon Aero India à Bengaluru en février 2025.
Les critères d’évaluation de l’AMI favorisent une participation équilibrée et collaborative : les entreprises dont le carnet de commandes dépasse trois fois leur chiffre d’affaires se voient pénalisées (zéro point sur 100), tandis que les offres individuelles perdent des points comparées aux coentreprises ou consortiums, où la part majoritaire du chef de file ne peut excéder 50 %. Ces règles visent à encourager des partenariats solides entre secteur public et privé sans marginaliser les entreprises publiques de défense.
Le groupe Kalyani conduit un consortium tripartite, menant des négociations avancées avec une principale entreprise publique et une société d’électronique, afin de répondre aux exigences strictes du programme. De son côté, TASL, fort de sa première usine privée de production d’avions militaires pour l’Airbus C-295 et d’une ligne de fabrication de fuselages Rafale à Hyderabad en partenariat avec Dassault Aviation, envisage de soumettre une offre indépendante. Le promoteur retenu pour la phase prototype, qui comprend la production de cinq appareils, serait probablement choisi pour la production en série, conformément aux exigences de l’AMI imposant une capacité industrielle avérée.
HAL, sollicitée pour un commentaire, a refusé de préciser ses potentielles alliances. Les experts du secteur considèrent que ce nouveau paysage consortiumaire constitue un test crucial pour l’initiative Atmanirbhar Bharat (« Inde autonome ») dans le domaine de la défense. Avec l’Armée de l’air indienne qui prévoit d’acquérir 126 appareils AMCA pour moderniser ses escadrons, dont les effectifs sont en baisse, le succès du projet devrait lancer une dynamique plus large d’innovation locale en aérospatiale, réduire la dépendance aux importations et accroître les investissements privés.