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Alors que les tensions persistent le long de la frontière indo-pakistanaise, l’avertissement cinglant du ministre indien de la Défense, Rajnath Singh, à l’encontre du renforcement militaire pakistanais dans la zone contestée de Sir Creek, rappelle un incident marquant survenu il y a 26 ans. En 1999, l’aviation indienne avait abattu un avion naval pakistanais au-dessus de ces marais instables. Le 2 octobre, lors d’une intervention à la base militaire de Bhuj au Gujarat, Singh a affirmé que toute « mésaventure » à Sir Creek déclencherait une réponse « qui changera à la fois l’histoire et la géographie », accusant Islamabad de nourrir de « mauvaises intentions » dans ce différend territorial non résolu.

Cette rhétorique, évoquant la « route vers Karachi » qui traverse le secteur disputé, illustre la position inflexible de New Delhi sur ce point stratégique de 96 kilomètres carrés situé à la frontière entre le Gujarat et le Sindh. Sir Creek, un chenal marécageux et tidal situé dans le Rann de Kutch, symbolise depuis longtemps la fragilité des frontières maritimes indo-pakistanaises.

Délimité de manière ambiguë dans les cartes de l’époque coloniale, ce territoire revêt une importance stratégique majeure : son contrôle permettrait d’étendre considérablement les zones économiques exclusives, ouvrant l’accès à d’importantes réserves d’hydrocarbures et à de vastes zones de pêche. Les rapports font état de nouvelles fortifications pakistanaises, notamment des avant-postes navals et des renforts militaires, signe de la volonté persistante du Pakistan de redessiner les frontières à son avantage. Rajnath Singh a directement lié cette stratégie aux échecs répétés de plus d’une dizaine de cycles de négociations bilatérales depuis 1969.

« En 2025, le Pakistan doit garder à l’esprit que toute tentative d’occupation illégale d’une partie supplémentaire de l’Inde sera rencontrée par une force décisive », a-t-il averti, se référant aux leçons de l’opération Sindoor cette année, au cours de laquelle des frappes indiennes ont neutralisé des infrastructures terroristes suite à l’attaque de Pahalgam.

Les propos du ministre rappellent l’épisode du 10 août 1999, lorsque un avion de patrouille maritime pakistanais Breguet 1150 Atlantic s’était aventuré dans l’espace aérien indien au-dessus du Rann de Kutch, quelques semaines seulement après le cessez-le-feu de la guerre de Kargil. L’appareil de reconnaissance, non armé et transportant 16 membres d’équipage, avait ignoré les multiples avertissements lancés par deux chasseurs MiG-21 indiens avant d’être abattu par des missiles air-air. L’appareil s’était écrasé dans les marais salants proches de Kori Creek, aux abords de Sir Creek.

Les débris éparpillés dans ce terrain aride constituaient une preuve accablante de l’incursion et avaient déclenché un tollé international. Le Pakistan avait dénoncé cet acte comme un « massacre » et porté l’affaire devant la Cour internationale de Justice. En 2005, cette dernière avait jugé le tir comme légal tout en accordant à Islamabad une indemnité de 2,8 millions de dollars en raison de la nature non armée du vol.

Pour l’Inde, cet épisode représentait une affirmation catégorique de sa souveraineté dans une zone où les incursions aériennes avaient longtemps testé sa détermination. Aujourd’hui, la montée en puissance observée – des satellites ayant repéré des forces navales pakistanaises et des unités d’ingénierie près du chenal – témoigne des ambitions durables d’Islamabad, sans doute encouragées par ses rapprochements stratégiques avec la Chine et la Turquie dans le domaine maritime. Les analystes y voient des parallèles : à l’instar de la mission de reconnaissance de 1999 qui avait mis en lumière des faiblesses, les manœuvres actuelles pourraient précéder des menaces hybrides, incluant essaims de drones et feintes amphibies, alors même que le différend autour de Sir Creek continue de freiner les processus de paix régionaux.