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La Force aérienne indienne (IAF) fait face à un défi majeur : la réduction du nombre de ses escadrons de chasse, tombé à 31 contre 42 autorisés, alors que les tensions régionales avec la Chine et le Pakistan exigent une supériorité aérienne renforcée. Pour répondre à cette crise, une solution intermédiaire combinée se dessine, associant l’acquisition de 3 à 5 escadrons de Rafale dans une logique « Make in India », l’accélération de la production du chasseur léger indigène LCA, le lancement immédiat du programme du chasseur furtif AMCA, et l’achat de 2 escadrons de chasseurs furtifs russes Sukhoi Su-57.

Selon ANI, le contrat Rafale, d’une valeur d’environ 22 milliards de dollars pour 114 appareils, est actuellement en discussion active, traduisant l’urgence de renforcer les capacités de l’IAF. Cette approche plurielle pourrait constituer la meilleure solution temporaire pour combler rapidement les carences tout en promouvant une autonomie à long terme.

Une stratégie équilibrée et pragmatique

La flotte de chasse de l’IAF, affaiblie par la retraite des MiG-21 et les retards dans les programmes nationaux, nécessite une combinaison pragmatique de plateformes étrangères éprouvées et de développement domestique. Cette stratégie proposée inclut :

  1. 3 à 5 escadrons de Rafale avec une production locale : L’acquisition de 54 à 90 Rafale supplémentaires (3 à 5 escadrons de 18 appareils chacun) viendrait compléter les 36 Rafale déjà en service, en tirant parti des infrastructures existantes sur les bases d’Ambala et Hasimara. Selon ANI, le contrat à 22 milliards de dollars prévoit plus de 60 % de contenu local, avec une production assurée par Dassault Aviation en collaboration avec des entreprises indiennes. Cela limite les coûts d’installation et fournit rapidement une capacité accrue, comme l’a démontré la supériorité du Rafale lors de l’Opération Sindoor, où son système de guerre électronique Spectra a neutralisé les missiles chinois PL-15.
  2. Accélérer la production du LCA : Le programme Hindustan Aeronautics Limited (HAL) Tejas Mk1A, avec 240 unités commandées (83 en 2021 et 157 en 2024), est vital pour le renouvellement des escadrons. Une montée en cadence des livraisons, aujourd’hui limitée à 8-10 appareils par an, grâce à une production optimisée et une participation accrue du secteur privé, pourrait permettre la mise en service de 2 à 3 escadrons d’ici 2030. Ce chasseur léger polyvalent demeure une solution économique et indienne de premier plan.
  3. Lancement du programme AMCA : Le Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), chasseur furtif de cinquième génération, représente l’objectif long terme d’autonomie stratégique. Approuvé en 2024 par le Cabinet Committee on Security, le programme prévoit un prototype en 2032. Une allocation immédiate de ressources, incluant des partenariats internationaux comme avec Safran pour le co-développement moteur, est primordiale afin que l’AMCA devienne la colonne vertébrale de l’IAF dans les années 2030.
  4. Acquisition de Su-57 : L’achat de 36 à 48 Su-57 (2 escadrons) auprès de la Russie offrirait un pont technologique à court terme. Bien que ce chasseur furtif reste en développement et que ses capacités de furtivité fassent toujours débat, ses performances en supercroisière et en manœuvrabilité avancée, ainsi que sa compatibilité avec la flotte existante de Su-30MKI, facilitent la formation des pilotes et la maintenance.

Les fondements de cette approche

Cette stratégie plurielle s’appuie sur des considérations stratégiques, opérationnelles et industrielles :

  1. Extension efficace des escadrons Rafale : L’ajout d’escadrons Rafale exploite les infrastructures existantes, réduisant les coûts d’installation de 2 à 3 milliards de dollars par rapport à de nouveaux matériels. La polyvalence reconnue du Rafale — supériorité aérienne, frappes au sol et guerre électronique — offre une réponse immédiate aux menaces régionales telles que les J-20 et J-35A chinois ou les JF-17 pakistanais. Avec 36 Rafale déjà intégrés, cette montée en puissance se veut rapide.
  2. Synergies avec l’industrie française : Le projet de co-développement moteur mené par Safran pour l’AMCA et d’autres plateformes promet des retombées technologiques majeures. La production conjointe de composants Rafale en Inde soutient le développement des PME de défense, crée de l’emploi et développe une expertise avancée en avionique et propulsion, conformément à la dynamique « Make in India » illustrée par la part indigène de 60 % dans l’accord Rafale.
  3. Le Su-57 comme transition vers l’AMCA : Bien que l’AMCA soit l’objectif final, ses premières livraisons sont attendues après 2035, ce qui crée un vide que le Su-57 peut combler. Proposé à 80-100 millions de dollars l’unité, il offre des capacités furtives et sensorielles comparables, voire supérieures en manœuvrabilité, à un coût inférieur à celui du F-35 américain (environ 110 millions de dollars). Sa proximité technique avec le Su-30MKI facilite la formation des pilotes et la maintenance, profitant de décennies de coopération russo-indienne.
  4. Effets positifs sur l’AMCA : Les technologies issues du Rafale (radar AESA, suites de guerre électronique) et du Su-57 (revêtements furtifs, poussée vectorielle) pourraient accélérer le développement de l’AMCA. En faisant de ce dernier une « mission nationale » avec l’implication du secteur privé, notamment HAL, des avancées en matériaux, capteurs et armements sont envisageables, réduisant la dépendance aux importations.
  5. Flexibilité géopolitique : En diversifiant les acquisitions entre la France (Rafale), l’Inde (LCA, AMCA) et la Russie (Su-57), l’Inde limite sa dépendance à un unique fournisseur dans un contexte international instable. Avec la Russie soumise à des sanctions et la montée en puissance de la Chine, cette stratégie renforce l’autonomie stratégique du pays.

Obstacles et points d’attention

Malgré ses avantages, cette stratégie présente des défis. Le coût élevé du Rafale (~193 millions de dollars unitaire, incluant infrastructure selon le contrat de 22 milliards), pèse sur les budgets en parallèle des financements pour le LCA et l’AMCA. Le Su-57, dont l’expérience opérationnelle reste limitée, est soumis aux incertitudes liées aux sanctions russes et aux problèmes logistiques. L’augmentation de la cadence de production du LCA impose à HAL de résoudre des goulets d’étranglement, car la production actuelle ne suffira pas à atteindre les objectifs pour 2030. Enfin, gérer la diversité des matériels nécessitera des chaînes logistiques robustes et une formation adaptée pour éviter des cloisonnements opérationnels.

Les alternatives, comme le F-35 américain ou l’Eurofighter Typhoon, ont aussi été envisagées dans le cadre du programme Multi-Role Fighter Aircraft (MRFA), mais présentent des limites : le F-35 est freiné par des restrictions à l’export et des coûts d’exploitation élevés (35 000 dollars/heure de vol contre environ 15 000 pour le Rafale), tandis que le Typhoon ne bénéficie pas de la même expérience opérationnelle éprouvée dans le contexte indien. Le Su-57, malgré ses critiques, constitue une option furtive à moindre coût, complémentaire à la polyvalence du Rafale et l’accessibilité du LCA.