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À la veille de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine le 24 février 2022, un regard rétrospectif permet de revisiter les développements cruciaux qui ont marqué la montée des tensions. Ce retour sur les principaux faits et analyses publiés en amont révèle comment l’évolution du paysage sécuritaire européen faisait déjà peser une menace palpable, tandis que la Suède, comme d’autres pays, avait commencé à ajuster sa posture militaire.

Camions logistiques de l'OTAN en Lituanie
Camions logistiques de l’OTAN en Lituanie.

En parallèle de l’écriture de son manuscrit final, l’auteur a vécu le basculement dans cette crise majeure, achevant son travail à la veille même de l’éclatement du conflit. Le souvenir des premières heures marquées par des frappes aériennes et des combats terrestres intenses reste vif. Dans cette période, la Suède lançait sa « beredskapsanpassning » – une adaptation de son niveau de préparation –, illustrant la gravité croissante de la situation.

Le contexte était également marqué par une flambée des prix de l’électricité conduisant à un premier soutien tarifaire, alors que la pandémie de Covid-19 voyait ses restrictions s’assouplir, témoignant des nombreuses crises concomitantes en Europe à l’époque.

Voici une synthèse des faits marquants et analyses par date qui ont jalonné les semaines précédant l’invasion, soulignant les évolutions militaires, diplomatiques et cybernétiques :

  • 12 janvier 2022 : La flotte russe du Nord déploie en mer Baltique des navires de débarquement lourds, doublant sa capacité offensive amphibie dans la région. Ces mouvements sont étroitement surveillés par les marines suédoise, danoise et l’aviation américaine.
  • 13 janvier : L’armée suédoise annonce une « adaptation de sa préparation » suite à la montée en puissance russe en Baltique, reflétant une prudence accrue.
  • 14 janvier : À la suite d’un ultimatum rejeté par l’Occident, la Russie entame des cyberattaques ciblées contre le gouvernement ukrainien tandis que ses forces effectuent une mise en alerte majeure. En réaction, la Suède mobilise des réservistes et se prépare à opérer sur tous les terrains, notamment sous la mer et dans les airs.
  • 15-16 janvier : L’activité militaire s’intensifie autour de la Suède ; des troupes suédoises sont déployées à Gotland, la Russie retire temporairement ses navires amphibies de Kaliningrad, et des forces américaines atteignent la Norvège. Des drones sont signalés au-dessus de sites nucléaires suédois.
  • 17-18 janvier : La Russie amorce un retrait apparent de ses navires amphibies vers la mer du Nord, tout en poursuivant des cyberattaques. En Suède, la police confirme des observations de drones militaires. L’ambassade russe à Kiev commence son évacuation.
  • 19-21 janvier : L’armée américaine renforce ses positions en Pologne et dans les pays baltes, tandis que la Russie augmente encore ses forces à la frontière ukrainienne et amène des systèmes de missiles Iskander en Biélorussie.
  • 22-24 janvier : Multinationales et pays occidentaux intensifient leurs exercices militaires ; le Royaume-Uni commence à évacuer son ambassade de Kiev, et l’OTAN mène des opérations navales significatives en Méditerranée, en réponse à la concentration russe.
  • 25-27 janvier : L’activité militaire russe dans la Baltique demeure intense avec un large déploiement naval. La Russie intensifie son contrôle régional, pendant que l’UE et les États-Unis préparent de nouvelles sanctions. Pendant ce temps, certains chefs militaires russes expriment leurs réserves internes vis-à-vis de la politique de Moscou.
  • 28 janvier – 2 février : Plusieurs signaux confirment la préparation russe à une offensive majeure, avec des mouvements de troupes lourdes, des déploiements d’artillerie et de missiles, et la mise en place de troupes dans l’enclave de Kaliningrad et la mer Noire. Les puissances occidentales ajustent leurs postures avec des renforts en Europe de l’Est.
  • 3-7 février : Face à la menace grandissante, des exercices communs renforcent la coordination OTAN, la Russie continue d’accroître ses forces dans les territoires frontaliers ukrainiens et biélorusses. Des tensions diplomatiques culminent avec la reconnaissance par la Russie des républiques séparatistes de Donetsk et Lougansk.
  • 8-11 février : Les tensions se cristallisent avec des évacuations diplomatiques, des fermetures de l’espace aérien à plusieurs niveaux, et la confirmation par divers services de renseignement que la Russie a lancé des préparatifs définitifs pour une invasion imminente.
  • 12-14 février : La situation dégénère rapidement : les États-Unis et les alliés intensifient les avertissements, les forces russes massent en Biélorussie et à la frontière ukrainienne tandis que les premiers raids aériens sont anticipés. La Suède déploie ses moyens de surveillance et de défense avec une attention particulière portée sur la Baltique et ses infrastructures critiques.
  • 15-23 février : Les derniers jours précédant l’invasion voient une multiplication d’incidents, de cyberattaques, d’attaques de désinformation et un démantèlement progressif de la présence diplomatique occidentale à Kiev. Les préparatifs pour une campagne militaire à grande échelle sont en place. La légitimité du pouvoir russe est de plus en plus contestée au sein même des cercles militaires.
  • 24 février 2022 – 04h25 : Vladimir Poutine annonce le début d’une « opération militaire spéciale » contre l’Ukraine, à travers un discours justifiant la démilitarisation et la « dénazification » du pays, qualifié par la Russie de menace existentielle. Peu après, des frappes aériennes et des attaques d’artillerie visent plusieurs villes clés en Ukraine, marquant le déclenchement d’une guerre à large échelle, contraire au droit international.

Carte spéculative des axes d’invasion russes en Ukraine avant le 24 février 2022
Carte spéculative des axes d’invasion russes publiée le 11 février 2022 – la progression réelle a toutefois différé, notamment avec une résistance ukrainienne plus forte et l’absence d’un débarquement à Odessa.

Cette chronologie souligne avec force la dynamique entre déploiement militaire, guerre de l’information et diplomatie qui ont précédé l’effondrement soudain de la paix en Europe. Si la menace était perceptible et largement anticipée par les services occidentaux et certains gouvernements, elle a surpris par son ampleur et sa brutalité.

Les enseignements tirés de cette période sont essentiels pour la compréhension des crises contemporaines en matière de défense, sécurité et géopolitique, et ils mettent en lumière l’importance cruciale d’une veille stratégique constante et adaptée aux nouveaux paradigmes de conflits hybrides et multidimensionnels.