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Rivaux, raids et discours : analyses des tensions géopolitiques mondiales

Dans un contexte international tendu, les grandes puissances et acteurs régionaux continuent de jouer des cartes diplomatiques, militaires et stratégiques pour asseoir leur influence. La Russie, l’Iran, la Chine, la Corée du Nord et les jihadistes figurent parmi les principaux protagonistes des dynamiques conflictogènes et des négociations en cours qui façonnent l’ordre mondial.

Russie

Malgré une intense activité diplomatique – allant d’une base aérienne en Alaska à la Maison-Blanche –, les efforts américains pour mettre fin à la guerre en Ukraine n’ont guère progressé. Le 15 août à Anchorage, le président américain Donald Trump a accueilli le président russe Vladimir Poutine avec faste, dans l’espoir qu’une réception chaleureuse et les perspectives d’accords économiques inciteraient la Russie à faire des concessions. Cependant, les discussions se sont avérées infructueuses, se terminant de manière prématurée sans accord sur un cessez-le-feu.

Trois jours plus tard, pour soutenir le président ukrainien Volodymyr Zelensky et éviter une rencontre tendue entre les deux chefs d’État, sept dirigeants européens ont rejoint Zelensky pour une réunion avec Trump. Ces échanges se sont déroulés de façon plus fluide, le président américain mettant peu de pression sur l’Ukraine. Il a été question de garanties de sécurité dont les contours restent flous. Le fait marquant est sans doute l’entrée des dirigeants européens dans l’arène diplomatique, après plusieurs mois de critiques à propos de leur exclusion des discussions précédentes. L’avenir reste incertain, entre accusations mutuelles de blocage entre Moscou et Kyiv et la poursuite probable de la diplomatie tâtonnante. Parallèlement, Trump cherche à organiser une rencontre bilatérale entre Poutine et Zelensky, ainsi qu’un sommet trilatéral incluant sa propre participation.

Rencontre entre Vladimir Poutine et Donald Trump à la base conjointe Elmendorf-Richardson à Anchorage, Alaska.

Iran

La diplomatie iranienne semble engagée dans une stratégie de contrôle des dégâts. Ali Larijani, récemment nommé secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, a effectué un déplacement à Bagdad et Beyrouth pour tenter de préserver l’influence régionale de Téhéran, en recul cette dernière année, notamment face aux pressions exercées par le gouvernement libanais pour désarmer son allié affaibli, le Hezbollah.

Le président Masoud Pezeshkian s’est rendu en Arménie pour évoquer les inquiétudes iraniennes liées à un récent accord sous médiation américaine entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Ce pacte inclut la création d’un corridor entre l’Azerbaïdjan et l’enclave de Nakhitchevan, idée rejetée par Téhéran qui redoute son impact géostratégique près de sa frontière arménienne.

Par ailleurs, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères a rencontré ses homologues chinois et russes en amont d’un probable affrontement diplomatique au Conseil de sécurité de l’ONU en septembre. Le déclenchement du mécanisme de « snapback » pour rétablir les sanctions internationales antérieures à 2015, proposé par le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, semble de plus en plus probable. Un débat existe au sein du pouvoir iranien sur la reprise des négociations avec les États-Unis, dans une position affaiblie après des frappes américaines et israéliennes en juin. Toutefois, les exigences des factions conservatrices rendent difficile un compromis susceptibles d’alléger les pressions diplomatiques et économiques.

Le président iranien Masoud Pezeshkian s’exprimant au parlement en mai 2025.

Chine

Les États-Unis et la Chine ont publié un communiqué conjoint le 11 août après leurs discussions commerciales bilatérales tenues fin juillet à Stockholm. Les deux parties ont convenu de prolonger leur trêve tarifaire de 90 jours, apaisant ainsi les marchés face au risque imminent d’une nouvelle escalade commerciale, et offrant un sursis pour poursuivre les négociations.

Le 19 août, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a rencontré le Premier ministre indien Narendra Modi, qui a accepté plusieurs mesures d’amélioration des relations bilatérales. Modi est attendu en Chine plus tard ce mois-ci pour le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai.

Dans la sphère politique chinoise, un événement notable fut la détention début août de Liu Jianchao, diplomate de haut rang et directeur du Département international du Comité central du Parti communiste chinois.

Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi avec Narendra Modi à New Delhi.

Corée du Nord

Comme à son habitude, Pyongyang a vigoureusement condamné les exercices militaires conjoints annuels entre les États-Unis et la Corée du Sud. Ces manœuvres sont systématiquement présentées par la République populaire démocratique de Corée comme une provocation justifiant son armement nucléaire et sa posture belliqueuse.

Le 11 août, le ministre de la Défense nord-coréen a dénoncé ces manœuvres comme une « confrontation militaire » et mis en garde contre des « conséquences négatives » non précisées. Le 19 août, le dirigeant Kim Jong Un a qualifié les exercices d’« expression la plus claire de la volonté de provoquer une guerre », lors de l’inspection d’un nouveau navire de guerre en construction.

Le nouveau président sud-coréen Lee Jae Myung, en fonction depuis juin, a annoncé des mesures pour apaiser les tensions intercoréennes, incluant la remise en vigueur d’un pacte de confiance militaire signé en 2018 mais resté inactif. Malgré ces gestes, le régime nord-coréen a maintenu une ligne dure. Kim Yo Jong, sœur du dirigeant, a rejeté ces propositions en réaffirmant qu’ils n’avaient « aucune volonté d’améliorer les relations ». Le 20 août, elle a ajouté que Pyongyang répondrait « immédiatement » aux exercices militaires américano-sud-coréens. Cette rhétorique agressive pourrait tenter de fissurer l’alliance entre Washington et Séoul à l’approche du premier sommet Lee-Trump prévu pour le 25 août.

Kim Jong Un rencontrant des officiers de l’armée populaire coréenne.

Jihadistes

Le 20 août au petit matin, les forces américaines ont mené, en coordination avec le gouvernement syrien, une opération visant à éliminer Salah Numan Abd al Nayif al Juburi, un cadre de l’État islamique, dans la région d’Atme en province d’Idlib, Syrie. Al Juburi avait opéré avec Daech en Irak, notamment dans la province de Salah al-Din, avant de rejoindre la Syrie après 2017. Avant sa mort, il dirigeait les financements et facilitait la circulation des combattants entre la Syrie et l’Irak, contribuant à la stratégie de résilience du groupe post-effondrement territorial.

Il s’agit de la troisième opération conjointe menée récemment entre les États-Unis et le nouveau gouvernement syrien contre l’État islamique, signe d’une confiance croissante entre Washington et Damas en matière de partage d’informations sensibles et de coordination sécuritaire – un changement notable, car les relations entre les deux chancelleries avaient jusqu’à présent été marquées par une grande méfiance.

Exercice d’entraînement conjoint entre forces de la Coalition et partenaires syriens en juin 2025.