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La société d’État russe Rostec manifeste un vif intérêt pour étendre les ventes du système de défense aérienne S-400 à l’Inde, suite à la performance remarquable du système lors du conflit opérationnel Sindoor en mai 2025 face aux avions et missiles pakistanais. Un haut responsable de Rostec a révélé que des discussions préliminaires sont en cours pour la vente de deux à trois régiments supplémentaires, Moscou s’engageant à respecter des délais de livraison assurés, afin de lever les inquiétudes récurrentes de New Delhi sur les retards.

Cette démarche intervient alors que la Russie doit encore livrer deux escadrons dans le cadre du contrat initial signé en 2018, d’une valeur de 5,43 milliards de dollars, avec des livraisons désormais prévues début et mi-2026. Ce calendrier traduit un équilibre délicat de confiance et de pragmatisme dans l’une des relations de défense les plus stratégiques au monde.

Le S-400, connu en Inde sous le nom de Sudarshan Chakra, est passé d’un achat controversé — qui avait failli entraîner des sanctions américaines sous la loi CAATSA — à un pilier central de l’architecture de défense aérienne multicouches du pays. Déployé le long des frontières avec la Chine et le Pakistan, son efficacité réelle pendant les quatre jours d’affrontement indo-pakistanais a non seulement justifié l’investissement, mais a aussi accéléré les discussions pour une extension, même si l’Inde poursuit le développement d’alternatives indigènes comme le projet Kusha.

Performances opérationnelles exceptionnelles
Une batterie S-400 stationnée près d’Adampur a réalisé une interception record mondial en abattant un appareil pakistanais à 314 km, soit au-delà de la portée nominale de 400 km annoncée pour le missile longue portée 40N6. Le chef de l’Armée de l’air indienne (IAF), Air Chief Marshal Amar Preet Singh, a confirmé que les S-400 ont détruit la majorité des six avions pakistanais abattus, dont des chasseurs JF-17 et un avion de surveillance, à plus de 300 km. Le radar 91N6E Big Bird a suivi simultanément plus de 300 cibles, guidant les interceptions. La mobilité du système, avec un déploiement en moins de cinq minutes, a empêché les tentatives pakistanaises de suppression électronique du dispositif.

Dans le cadre du contrat 2018 portant sur cinq régiments — chacun composé de huit lanceurs, 128 missiles, radars et véhicules de commandement —, la Russie a livré les trois premiers régiments d’ici 2023, malgré les perturbations liées à la guerre en Ukraine. Les quatrième et cinquième escadrons, initialement prévus en 2024, sont désormais attendus pour février et août 2026, selon les discussions bilatérales au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).

Conditions strictes pour la poursuite des livraisons
Le ministère indien de la Défense (MoD) a clairement précisé ses exigences : tout nouvel accord doit impérativement s’accompagner de garanties fermes de livraison. « Avant de signer tout nouveau contrat, nous demandons à la Russie de s’engager sur des délais stricts, sans nouveau glissement », a indiqué un représentant du MoD. Ces propos font écho aux déclarations du secrétaire à la Défense RK Singh en juillet 2025 concernant la mise en place d’une installation de maintenance, réparation et révision (MRO) indienne afin de réduire les risques logistiques. Rostec, via Almaz-Antey, a promis des « créneaux de production prioritaires » après la stabilisation en Ukraine, assurant avoir tiré les leçons des retards précédents, avec des futurs contrats prévoyant « des pénalités et des étapes par paliers ».

Cette volonté russe coïncide avec la réévaluation des menaces post-opération Sindoor par l’Inde, qui envisage d’acquérir 2 à 3 escadrons supplémentaires, pour un montant estimé entre 2 et 3 milliards de dollars. Les négociations pourraient s’achever d’ici mi-2026, pour des livraisons débutant entre 2029 et 2030. Une particularité pourrait résider dans un transfert partiel de technologie (ToT) à des entreprises privées indiennes telles que Bharat Dynamics Limited (BDL) pour l’assemblage des missiles, suite à l’autorisation russe donnée en octobre 2025 pour la production locale du missile 48N6. Cette approche « locale » vise à atteindre 50 % de contenu indigène, permettant de réduire les coûts et l’exposition aux sanctions, sous réserve de validation par les autorités indiennes.