Alors que Dassault Aviation se trouve dans une impasse avec Airbus concernant la gouvernance du projet du Chasseur de Nouvelle Génération (NGF), qui constitue le cœur du Système Aérien de Combat du Futur (SCAF), plusieurs médias internationaux ont rapporté que l’Allemagne envisagerait de rechercher d’autres partenaires que la France pour mener à bien ce programme. Une possible coopération renforcée avec le Royaume-Uni est ainsi de nouveau évoquée.
En résumé, si les négociations autour du lancement de la phase 2 du SCAF échouaient — ce qui semble probable au vu des divergences persistantes entre Paris et Berlin —, l’Allemagne pourrait décider d’agir de manière autonome, poursuivre sa coopération avec l’Espagne ou rejoindre le programme concurrent, à savoir le Global Combat Air Programme (GCAP) piloté par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon.
En novembre 2023, le journal britannique The Times avait déjà évoqué cette troisième option, soulignant que l’alors chancelier allemand, Olaf Scholz, ne percevait « aucun sens à la compétition entre le SCAF et le GCAP ».
Bien que Berlin ait démenti cette information, l’idée d’un rapprochement, voire d’une fusion entre le SCAF et le GCAP, n’est pas nouvelle. L’ancien commandant de la Luftwaffe, le général Ingo Gerhartz, avait notamment exprimé en juillet 2021 son espoir de voir un tel résultat lors d’une interview accordée à Defense News.
Airbus, de son côté, affirme soutenir cette perspective, soulignant toutefois que « ces programmes sont encore en phase de développement technologique, mais auront trop divergé pour pouvoir être fusionnés dans les deux prochaines années », selon son directeur général Guillaume Faury, en janvier dernier. Il a également insisté sur le fait que « les gouvernements doivent débattre du coût de leurs ambitions dès qu’ils disposeront d’une vision claire des spécifications du SCAF et du GCAP ».
Tandis que le SCAF rencontre des difficultés, le GCAP avance à grand pas. En décembre, Londres, Rome et Tokyo ont officialisé leur coopération par la signature d’un accord créant une Organisation Gouvernementale Internationale (OGI) chargée de superviser le programme. En juin, les principaux industriels impliqués — BAE Systems, Leonardo et Japan Aircraft Industrial Enhancement — ont formé la coentreprise Edgewing.
Bien que le partage des tâches soit désormais arrêté, le Royaume-Uni serait prêt à ouvrir le GCAP à l’Allemagne, selon des sources industrielles citées par le quotidien britannique The Telegraph. « La décision reviendra aux gouvernements concernés », ont-elles ajouté.
Cependant, ces mêmes sources précisent que le rôle de l’industrie allemande dans le développement de ce chasseur de nouvelle génération pourrait rester limité, compte tenu de l’avancement du projet. Il n’est cependant pas exclu que l’Allemagne rejoigne le GCAP en tant qu’État acquéreur, avec une voix dans certains domaines du programme, notamment sur la composante drones.
« L’adhésion de l’Allemagne au GCAP représenterait un succès majeur pour le Royaume-Uni et ses partenaires », résume The Telegraph, ajoutant qu’elle « renforcerait la viabilité économique du programme ».
Interrogé à ce sujet, un porte-parole du ministère britannique de la Défense a refusé de commenter cette possible intégration allemande, se contentant de réaffirmer l’engagement de Londres envers le GCAP, qu’il qualifie d’initiative favorisant « l’interopérabilité » entre alliés.
Cette interopérabilité constitue précisément un élément clé de l’Accord Trinity House, signé en octobre 2024 entre le Royaume-Uni et l’Allemagne. Selon le ministère britannique de la Défense, cet accord prévoit un développement conjoint de drones capables d’opérer aux côtés des chasseurs de la Royal Air Force et de la Luftwaffe. Cela intervient malgré le fait que la filiale allemande d’Airbus pilote le pilier 3 du SCAF, focalisé sur les drones et autres effecteurs connectés.
Laurent Lagneau