RTX Corporation, un acteur majeur de l’aéronautique et de la défense, a conclu plusieurs accords avec le Département de la Défense américain visant à accélérer la production de cinq systèmes d’armes clés, dont une nouvelle version du missile Tomahawk spécifiquement conçue pour l’attaque navale. Cette annonce survient quelques semaines après que le président Donald Trump ait qualifié l’entreprise de “moins réactive” face aux besoins du Pentagone.
Ces contrats, prévus pour une durée pouvant aller jusqu’à sept ans, concernent également un missile multifonction jugé essentiel pour l’interception des missiles balistiques antinavires chinois, a précisé RTX mercredi dernier.
Ce cadre contractuel a été établi environ un mois après que Donald Trump a sévèrement critiqué RTX sur les réseaux sociaux, exigeant notamment que les industriels de la défense réduisent leurs dépenses liées aux rachats d’actions et aux dividendes. Il avait même menacé de cesser toute collaboration avec RTX, fabricant notamment d’une version du système de missile Patriot et du moteur du chasseur furtif F-35.
Malgré ce contexte tendu, RTX avait déjà entamé les négociations, qui se sont poursuivies par la suite, selon une source proche du dossier, souhaitant rester anonyme en raison de la confidentialité des échanges.
Un quadruplement de la production du Tomahawk
Grâce à cet accord, RTX s’engage à porter la production annuelle du missile Tomahawk à plus de 1 000 unités, tout en augmentant également le nombre annuel de missiles air-air à moyenne portée avancés à au moins 1 900 exemplaires.
La production du SM-6, missile destiné à contrer les menaces antinavires chinoises, sera quant à elle portée à plus de 500 unités par an. De même, la fabrication des missiles SM-3 bloc IIA et IIB connaîtra une hausse notable.
Si le communiqué n’a pas précisé les volumes actuels, il indique que “la production de nombreuses munitions va doubler, voire quadrupler par rapport aux niveaux actuels”.
Cette initiative s’inscrit dans la politique de renforcement des dépenses militaires promue par l’administration Trump, qui vise à répondre aux lacunes mises en lumière par la forte demande en missiles lors des opérations au Yémen contre les rebelles Houthis et pour la défense d’Israël face aux missiles iraniens.
“Ces accords redéfinissent la manière dont le gouvernement et l’industrie peuvent collaborer pour accélérer la livraison de technologies critiques. Ils sont le fruit direct de la Stratégie de Transformation des Acquisitions de l’administration et de notre engagement à fournir les meilleures technologies plus rapidement”, a déclaré Chris Calio, PDG de RTX.
Selon le communiqué, ce contrat cadre adopte un modèle de financement collaboratif qui préserve la trésorerie initiale de l’entreprise, lui permettant ainsi d’investir en toute confiance afin de répondre à la demande sur le long terme.
Ce nouvel accord s’ajoute à une série de contrats majeurs déjà signés sous le Pentagone dirigé par Trump, notamment avec Lockheed Martin pour renforcer les capacités des systèmes d’interception Thaad et du segment missile Patriot PAC-3.
RTX avait déjà annoncé son intention d’augmenter ses investissements en capital à 3,1 milliards de dollars cette année, soit une hausse de 500 millions par rapport à 2023, afin d’améliorer ses capacités de production d’équipements et de munitions, notamment pour le Tomahawk.
Ce plan comprend l’intégration de solutions automatisées et d’autres équipements industriels pour optimiser la production et accélérer les livraisons au Pentagone. RTX mentionne spécifiquement des investissements à Huntsville (Alabama), McKinney (Texas) et Tucson (Arizona) pour soutenir cette montée en cadence.
Une capacité d’attaque maritime renforcée
Parmi les missiles concernés, deux modèles se distinguent particulièrement. D’une part, le nouveau Tomahawk antinavire, une arme qualifiée de “point de bascule” dans la lutte contre une flotte chinoise numériquement supérieure par l’amiral Daryl Caudle, chef des opérations navales. La Marine américaine avait prévu de déployer cette version sur ses destroyers dès l’année dernière.
D’autre part, le missile SM-6, unique dans l’arsenal américain pour ses capacités combinées d’interception aérienne, d’attaque à la surface et de défense terminale antimissile balistique maritime. Ce missile a été employé pour la première fois au combat en 2024 contre des drones houthis dans le golfe d’Aden, selon RTX.
Le SM-6 est également intégré au système terrestre de lancement Typhon de l’Armée américaine, qui offre une capacité antinavire longue portée. RTX bénéficie d’un contrat multianuel de 1 milliard de dollars, signé en 2019, portant sur 625 missiles, en vigueur jusqu’en 2026.
Cependant, le rôle le plus stratégique du SM-6 pourrait être la protection des navires de la Marine américaine contre un missile chinois guidé par satellite, surnommé le “tueur de porte-avions”. Le projet de loi budgétaire pour l’exercice en cours prévoit 378 millions de dollars, soit un doublement par rapport à la demande initiale de 187 millions, pour des acquisitions supplémentaires destinées à accélérer les commandes pluriannuelles de SM-6.
Tony Capaccio