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Saab intensifie sa campagne pour vendre ses avions de chasse Gripen E/F au Canada, en présentant l’appareil non pas comme un remplacement mais comme un complément aux F-35 américains, dans un contexte de tensions politiques entre Ottawa et Washington. Le constructeur suédois met également en avant la production nationale et le transfert de technologie afin de réduire la dépendance du Canada vis-à-vis des États-Unis.

Lors d’un échange avec des investisseurs, Micael Johansson, le directeur général de Saab, a affirmé que le Canada envisageait des options « pour ne pas dépendre excessivement des États-Unis en disposant d’une flotte duale, composée à la fois de F-35 et de Gripen ». Il a ajouté : « Nous leur fournissons toutes les informations détaillées dont ils ont besoin pour bien comprendre. »

Johansson a précisé que Saab avait partagé des détails sur la rapidité du transfert de technologie et sur la possibilité de mettre rapidement en place une ligne de production locale de Gripen au Canada. Il a même évoqué la perspective que cette usine puisse produire des avions destinés à l’exportation, interrogeant : « Comment le Canada s’impliquerait-il dans la perspective d’un marché d’exportation complet pour une entreprise de chasseurs ? »

À l’heure actuelle, Saab assemble le Gripen en Suède et au Brésil. Parmi ses récents contrats, la Colombie a approuvé en novembre 2025 un contrat de 3,1 milliards d’euros pour 17 avions, tandis que la Thaïlande a commandé l’an dernier quatre avions pour 5,3 milliards de couronnes suédoises. Par ailleurs, la Suède a signé une lettre d’intention avec l’Ukraine qui pourrait déboucher sur une commande de 100 à 150 chasseurs une fois le conflit terminé.

Le dirigeant de Saab a précisé que toute décision canadienne dépendrait d’arbitrages politiques majeurs et qu’il « ignorait » quand le contrat pourrait être attribué, tout en soulignant que « des discussions intenses se poursuivent bien sûr à ce sujet ». L’intérêt pour le Gripen a retenu l’attention des États-Unis, après qu’un haut responsable canadien a qualifié cette option de « très intéressante » en novembre, tandis que l’ambassadeur américain Pete Hoekstra a formulé le mois dernier ce qui semblait être un avertissement.

Dans une note adressée aux investisseurs, Bryon Callan, analyste chez Capital Alpha Partners, estime que le Canada pourrait « réduire » sa commande initiale de 88 F-35, ce qui pourrait expliquer les réactions de Pete Hoekstra et de l’ancien président Donald Trump. Il met toutefois en garde contre la complexité d’un accord autour du Gripen, anticipant que « les sous-traitances liées au F-35 seront supprimées pour les entreprises canadiennes », et souligne l’influence maintenue des États-Unis via le moteur produit par GE Aerospace équipant le chasseur américain.

Le Canada poursuit la révision de son programme F-35, initialement évalué à 27,7 milliards de dollars canadiens, tout en restant engagé à acquérir 16 appareils dans un premier temps, huit devant être livrés à la base aérienne Luke en Arizona entre 2026 et 2027. Saab, de son côté, continue ses investissements pour porter sa production à 36 Gripen par an et positionne parallèlement son avion de surveillance GlobalEye en vue de répondre aux éventuels besoins canadiens et ceux de l’OTAN.

Martin Chomsky