Lors du Salon aéronautique de Singapour en février 2026, Saab a proposé à l’Inde de produire localement le chasseur Gripen E dans le cadre d’un plan global combinant conception, production et maintenance. Cette offre implique la participation de plus de 300 entreprises et vise à renforcer la flotte indienne en complétant les Rafale et Tejas existants, tout en répondant aux besoins d’une structure aérienne modernisée. Les premières livraisons pourraient débuter dès la troisième année suivant la signature du contrat.
Au Salon de Singapour, Mikael Franzén, directeur marketing de Saab pour le Gripen et vice-président de la division aéronautique, a expliqué que la proposition à l’Inde s’inscrit dans une stratégie plus large. Celle-ci associe l’acquisition d’aéronefs à la création d’une industrie aérospatiale multicouche sur le territoire indien. Saab détaille une offre couvrant la conception, la production et la maintenance, avec une fabrication initiale en Suède avant un transfert progressif à grande vitesse vers l’Inde. Le calendrier prévoit un début des livraisons la troisième année après la conclusion du contrat, suivi d’une montée en cadence. Le programme industriel prévoit d’impliquer plus de 300 entreprises, toutes catégories confondues, allant des grands groupes aux PME.
Gripen E, un complément adapté entre Rafale et Tejas
Selon Mikael Franzén, le Gripen E pourrait être intégré dans la Force aérienne indienne (IAF) comme un chasseur complémentaire positionné entre le Dassault Rafale et le HAL Tejas. Le Rafale, avion multifonction haute performance, est optimisé pour des attaques profondes, de lourdes charges utiles et des missions longue portée. Le Tejas, chasseur léger national, vise à renforcer la flotte tout en soutenant la production intérieure. Saab présente explicitement le Gripen E comme une plateforme facilement déployable en nombre supérieur à celui des chasseurs plus lourds, un facteur crucial pour l’IAF qui opère bien en dessous de son effectif réglementaire de 42 escadrons.
Technologie et capacités avancées
Le Gripen E est équipé du radar AESA Raven ES-05, complété par un système de recherche et suivi infrarouge et un dispositif intégré de guerre électronique offrant une couverture sphérique à 360°. Il propose aussi des capacités d’attaque électronique telles que des modules brouilleurs et des leurres, le tout géré par une architecture modulaire du système de mission. Cette architecture permet à l’IAF de développer, qualifier, intégrer et certifier son propre logiciel, sans dépendance directe à Saab, ce qui accélère la mise à jour des capacités opérationnelles. En comparaison, le Rafale repose sur le radar AESA RBE2-AA et le système de guerre électronique SPECTRA, très performants mais étroitement liés aux cycles de mise à jour du fabricant.
Quant aux Tejas Mk-1A et Mk-2, ils embarquent le radar AESA Uttam et des systèmes de guerre électronique indigènes, mais leur progression reste tributaire de la cadence de production et de la maturité des sous-systèmes, domaines où le Gripen montre un avantage net.
Survivabilité et agilité opérationnelle
Le Gripen E affiche un modèle opérationnel différencié, centré sur la capacité à évoluer depuis des bases dispersées, non préparées, pistes courtes ou même routes. Ce choix de conception repose sur une empreinte réduite pour la maintenance et un cycle rapide de mission, permettant de ravitailler et réarmer l’appareil en moins de 15 minutes avec un effectif restreint au sol. En revanche, le Rafale est optimisé pour les bases aériennes classiques et les missions à longue distance, tandis que le Tejas s’appuie sur l’infrastructure standard de l’IAF.
De surcroît, le Gripen E est un avion tourné vers la technologie, conçu pour des mises à jour et améliorations constantes. Sa récente démonstration de vol contrôlé par intelligence artificielle en atteste. Cette architecture ouvre la voie à l’intégration future d’un logiciel national d’intelligence artificielle directement dans l’avionique primordiale, évitant ainsi des immobilisations prolongées liées à des contraintes extérieures.
Une flotte indienne sous tension
Actuellement, l’IAF exploite surtout des Rafale et Tejas, mais maintient également un parc plus vaste incluant des Su-30MKI, MiG-29 modernisés, Mirage 2000 et Jaguar. Cependant, sa dotation reste en dessous des 42 escadrons prévus, en raison du retrait des anciens MiG-21 et d’un rythme lent de renouvellement. Cette situation pousse l’IAF à rechercher de nouvelles solutions pour restaurer ses effectifs tout en modernisant ses capacités.
En pratique, l’Inde doit actuellement faire appel aux aides d’Oman et d’Équateur pour maintenir en vol ses Jaguar, ainsi qu’à un partenariat avec une société américaine pour moderniser ses MiG-29 d’origine russe. Par ailleurs, le choix d’un futur chasseur furtif – entre le programme AMCA, le F-35 ou le Su-57 – reste incertain. Dans ce contexte, l’introduction du Gripen E pourrait constituer une réponse multiple aux défis indiens :
- amélioration rapide du nombre d’appareils en état de vol,
- augmentation de la production pour revenir au minimum réglementaire,
- modernisation durable avec une dépendance étrangère limitée.
Polyvalence armement et système intégré
Le Gripen E peut embarquer une large gamme d’armements air-air et air-sol internationaux, notamment les missiles à longue portée Meteor et les missiles à courte portée IRIS-T. Ses dix points d’accrochage permettent de combiner armes, modules de ciblage, dispositifs de guerre électronique et équipements de reconnaissance, selon les besoins mission.
Le système intégré de guerre électronique couvre les alertes radar, la détection d’approche de missile, les contre-mesures électroniques et les fonctions offensives incluant mission d’escorte et auto-protection.
Son avionique et ses capteurs reposent sur la fusion de données multi-sources et les opérations en réseau, éliminant la dépendance à un système unique. L’appareil embarque le radar AESA Raven ES-05 monté sur plateau rotatif pour élargir le champ de vision, un système de recherche infrarouge et un dispositif interne de guerre électronique assurant une couverture complète.
Une architecture modulaire sépare les systèmes de mission des logiciels critiques au vol, rendant possibles des mises à jour rapides sans nécessiter une re-certification longue. La communication est assurée par des systèmes Link 16, liens de données nationaux et identification Mode 5 IFF, favorisant l’interopérabilité avec alliés et forces conjointes.
Le poste de pilotage associe un écran large et un système HUD (affichage tête haute) monté sur casque, consolidant les données pour faciliter la prise de décision. Saab souligne que cette architecture permet aux utilisateurs d’intégrer et de certifier leur propre logiciel de mission, incluant la guerre électronique et les fonctions d’intelligence artificielle.
Jérôme Brahy