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Safran et le Gas Turbine Research Establishment (GTRE) s’apprêtent à finaliser une coentreprise majeure pour développer un moteur turbofan de 120 kN de poussée, destiné à équiper le chasseur indien de cinquième génération AMCA MkII. Ce projet ambitieux, d’une valeur de 7 milliards de dollars et prévoyant une production initiale de 400 à 600 exemplaires, vise également une évolution à 140 kN pour des plateformes de sixième génération. Pour accélérer la validation en vol, un prototype d’AMCA servira de banc d’essai volant, une approche innovante qui doit réduire les délais de mise en service.

Cette collaboration stratégique combine l’expertise française de Safran en architectures à cycle variable, héritée du moteur M88 du Rafale, à l’expérience indienne du GTRE. Le moteur développé disposera d’un cœur à sec produisant 73 kN, pouvant atteindre 120 kN avec postcombustion. Parmi les avancées techniques figurent un système de contrôle électronique Full Authority Digital Engine Control (FADEC) et une température d’entrée turbine à 2 100 K, garantissant une amélioration de 20 % de l’efficacité par rapport au moteur F414 (98 kN) actuellement utilisé, avec la capacité de croisière supersonique sans pénalité sur la furtivité. Les essais au sol, prévus pour être terminés entre 2030 et 2031 au centre GTRE de Bengaluru, précèderont une montée en cadence de production à partir de 2035 pour équiper plus de 200 chasseurs AMCA ainsi que le futur Twin Engine Deck Based Fighter (TEDBF).

Le choix de Safran face à la concurrence, notamment Rolls-Royce, se justifie par l’absence de restrictions à l’exportation et une garantie de transfert technologique complet, permettant à l’Inde de maîtriser entièrement cet aéronef high-tech avec une propriété intellectuelle 100 % locale. Cette autonomie industrielle est jugée essentielle pour répondre aux défis sécuritaires sur plusieurs fronts.

Les premiers prototypes de l’AMCA, au nombre de cinq, sont pour l’instant motorisés par des moteurs GE F414 dans le cadre des essais de développement. Initialement, Safran proposait d’utiliser un Rafale modifié comme banc d’essai volant pour valider son moteur, mais le choix s’est porté sur un prototype AMCA. Cette décision vise à éviter les complications liées à la logistique et à la souveraineté, puisque le Rafale reste sous contrôle français. Le prototype AMCA, dont les premiers vols sont envisagés dès 2028, servira donc à intégrer le nouveau moteur dans des conditions réelles de vol, réduisant ainsi les risques de refonte importante.

Après la fin des essais au sol prévus autour de 2030-2031, un des prototypes AMCA sera modifié de manière asymétrique : un moteur 120 kN sera installé dans une baie, tandis que l’autre conservera le F414 de 98 kN pour garantir un équilibre aérodynamique et des performances fiables durant les tests. Cette configuration hybride permettra d’abaisser de 2 à 3 ans les délais de certification, évitant le recours à un banc d’essai spécifique tel que l’IL-76 envisagé auparavant pour le moteur Kaveri dérivé.

Le programme AMCA, soutenu par l’Agence de Développement Aéronautique (ADA), débute avec ces cinq prototypes équipés du F414-INS6 (98 kN) pour valider la structure et l’avionique, le premier vol étant prévu en 2028 avec une qualification initiale attendue pour 2032. Ce moteur intermédiaire déjà éprouvé sur le Tejas MkII achèvera de sécuriser la phase de développement avant le passage au moteur franco-indien. Une fois les essais au sol terminés, la conversion en banc d’essai volant débutera pour accumuler plus de 500 heures de vol avec le nouveau moteur, alimentant la certification du AMCA MkII prévue pour 2035.