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Dans une démonstration forte du soutien à l’initiative Aatmanirbhar Bharat de l’Inde, le motoriste français Safran Aircraft Engines a confirmé sa proposition d’un turboréacteur de nouvelle génération développant une poussée comprise entre 120 et 140 kN, spécifiquement conçu pour le programme du Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA). Ce moteur, envisagé comme le cœur propulsif du chasseur furtif de cinquième génération, sera intégralement fabriqué en Inde grâce à un transfert total de technologie (ToT) vers des entreprises nationales, garantissant ainsi une indépendance complète vis-à-vis des systèmes ou composants français ou étrangers. Cette avancée, issue des premières discussions avec le Gas Turbine Research Establishment (GTRE), pourrait déboucher sur un partenariat de co-développement estimé à 7 milliards de dollars, susceptible de redéfinir les relations aérospatiales indo-françaises.

100 % fabrication locale et chaîne d’approvisionnement indienne
Selon des sources proches des négociations, la conception du moteur met l’accent sur une chaîne d’approvisionnement entièrement localisée, allant des pales de turbine en monocristal avancées aux unités de contrôle numérique, toutes produites sur le sol indien. « Tout sera fabriqué localement dans le pays et toute la chaîne d’approvisionnement sera établie en Inde pour ce nouveau moteur, selon les premiers échanges avec le GTRE », a affirmé un acteur industriel, soulignant l’engagement de Safran à renforcer des entités indiennes telles que Hindustan Aeronautics Limited (HAL) ainsi que des acteurs privés comme Tata Advanced Systems ou Godrej Aerospace. Cette approche marque une différence notable avec des collaborations antérieures, comme celle du moteur M88 du Rafale, où subsistaient des dépendances aux importations, en cohérence avec la volonté du DRDO de promouvoir une production souveraine face aux menaces régionales croissantes.

Un moteur clé pour les performances de l’AMCA
Confié à l’ADA (Aeronautical Development Agency), l’AMCA est un chasseur furtif bimoteur multirôle qui nécessite une motorisation puissante pour atteindre des performances telles que le supercroisière, des soutes internes pour les armements et un rayon d’action de 1 500 km — des capacités inaccessibles avec des solutions provisoires comme le General Electric F414 (98 kN) prévu pour les prototypes Mk1. Le moteur proposé par Safran, dont la poussée sera modulable de 120 kN en sec à 140 kN avec postcombustion, intègre des technologies avancées : une température d’entrée turbine de 2 100 K apportant un gain d’efficacité de 20 %, un vecteur de poussée tridimensionnel pour une meilleure maniabilité, ainsi que des matériaux innovants comme les composites à matrice céramique capables de résister à de fortes contraintes thermiques. Ces caractéristiques constituent un saut technologique d’« une génération et demie » par rapport au M88, tout en s’intégrant aisément dans les prises d’air en serpentin de l’AMCA sans nécessiter de refonte majeure, comme l’a confirmé le directeur de l’ADA Jitendra Jadhav plus tôt cette année.

Un projet ambitieux soutenu par le gouvernement indien
Le DRDO prépare la soumission du projet au Cabinet Committee on Security (CCS), visant un financement de 7 milliards de dollars. Le plan prévoit initialement la production de 400 à 600 moteurs pour les variantes AMCA MkII, dont certains prototypes fonctionneront comme bancs d’essai en vol d’ici 2030. À plus long terme, l’Inde table sur un besoin total d’environ 1 100 moteurs pour ses programmes de chasseurs à l’horizon 2035, englobant notamment l’AMCA (plus de 200 unités projetées) mais aussi le Twin Engine Deck Based Fighter (TEDBF) destiné aux porte-avions de classe INS Vikrant — une version navale dérivée de l’AMCA qui exigera des variantes robustes adaptées aux opérations embarquées. Ce volume souligne une logique économique forte : un transfert complet de technologie pourrait générer un écosystème industriel national rivalisant avec les grands acteurs globaux, créant des milliers d’emplois dans les pôles technologiques de Bengaluru et Hyderabad tout en réduisant de 40 à 50 % les coûts de cycle de vie grâce à l’indigénisation.

Un débat stratégique au sein de la défense indienne
Cette proposition arrive dans un contexte de débats passionnés sur la défense. Si une majorité la qualifie de « bouleversement » capable de propulser l’Inde au rang des pays producteurs de turboréacteurs d’envergure mondiale – colmatant ainsi les lacunes du programme Kaveri –, certains critiques dénoncent le coût de 7 milliards de dollars et prônent un travail en parallèle avec d’autres options technologiques comme le moteur japonais IHI XF9. Néanmoins, grâce à ses succès récents sur le moteur REM 700 du Tejas MkII et la présentation de variantes évolutives, Safran apparait en position de leader. Les discussions initiales avec le GTRE, la branche moteur-aérospatial du DRDO, portent sur un calendrier de co-développement incluant des essais à l’échelle réduite dès 2027 pour valider la fabrication 100 % locale.