À Fort Bragg, l’exercice Scarlet Dragon rassemble armée et industrie pour tester l’intelligence artificielle en contexte opérationnel. Cette série d’expérimentations innovantes met l’accent sur l’intégration rapide de nouvelles technologies, notamment dans la lutte contre les drones et les systèmes automatisés, afin de combler les lacunes identifiées sur le champ de bataille moderne.
Par une froide journée de décembre dans la zone d’entraînement de Fort Bragg en Caroline du Nord, des soldats, aviateurs, marines et partenaires civils de l’industrie se sont réunis pour tester les dernières technologies de drones et de systèmes anti-drones, tout en échangeant rapidement des données de ciblage via le Maven Smart System de la National Geospatial-Intelligence Agency.
Scarlet Dragon constitue l’exercice d’innovation majeur du XVIIIe Corps aéroporté, où sont mises à l’épreuve de nouvelles idées et technologies pour répondre aux défis actuels des opérations militaires. « Nous nous concentrons sur l’introduction de technologies et d’approches nouvelles afin de combler les lacunes opérationnelles et répondre aux besoins identifiés dans les plans opérationnels à l’échelle mondiale », explique Rob Braun, directeur technique du XVIIIe Corps aéroporté.
Initiée en 2020 comme un simple exercice de simulation dans les sous-sols du quartier général du Corps, la série Scarlet Dragon s’est transformée en un événement innovant triennal rassemblant les forces interarmées, les agences gouvernementales et les partenaires industriels pour tester et intégrer les dernières technologies au service du combattant moderne.
Lors de cette édition, nommée Scarlet Dragon 26-1, plusieurs initiatives ont été expérimentées. La 18e brigade d’artillerie a collaboré avec l’US Air Force pour entraîner le chargement rapide et le déploiement d’un lance-roquettes multiple mobile (M142 HIMARS) à partir d’un C-17 Globemaster III, tout en recevant en simultané des données de ciblage transmises par le Maven Smart System. Ce partage de données optimisé facilite le déploiement rapide du HIMARS partout dans le monde, lui permettant de se positionner efficacement pour des engagements offensifs ou défensifs. « Nous réalisons un entraînement de chargement à froid avec un C-130, embarquons le HIMARS, le débarquons, exécutons une mission de tir rapide, puis le rechargeons rapidement », détaille le lieutenant Ryan Mitchell, chef de peloton HIMARS de la 18e brigade d’artillerie. « Grâce à Scarlet Dragon, nous utilisons un ciblage avancé avec les données reçues via Maven, ce qui nous permet de lancer les tirs plus rapidement. »
Un autre volet a porté sur le partage en temps réel des données et le suivi conjoint entre les hélicoptères AH-64 Apache de la brigade d’aviation de combat de la 82e division aéroportée, les drones et petits systèmes aériens sans pilote du XVIIIe Corps, les radars Sentinel de la 82e division et les systèmes SGT STOUT récemment déployés par la 108e brigade d’artillerie de défense aérienne. Ces radars Sentinel et systèmes SGT STOUT ont détecté les Apaches ainsi que les drones, transmettant les informations au quartier général du Corps afin d’affiner les capacités d’avertissement précoce au profit des troupes au sol. Les pilotes d’Apache ont testé leur aptitude à identifier et suivre des drones de petite taille, tandis que les équipes du système de défense aérienne à courte portée SGT STOUT ont validé leurs capacités de suivi et de ciblage.
L’intégration du système SGT STOUT dans la force de manoeuvre représente une étape essentielle pour améliorer la protection contre les menaces aériennes à courte portée. « Ce que j’apprécie dans Scarlet Dragon, c’est la manière dont nous mettons à l’épreuve non seulement les soldats, mais aussi le matériel dont nous disposons pour voir ce dont nous sommes capables et comment optimiser nos systèmes », déclare le spécialiste Daniel Rosas, opérateur du système de gestion des batailles de défense aérienne du XVIIIe Corps. « Dans le contexte actuel, notamment face aux menaces posées par les drones, il est crucial d’avancer dans notre capacité à détecter et suivre ces menaces. »
Scarlet Dragon offre ainsi aux militaires et aux partenaires industriels une opportunité unique de tester de nouvelles idées et innovations dans un environnement ouvert et à risque maîtrisé. « Ce que j’apprécie particulièrement, c’est qu’il ne s’agit pas d’un exercice aux délais ou résultats prédéfinis », précise le technicien en imagerie géointelligente sénior Sean Benson. « Nous pouvons essayer tout ce que nous souhaitons pour atteindre les résultats escomptés. Si une idée tient la route, elle est immédiatement testée. »
L’avenir de Scarlet Dragon
À chaque édition, le processus d’intégration est affiné et la technologie perfectionnée. À terme, la série d’exercices Scarlet Dragon sera intégrée au nouveau Joint Innovation Outpost (JIOP) du Lt. Gen. James M. Gavin, à Fort Bragg, dont l’ouverture officielle est prévue pour le 23 janvier 2026.
« Lors de Scarlet Dragon 26-1, le XVIIIe Corps aéroporté et Fort Bragg ont procédé à une ouverture partielle de notre nouveau Joint Innovation Outpost », explique le lieutenant-général Greg Anderson, commandant du Corps. « Avec le JIOP et la série Scarlet Dragon, nous serons en mesure de développer et tester des innovations rapides et pilotées par les soldats, tout en offrant à l’Armée un modèle pour révolutionner le processus d’acquisition. Cela renforce notre létalité tant au niveau tactique qu’opérationnel. »
Le JIOP permettra aux soldats de collaborer directement avec l’industrie civile et les établissements académiques afin de concevoir, affiner et produire des technologies innovantes. Ces innovations seront ensuite évaluées lors des exercices Scarlet Dragon avant d’être potentiellement déployées à l’échelle des forces interarmées.
En 2026, Scarlet Dragon sera déployé dans la région indo-pacifique, intégré à l’exercice annuel combiné Yama Sakura avec les forces terrestres d’autodéfense japonaises et l’armée américaine du Japon.