Dans un contexte de réajustement stratégique lié à des retards dans les acquisitions nationales, Mazagon Dock Shipbuilders Limited (MDL) et le groupe naval français Naval Group ont renouvelé un protocole d’accord exclusif visant à commercialiser et construire conjointement les sous-marins avancés « Scorpène Évolué » destinés aux marchés d’exportation.
Signé le 17 octobre à Mumbai, ce pacte positionne l’Inde en tant que centre de production de sous-marins pour des pays partenaires, avec les Philippines comme cible privilégiée. Cette démarche intervient alors que la Marine indienne semble prête à abandonner ses plans pour trois navires supplémentaires de classe Scorpène, réorientant ainsi la ligne de production de MDL vers des contrats à l’export plus lucratifs et soulignant les ambitions croissantes de New Delhi dans la vente de technologies sous-marines.
Ce protocole d’accord prolonge une collaboration initiée en 2016, qui avait abouti à la construction de six sous-marins de classe Kalvari pour la Marine indienne. Il met particulièrement en avant les améliorations indigènes de la version Évoluée, notamment les systèmes développés par le DRDO (Defence Research and Development Organisation). Face à l’accélération de la quête sous-marine de Manille, notamment dans un contexte de tensions croissantes en mer de Chine méridionale, des sources indiquent que MDL pourrait bientôt démarrer la construction pour la Marine philippine, signant ainsi la première exportation sous-marine indienne et une avancée majeure pour son industrie de défense.
La classe Scorpène Évolué est une évolution générationnelle par rapport au modèle diesel-électrique de base, fruit d’une collaboration depuis les années 2000 entre Naval Group et l’espagnol Navantia. Dotée d’un système de propulsion indépendant de l’air (AIP) à base de piles à combustible, elle permet des opérations immergées silencieuses et prolongées. L’intégration de batteries lithium-ion de dernière génération étend l’autonomie sous-marine à trois semaines, contre quelques jours seulement pour les modèles plus anciens. Ces progrès, alliés à des systèmes de gestion de combat avancés et une capacité de lancement vertical de missiles, confèrent à ce sous-marin une efficacité redoutable en milieu littoral.
Le parcours de MDL avec les Scorpène a débuté en 2005 avec le projet 75, livrant six unités qui constituent aujourd’hui la colonne vertébrale des sous-marins conventionnels de la Marine indienne. L’espoir d’une commande complémentaire d’une valeur de 36 000 crores de roupies (environ 4,5 milliards d’euros) pour trois exemplaires supplémentaires dotés des améliorations Évoluées semble cependant compromis. Selon des rapports du 14 octobre, le ministère de la Défense envisagerait d’abandonner ce projet au profit des sous-marins allemands de type 212/214, dans le cadre du projet 75(I) mené avec ThyssenKrupp Marine Systems.
Les Philippines apparaissent alors comme un client naturel dont les ambitions en matière de défense insulaire correspondent parfaitement aux capacités littorales du Scorpène. Dans le cadre de la phase 3 de son programme de modernisation révisé des Forces armées des Philippines (Horizon 3), doté d’un budget de 35 milliards de dollars, Manille accélère l’acquisition d’au moins deux sous-marins conventionnels diesel-électriques (SSK) d’ici 2028, avec des options pour deux autres. Cette urgence découle de l’agressivité croissante de la Chine en mer des Philippines occidentales, où les flottes de surface se révèlent insuffisantes face aux menaces sous-marines.
Depuis 2023, l’offre de Naval Group avec le Scorpène a gagné en traction face à des concurrents sud-coréens tels que le KSS-III de Hanwha Ocean. Le paquet proposé comprend un transfert complet de technologie, un assemblage local à Subic Bay – relançant ainsi des chantiers historiques – ainsi qu’une formation approfondie pour plus de 200 personnels philippins, suivant en cela le modèle indien Kalvari. Le développement des infrastructures, estimé entre 1 et 2 milliards de dollars, englobe simulateurs, bassins de radoub et centres de maintenance, assurant ainsi une autonomie opérationnelle complète.
Des sources proches du dossier indiquent que la participation de MDL pourrait se traduire par la fabrication des coques à Mumbai, puis leur expédition en semi-kit pour intégration finale aux Philippines. Cette coopération renforce les liens bilatéraux dans le cadre du dialogue de défense « 2+2 ». « Il ne s’agit pas seulement de navires ; c’est la construction d’un écosystème opérant autour des sous-marins », souligne un interlocuteur des Forces armées philippines, avec une demande finale de propositions attendue pour le premier trimestre 2026.