Le 27 novembre 2000, l’Armée de l’air indienne franchissait un cap majeur qui allait durablement transformer sa doctrine opérationnelle : la mise en service officielle des drones militaires. À la base aérienne de Bathinda, dans l’État du Pendjab, le Escadron n° 34 était créé sous le commandement du Wing Commander Sandip Sud, décoré de la médaille Yudh Seva et pilote confirmé de MiG-29 lors du conflit de Kargil. Il était équipé du drone tactique Searcher Mk II d’Israel Aerospace Industries, marquant ainsi l’acquisition des premières capacités organiques de surveillance, de reconnaissance, d’acquisition de cibles et d’évaluation des dommages en temps réel, tout en éliminant le risque pour les équipages.
Cette acquisition, amorcée timidement en 1998, fut considérablement accélérée par les enseignements tirés de la guerre de Kargil en 1999. Les opérations en haute altitude avaient révélé les limites des plateformes habitées dans l’atmosphère raréfiée de l’Himalaya et la vulnérabilité des missions de reconnaissance aérienne face aux tirs terrestres intenses. Quelques mois après le cessez-le-feu, le ministère de la Défense lança en urgence des contrats pour plus de 100 cellules Searcher Mk II, accompagnées des stations au sol, liaisons de données et charges utiles électro-optiques/infrarouges.
Le choix du numéro d’escadron revêtait une signification historique forte. Le n° 34 était initialement un escadron dédié aux missiles sol-air, créé en 1964 et équipé du S-75 Dvina soviétique (SA-2 Guideline). Après le retrait progressif de tous les escadrons de missiles SAM-II en 1992, l’Armée de l’air choisit de ressusciter ce numéro pour sa première unité UAV, symbolisant ainsi le passage de la défense active avec équipage à l’ère de la persistance sans pilote. Cette tradition se poursuivit avec la formation d’un second escadron UAV, le n° 36 (devenu plus tard n° 3002). En décembre 2003, une nouvelle numérotation unifiée fut introduite pour tous les aéronefs télépilotés, regroupés dans la série 3000 pour les distinguer des escadrons de combat habités. Le n° 34 devint ainsi le Escadron n° 3001, tandis que le n° 36 prit l’appellation n° 3002. Ces unités, ainsi que celles opérant les drones Heron et Searcher, furent rassemblées sous la structure de la Tactical UAV Wing.
Le Searcher Mk II s’imposait comme une plateforme robuste, moyen-altitude, à longue endurance. Avec une envergure de 7,5 mètres, une configuration à double poutre, un poids maximal au décollage de 330 kg et un moteur à piston Rotax 914, il pouvait stationner entre 15 000 et 18 000 pieds (4 500 à 5 500 mètres) pendant jusqu’à 18 heures, tout en embarquant une charge utile de 120 kg composée de capteurs jour/nuit. Les images en temps réel étaient transmises via une liaison radio en bande C ou par satellite en bande Ku, un atout décisif dans de nombreuses opérations de contre-insurrection au Jammu-et-Cachemire et sur la frontière occidentale.
Tandis que la marine indienne procédait en 2024 à la mise hors service de ses huit derniers Searcher Mk II lors d’une cérémonie à INS Garuda, Kochi, mettant fin à 22 années de surveillance maritime, l’Armée de l’air poursuit l’exploitation de flottes Searcher Mk II modernisées, qui cohabitent avec les drones plus imposants de la série IAI Heron. Plusieurs cellules ont bénéficié de mises à niveau à mi-vie avec l’intégration de terminaux satellitaires indigènes, de pods électro-optiques améliorés fournis par Bharat Electronics Limited (BEL) et Tonbo Imaging, ainsi que de charges utiles d’écoute électronique développées par le DRDO.
Du sommet enneigé de Kargil aux déserts du Rajasthan en passant par la jungle du Nord-Est, le Searcher Mk II a accumulé en silence plusieurs centaines de milliers d’heures de vol au service de l’Inde. Vingt-cinq ans après ce matin de novembre à Bathinda, la plateforme qui a introduit l’Armée de l’air indienne à la guerre sans pilote demeure une pièce maîtresse de la doctrine opérationnelle, des opérations ISR (renseignement, surveillance, reconnaissance) persistantes et des opérations centrées sur les réseaux, tout en accompagnant la transition vers des drones de nouvelle génération MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) et HALE (Haute Altitude Longue Endurance), comme le DRDO Tapas et l’Archer-NG.