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Alors que les premières livraisons du système d’artillerie tractée avancée (ATAGS), développé en Inde, sont prévues pour début 2027, les principaux acteurs du secteur privé, Bharat Forge (Kalyani Strategic Systems) et Tata Advanced Systems Limited (TASL), ont officiellement demandé au ministère de la Défense (MoD) d’augmenter les commandes au-delà des 307 unités initiales.

Face à un besoin estimé par l’Armée indienne à plus de 2 000 pièces d’artillerie tractée pour moderniser son parc vieillissant, les industriels estiment que la commande actuelle, d’une valeur de 6 900 crores de roupies, est largement insuffisante pour combler les lacunes critiques sur les zones frontalières sensibles, notamment la Ligne de contrôle réelle (LAC) avec la Chine. Cette demande intervient alors que se développent parallèlement des variantes plus légères et des systèmes concurrents, soulignant une dynamique intense mais complexe dans la renaissance de l’artillerie indienne.

L’ATAGS, un obusier de calibre 155 mm et longueur de canon 52 calibres, co-développé par l’Organisation de recherche et développement pour la défense (DRDO) avec Kalyani et TASL, marque un saut technologique majeur. Il offre une portée de 48 km avec munitions à longue portée, des motorisations électriques pour un déploiement rapide, ainsi qu’une capacité « shoot-and-scoot » surpassant celle des anciens Bofors. Signés en mars 2025 sous l’autorisation du Cabinet de sécurité, les contrats répartissent 184 canons à Kalyani pour 3 000 crores, et 123 à TASL pour 2 100 crores, ce qui constitue la plus grande transaction de défense privée jamais réalisée en Inde.

« L’ATAGS, pesant 18 tonnes, est prêt au combat et éprouvé, mais 307 unités ne représentent que deux régiments, » confie un cadre d’une société privée sous condition d’anonymat. « Des commandes supplémentaires massives stabiliseraient les chaînes de production, réduiraient les coûts unitaires de 20 à 25 % et garantiraient 70 % d’indigénisation conformément aux objectifs d’Aatmanirbhar Bharat. » Selon nos informations, il est proposé d’étaler les commandes à plus de 100 unités par an après 2027, pour exploiter les économies d’échelle, notamment en vue d’exportations vers les alliés du Quad confrontés à des besoins similaires.

La réaction du ministère de la Défense reste prudente, les responsables privilégiant des audits de rentabilité dans un contexte budgétaire contraint. Cependant, cette demande fait écho aux appels du chef d’état-major de l’Armée, le général Upendra Dwivedi, en janvier dernier, pour une conclusion rapide des commandes, mettant en garde contre l’aggravation du déficit en artillerie — qui compte désormais 1 500 pièces opérationnelles, contre 4 200 autorisées.

La pression est accentuée par la DRDO, qui développe parallèlement une variante plus légère du système d’artillerie tractée (TGS), affichant un poids inférieur à 15 tonnes, destinée à améliorer la mobilité dans des zones montagneuses comme l’Arunachal Pradesh. Reprenant des technologies-clé de l’ATAGS, telles que la motorisation servo-électrique de l’élévation et la gestion du recul, le TGS vise à augmenter la portée de 10 à 12 km grâce à des matériaux composites allégés et des canons modulaires. Néanmoins, le calendrier s’étend sur 5 à 6 ans : finalisation du design en 2026-2027, essais prototypes prévus en 2027-2028, puis validation de la production après 2030, retardée par les qualifications des matériaux et les tests en haute altitude.

Cette échéance ouvre la voie à une innovation accrue du secteur privé. Kalyani travaille sur une version ultra-légère dérivée de l’ATAGS, tandis que TASL développe ses propres systèmes hybrides électriques-hydrauliques. Par ailleurs, Adani Defence propose une version améliorée du Dhanush — canon 155 mm 52 calibres initialement conçu par l’Ordnance Factory Board (OFB) — désormais soumis à des offres privées via Advanced Weapons and Equipment India (AWEIL). Avec 114 unités Dhanush déjà en service et des commandes supplémentaires attendues, cette version promet des portées proches de l’ATAGS à coûts moindres, suscitant une compétition multi-acteurs intense.

Tous les candidats — prototypes TGS, ATAGS modifiés et évolutions du Dhanush — devront passer une batterie d’essais comparatifs à Pokhran et ailleurs, portant sur la létalité, la fiabilité et les coûts de vie utile. « L’Armée ne désignera pas de vainqueur sans confrontations directes ; il faut compter 18 à 24 mois d’essais en milieux désertiques et montagneux avant de lancer des commandes en volume, » précise un responsable de la DRDO. Si ce processus rigoureux assure la qualité, il pourrait retarder la production alors que l’Armée fixe un objectif ambitieux de 1 000 canons d’ici 2035 pour contrer les 5 000 et plus d’obusiers de l’Armée populaire de libération chinoise (PLA).