Les tensions entre Dassault Aviation et Airbus, au cœur du développement du nouvel avion de combat de prochaine génération (NGF) dans le cadre du Système de Combat Aérien du Futur (SCAF/FCAS), semblent atteindre un point critique. Selon Olivier Andriès, directeur général du groupe Safran, bien qu’une volonté politique forte demeure, notamment entre la France et l’Allemagne, la situation reste incertaine quant à l’issue de ce différend.
En effet, Dassault Aviation réclame une modification de la gouvernance du principal volet du programme, celui dédié au NGF, afin de conserver son rôle de maître d’œuvre et d’imposer ses choix face à Airbus. Cette dernière bénéficie d’une influence doublée grâce à la participation de ses filiales allemandes et espagnoles.
Pour l’industrie aéronautique allemande, laisser Dassault prévaloir serait une menace pour sa capacité à produire des avions de combat sur le sol national. Cette inquiétude a été réaffirmée le 3 décembre par Volker Mayer-Lay, député et rapporteur pour la Luftwaffe à la commission de la Défense du Bundestag, qui a recommandé que l’Allemagne se retire du programme SCAF/FCAS.
“Quitter le programme SCAF/FCAS ne serait pas un risque pour la sécurité, mais une opportunité de repartir à zéro. L’amitié franco-allemande survivra à cette épreuve, mais l’industrie allemande ne supportera plus de retards”, a-t-il argumenté.
La réponse à cette situation pourrait être apportée lors de la réunion des ministres de la Défense allemand, français et espagnol, prévue le 11 décembre. Si aucun compromis n’est trouvé sur le NGF, la coopération pourrait se poursuivre dans un cadre limité au développement de la “cloud de combat”. Ce système vise à assurer l’interconnexion et l’interopérabilité entre avions, drones et autres effecteurs.
Les autorités françaises et allemandes envisagent sérieusement cette option depuis plusieurs semaines. Le général Holger Neumann, commandant de la Luftwaffe, a insisté sur le rôle clé de cette interconnexion des systèmes sans pilote et des nouveaux capteurs : “cet élément sera mis en œuvre quel que soit l’avenir du chasseur”. Son homologue français, le général Jérôme Bellanger, partage ce point de vue.
Il est également primordial que cette “cloud de combat” soit compatible avec celle développée par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon dans le cadre du Global Combat Air Programme (GCAP). Ce dernier ambitionne de créer un “système de systèmes” semblable au SCAF/FCAS, favorisant à terme des opérations conjointes plutôt que parallèles, comme c’est encore trop souvent le cas avec le F-35, a souligné le général Bellanger.
Concernant le GCAP, également appelé Tempest, la presse britannique rapporte que le Royaume-Uni serait ouvert à une intégration de l’Allemagne dans ce projet, malgré les rumeurs d’un éloignement de Berlin à l’égard de la coopération franco-allemande sur le NGF.
“Il n’est pas exclu que l’Allemagne rejoigne le GCAP en tant qu’acheteur”, avec une participation certaine sur autant d’aspects que les drones, ont indiqué des sources industrielles.
Cette perspective est cohérente avec l’accord conclu entre Londres et Berlin via le traité Trinity House signé en octobre 2024, qui porte notamment sur le développement et la mise en réseau de systèmes aériens sans pilote.
Par ailleurs, l’Italie, impliquée dans le GCAP, cherche également à attirer l’Allemagne. Le 5 décembre, le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a déclaré lors d’une audition parlementaire que “l’Allemagne pourrait très probablement rejoindre ce projet à l’avenir”.
“Nous créons les conditions pour que tout pays désirant s’intégrer au programme sache quelle voie emprunter”, a-t-il ajouté, en évoquant aussi l’Australie comme candidat possible. Selon lui, “plus il y aura de participants, plus la masse critique financière et d’expertise sera forte, plus les bénéfices économiques seront importants et les coûts réduits”.
Le ministre italien a également souligné que “l’industrie européenne de défense souffre toujours d’une fragmentation importante”. Il a déploré les “duplications inutiles, l’égoïsme et le gaspillage de ressources”, appelant à poursuivre des objectifs clairs et concrets.
Il a conclu en insistant sur la nécessité de se doter d’outils militaires efficaces et adaptés, capables de répondre à l’évolution rapide des menaces et des technologies, tout en évitant le gaspillage des moyens.