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Les soldats déployés à la frontière américano-mexicaine utilisent des équipements technologiques avancés, allant de systèmes de lutte contre les drones à des casques futuristes, pour repérer les migrants et alerter les agents de la patrouille frontalière.

Parmi ces équipements innovants expérimentés par l’Armée dans le cadre de cette mission figurent des drones et des brouilleurs de drones, des capteurs sophistiqués ainsi qu’un casque de type vidéoludique appelé Integrated Visual Augmentation System (IVAS). Développé par Microsoft à partir de 2018, l’IVAS avait recueilli des avis mitigés lors de tests terrain antérieurs.

Ce casque comprend un affichage tête haute transparent intégrant des capteurs thermiques et de vision nocturne, une boussole pour la navigation ainsi que des fonctions de réalité augmentée.

« Vous pouvez positionner des graphismes sur une carte interactive qui accompagne les soldats lorsqu’ils passent des frontières d’État ou des points de contrôle », explique le capitaine Zander Wiesehuegel, commandant d’une compagnie du 2e Stryker Brigade Combat Team déployé sur plusieurs États le long de la frontière. « Pour cette mission en particulier, cela leur permet de collecter des données reçues via radio, de les afficher sur la carte, et ainsi tous ceux équipés du casque voient en temps réel ces positions. »

Les dispositifs de vision nocturne offrent aux soldats une capacité accrue de planification et de communication, poursuit Wiesehuegel, soulignant que ces derniers peuvent rapidement contacter les agents des douanes et de la Patrouille frontalière américaine pour définir l’endroit précis où ils ont observé une activité suspecte.

La mise au point de l’IVAS par Microsoft a cependant connu des difficultés. En 2023, des tests ont montré que ce casque réduisait la capacité létale des soldats, avec moins de cibles touchées en entraînement. En 2022, des évaluations du Pentagone ont signalé que l’IVAS provoquait des « déficiences physiques impactant la mission » comme des maux de tête, des douleurs cervicales, des nausées et une fatigue oculaire.

Des rapports d’octobre 2024 ont néanmoins confirmé que des modifications apportées ont corrigé les problèmes initiaux relatifs à l’humidité, aux vertiges et aux dysfonctionnements d’affichage.

Photo : Le capitaine John Filipczyk, commandant de la compagnie Charlie du 2e bataillon du 12e régiment d’infanterie, teste l’IVAS lors d’une conférence de commandement à Fort Bliss, Texas, en juillet 2025. Cette force conjointe soutien la patrouille frontalière pour assurer le contrôle opérationnel complet de la frontière sud des États-Unis.

Initialement basé sur le dispositif Microsoft HoloLens vendu dans le commerce, le projet IVAS a vu sa production et ses développements matériels et logiciels repris par la société Anduril en février 2025. Anduril collabore également avec Meta pour l’intelligence artificielle et la réalité augmentée intégrées au casque. L’entreprise vante des capacités de perception au-delà de la ligne de vue ainsi qu’une résistance accrue face aux drones.

Un appel d’offres de l’Armée d’avril 2025 décrit ce projet, rebaptisé Soldier Borne Mission Command Center, comme un « système de conscience numérique » fournissant une surveillance situationnelle jour et nuit pour les soldats en déplacement.

Selon Wiesehuegel, les soldats ont besoin d’environ trois nuits de patrouilles pour se familiariser avec ces dispositifs de vision nocturne.

La frontière, un terrain d’expérimentation

L’Armée considère la mission à la frontière comme une opportunité de mettre à l’épreuve des systèmes encore non validés en conditions réelles.

Le major Geoffrey Carmichael, porte-parole de la Joint Task Force Southern Border, précise que les soldats « non seulement contribuent à préserver l’intégrité de la frontière sud des États-Unis, mais participent également à un laboratoire d’expérimentation à cette frontière ».

En mars 2025, le commandement nord-américain (US Northern Command) a annoncé le déploiement de 2 400 soldats du 2e Stryker Brigade Combat Team basé à Fort Carson, Colorado, pour des opérations de détection et de surveillance. Les autorités ont insisté sur le fait que ces soldats « ne participeraient pas directement à des opérations d’interdiction ou de déportation ».

Les soldats du 2e Stryker Brigade Combat Team utilisent notamment le système Common Remotely Operated Weapon Station (CROWS), héritage des opérations en Afghanistan, pour détecter les migrants, et des radios à longue portée pour appeler en moins d’une minute une patrouille terrestre qui alerte à son tour les agents des douanes et du département militaire du Texas.

Ils emploient aussi des microdrones Black Hornet de 16 grammes, également utilisés en mission de surveillance discrète, ainsi que des systèmes Dronebuster conçus pour brouiller et détourner les fréquences des drones hostiles. Le système TITAN collecte des informations de ciblage et scanne les fréquences radio pour détecter la présence de drones à proximité, complète le capitaine Ben Hale, commandant de l’une des compagnies.

« Beaucoup de ces moyens de lutte contre les systèmes aériens sans pilote (UAS) n’étaient pas disponibles avant leur arrivée à la frontière », explique le capitaine Bailey Buhler, porte-parole de la Joint Task Force-Southern Border. « L’introduction de ce matériel coïncide avec le lancement de cette mission, qui offre au ministère de la Défense une occasion inédite de renforcer la sécurité nationale tout en améliorant notre entraînement. »

Certains équipements classiques de combat de l’Armée ont été adaptés pour affronter les menaces modernes, notamment des radars initialement conçus pour la défense contre l’artillerie et les roquettes, qui ont été mis à jour face à l’augmentation des observations de drones dans la zone frontalière.

Le système CROWS, largement utilisé en Irak et en Afghanistan, bénéficie désormais de caméras et capteurs améliorés offrant une vision périphérique à 360 degrés, précise l’Armée.

Des compagnies polyvalentes

Les soldats engagés font aussi partie de formations nouvelles dans le cadre de l’initiative Transform in Contact de l’Armée, qui sélectionne des unités pour tester des concepts et technologies destinés à être déployés dans l’ensemble des forces pour les futurs conflits.

Deux unités du Stryker Combat Team ont été désignées comme Multi-Purpose Companies (MPC). Ces compagnies conservent leurs pelotons d’infanterie et de mortiers tout en ajoutant deux pelotons supplémentaires dédiés respectivement à la guerre électromagnétique et à la reconnaissance chimique, biologique, radiologique et nucléaire (CBRN).

Photo : Le spécialiste Gino Exume, affecté à la compagnie Charlie du 1er bataillon du 41e régiment d’infanterie, surveille les activités illégales au bord du Rio Grande près de Rio Grande City, Texas, en juin 2025. Cette unité agit dans le cadre de la Joint Task Force-Southern Border qui coordonne des opérations intégrées, agiles et interdomaines pour endiguer l’immigration illégale.

Le colonel Hugh Jones, commandant du 2e Stryker Brigade Combat Team, indique que ses soldats sont chargés de surveiller plus de 1 044 miles (environ 1 680 km) de la frontière américano-mexicaine, soit quasiment un soldat pour chaque demi-mile (environ 800 m).

Les MPC peuvent déployer des troupes dans des convois Stryker capables de traverser des terrains montagneux sur plusieurs États, ou réaliser des opérations à pied dans des zones marécageuses difficiles d’accès pour les véhicules, précise le capitaine Hale.

« La frontière présente une diversité de terrains très importante », ajoute-t-il. « Lorsque la Joint Task Force identifie des zones nécessitant un renforcement de la surveillance ou un appui à la patrouille frontalière, elle peut rapidement réaffecter les MPC en leur fournissant tous les moyens adaptés, quelles que soient les contraintes naturelles du terrain. »

Ces formations ont été testées auparavant en centre d’entraînement, mais leur déploiement opérationnel est une première. Lors d’une rotation en août 2024 au Joint Readiness Training Center de Fort Polk, Louisiane, conduite par le 2e Mobile Brigade Combat Team de la 101e division aéroportée, une des premières unités sélectionnées dans le cadre du programme Transform in Contact, les soldats MPC ont contribué à l’élaboration d’un plan de dissimulation utilisant des leurres émettant des signaux Wi-Fi et Bluetooth pour tromper un adversaire fictif.