La Flotte du Pacifique russe a confirmé que des sous-marins russes et chinois ont mené leur première patrouille conjointe dans la région Asie-Pacifique, marquant une étape majeure dans la coopération militaire bilatérale. Selon le service de presse de la flotte, ce déploiement inédit a impliqué des sous-marins d’attaque diesel-électriques naviguant en mer du Japon et en mer de Chine orientale. Cette annonce souligne une nouvelle phase dans la consolidation de l’interopérabilité navale sino-russe, dans un contexte de fortes tensions stratégiques dans l’Indo-Pacifique.
La patrouille comprenait le sous-marin russe Volkhov (B-603), du projet 636.3 de la classe Kilo, qui a parcouru plus de 3 200 kilomètres depuis sa base de Vladivostok. Le projet 636.3, souvent désigné par l’OTAN comme le « Kilo amélioré », figure parmi les sous-marins diesel-électriques les plus silencieux en service, parfois surnommé le « trou noir » en raison de sa faible signature acoustique. Équipé de systèmes sonar avancés, de missiles de croisière Kalibr à capacité d’attaque terrestre et de torpilles puissantes, le Volkhov est conçu pour des missions de guerre anti-sous-marine, anti-surface et d’attaque terrestre, ce qui en fait une plate-forme polyvalente en milieu côtier et en haute mer.
Bien que les sources russes n’aient pas officiellement révélé le modèle du sous-marin chinois participant à la patrouille, des images et analyses publiées début août par l’Institut Naval des États-Unis (USNI) ont identifié l’unité chinoise comme le Great Wall 210, appartenant à la flotte de sous-marins de la classe Kilo améliorée de la Marine de l’Armée populaire de libération (APL), achetés à la Russie entre 1997 et 2005. L’APL opère actuellement dix de ces sous-marins, qui restent essentiels à ses capacités de guerre sous-marine conventionnelle. Comme leurs homologues russes, ces bâtiments sont armés de torpilles puissantes et de missiles de croisière, leur permettant d’effectuer des missions à la fois défensives en milieu côtier et offensives.

Les deux sous-marins ont opéré en coordination avec une force opérationnelle plus large incluant la corvette russe Gromkiy et le grand bâtiment anti-sous-marin Admiral Tributs, ainsi que les destroyers chinois Urumqi et Shaoxing, accompagnés de navires auxiliaires de soutien. Les bâtiments de sauvetage Igor Belousov pour la Russie et Xihu pour la Chine ont réalisé des exercices conjoints d’évacuation et de sauvetage sous-marin. Cet aspect de l’exercice illustre la sophistication technique de la patrouille, car les opérations de sauvetage sous-marin requièrent un équipement avancé et une interopérabilité précise entre équipages, témoignant de la progression des deux marines dans la conduite d’opérations combinées à haute complexité.
Historiquement, la coopération navale sino-russe s’était limitée aux navires de surface depuis la première patrouille maritime conjointe en 2021. L’intégration des actifs sous-marins constitue un saut qualitatif, ajoutant un nouveau niveau aux opérations combinées. Leur coopération opérationnelle inclut déjà des exercices de haut niveau, comme la circumnavigation du Japon en 2021, ainsi que des patrouilles aériennes et maritimes régulières dans le Pacifique et près de l’Alaska. Dans ce contexte, le prochain exercice Interaction Maritime 2025 à Vladivostok confirme que le passage aux patrouilles sous-marines traduit une confiance mutuelle accrue et une meilleure interopérabilité technique.

Du point de vue opérationnel, les patrouilles sous-marines représentent l’une des formes les plus complexes de coopération navale. Maintenir le contact entre sous-marins exige une coordination rigoureuse, des protocoles de communication avancés et la capacité de distinguer alliés et adversaires dans des environnements sous-marins difficiles. Les commandants russes ont souligné l’importance de la guerre anti-sous-marine (ASM) et de la surveillance des communications maritimes durant ces exercices, tandis que des analystes chinois, cités par le Global Times, ont considéré cette patrouille comme une preuve de la confiance stratégique croissante entre les deux pays.
Les implications stratégiques de cette patrouille conjointe dépassent la sphère tactique navale. Géopolitiquement, ce déploiement envoie un message clair aux États-Unis et à leurs alliés dans l’Indo-Pacifique : Moscou et Pékin sont prêts à aligner leurs forces sous-marines dans des eaux contestées.
Sur le plan géostratégique, cette patrouille renforce la revendication des deux nations en tant que garants de la stabilité dans la région Asie-Pacifique, tout en affichant une posture de dissuasion vis-à-vis du Japon, de la Corée du Sud et de la marine américaine. Militairement, elle pose les bases d’opérations sous-marines combinées en situation de conflit, augmentant la capacité des deux marines à protéger les lignes de communication maritime et à défendre les infrastructures économiques en haute mer.
Cette première patrouille sous-marine conjointe est donc à la fois une réussite opérationnelle et une déclaration géopolitique soigneusement pensée. En étendant leur programme annuel de patrouilles conjointes aux sous-marins, la Russie et la Chine franchissent une étape supplémentaire vers une alliance navale globale capable de défier la domination occidentale dans le Pacifique.
Le fait que les deux marines aient engagé des sous-marins de la classe Kilo, reconnus pour leur discrétion et leur létalité, souligne la gravité de cette manœuvre. Alors que l’Indo-Pacifique devient le théâtre principal de la compétition navale mondiale, cette patrouille illustre la volonté croissante de Moscou et Pékin de coordonner leurs actions sous l’eau aussi bien qu’en surface.
Brad Lendon