Dans un débat animé qui fait rage au sein des cercles de défense indiens, Vivek Krishnan, entrepreneur et PDG de SSS Defence, prend fermement position en faveur de l’innovation indigène dans les armes légères, tout en dénonçant l’assemblage superficiel et les importations étrangères surévaluées. Dans un message publié alors que l’armée indienne discute de ses besoins en fusils, Krishnan appelle le gouvernement à privilégier des efforts locaux authentiques, comme le fusil de précision SABER de sa société, éprouvé en combat, plutôt que des copies occidentales sans valeur qu’il qualifie de « screwdrivergiri ».
Ce fil, réponse directe à un critique non nommé, débute par une critique claire du fusil de précision Barrett MRAD, récemment évoqué pour une possible adoption par l’armée. « Le MRAD est une arme éprouvée. Si c’est une importation directe, disons-le clairement », affirme Krishnan.
Il met en garde contre le simple assemblage en Inde, souvent à partir de kits complètement démontés (CKD), qui affaiblit la qualité. Cela revient, selon lui, à un montage rapide de quelques pièces en 5 à 10 minutes. Une véritable indigenisation exige, au contraire, des composants locaux substantiels pour garantir une fiabilité comparable à l’original, ce qui rejoint la nouvelle procédure d’acquisition révisée (DAP) attendue en décembre au ministère de la Défense, qui insiste sur une autonomie réelle plutôt que de simples démarches symboliques. Krishnan met ensuite en avant le SABER de SSS Defence, un fusil de précision chambré en .338 Lapua Magnum, désormais « battle proven » et exporté à l’international — une donnée bien connue du gouvernement indien.
Il souligne que, comme dans d’autres pays, il est courant de privilégier des variantes locales offrant 90 % des performances des meilleurs modèles, tout en facilitant la maintenance, l’approvisionnement en pièces détachées et en renforçant l’autonomie stratégique. « Personnellement, je trouve que beaucoup de gens vendent du matériel américain doré à l’or fin tout en critiquant ceux qui réalisent un véritable travail en Inde », déplore-t-il, rappelant avec fierté que le seul modérateur monté sur les fusils finlandais SAKO est conçu et fabriqué en Inde.
SSS Defence prépare par ailleurs sa première participation au salon Milipol Paris en novembre 2025, où seront présentés des équipements tels que le fusil d’assaut T72 et la mitrailleuse compacte G72, illustrant l’élan exportateur de l’entreprise. Sur le controversé calibre 7,62×39 mm, Krishnan défend le P72 — développé après la coentreprise AK-203 avec la Russie en 2020 — comme une alternative avisée. « Ce choix a été motivé par la volonté d’offrir aux utilisateurs indiens une option alternative, d’autant que la livraison des armes russes a pris du retard », précise-t-il, défiant les sceptiques.
Face aux interruptions dans l’approvisionnement russe, aggravées par le conflit en Ukraine et des tensions géopolitiques récentes, le P72 constitue non seulement une solution de secours en « temps de stress » mais également une opportunité pour accéder à des marchés étrangers intéressés par ce calibre. « Quand l’industrie réfléchit en termes financiers tout en fournissant une solution de rechange… pourquoi un producteur indigène devrait-il s’expliquer ? » s’interroge Krishnan, en lien avec les objectifs plus vastes d’autonomie stratégique (atmanirbharata), notamment validés lors de l’Opération Sindoor où les armes légères fiables ont été décisives dans les actions antiterroristes.
Reconnaissant l’écart d’expérience, Krishnan admet que les fabricants étrangers bénéficient de « plusieurs décennies » d’avance sur des acteurs indiens émergents comme SSS Defence, qui fête tout juste dix ans d’existence. Pourtant, il met en avant la capacité de production impressionnante de son entreprise : « 3 variantes de fusils de précision, 4 fusils d’assaut, 2 variantes pour forces spéciales, 1 mitraillette, 1 pistolet ».
Loin de plaider pour des achats « à l’aveugle », SSS réclame simplement une priorité par rapport aux importations étrangères. Une demande que Krishnan considère comme étant dans l’intérêt national, notamment alors que l’Armée de l’Air indienne envisage d’élargir ses escadrons à 55-60 appareils et que l’Armée de Terre renforce ses frontières avec des canons AK-630 dans le cadre de la Mission Sudarshan Chakra.
Pour conclure son intervention plus large, Krishnan lance une critique générale : « L’armement indien ne sera jamais parfait. Les Américains et les Européens nous vendent aussi parfois du matériel de mauvaise qualité. Le jour où nous l’aurons compris, nous cesserons de payer le prime gringo. »