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Lors de la conférence de sécurité de Munich, le Premier ministre britannique Keir Starmer a alerté sur la nécessité pour l’Europe de réduire sa dépendance excessive vis-à-vis des États-Unis et d’évoluer vers un modèle d’interdépendance. Il a appelé à une OTAN davantage pilotée par l’Europe, soutenue par une coopération renforcée entre le Royaume-Uni et l’Union européenne dans les domaines de la défense et de l’industrie.

Keir Starmer a souligné que l’Europe doit prendre une responsabilité nettement plus grande dans sa propre sécurité. Pour lui, le continent doit s’éloigner d’une « surdépendance » aux États-Unis afin d’adopter un nouveau modèle fondé sur une interdépendance stratégique.

Dans un discours majeur à Munich, le Premier ministre a rappelé que le contexte sécuritaire avait profondément changé. Les États européens ne peuvent plus considérer la guerre comme une menace lointaine. Il a alerté sur les conséquences directes de l’agression russe, qui se manifestent désormais sur tout le continent non seulement par l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, mais aussi par des campagnes de désinformation, des cyberattaques et des actes de sabotage.

Starmer a estimé que l’Europe devait réagir par une montée en puissance de sa préparation militaire et un renforcement de sa coopération industrielle en matière de défense. Le pouvoir dur est devenu « la monnaie de l’époque », a-t-il affirmé, insistant sur la nécessité pour les États européens de pouvoir dissuader toute agression et, le cas échéant, d’être prêts à défendre leurs populations et leurs valeurs par la force.

Le Premier ministre britannique a qualifié les États-Unis de « puissance indispensable », rappelant qu’ils ont assuré la sécurité européenne avec une contribution sans équivalent pendant plus de 80 ans. Toutefois, il a souligné que Washington attend désormais des Européens qu’ils assument en priorité leur propre défense, et que le continent doit s’adapter à cette exigence nouvelle.

Starmer a rejeté l’idée qu’une simple substitution des capacités américaines soit possible, mais a plaidé pour une évolution à long terme dans les investissements et la coopération en matière de sécurité européenne. Il a recommandé de réduire les dépendances actuelles et de construire une coordination plus étroite entre alliés, décrivant cette évolution comme une transition « de la surdépendance à l’interdépendance » dans le cadre d’un effort global visant à bâtir une OTAN plus européenne.

Le Premier ministre a également pointé du doigt les inefficacités et les doublons dans les achats de matériels militaires en Europe, citant la grande diversité des équipements en service : plus de 20 types de frégates, 10 types d’avions de chasse et plus de 10 types de chars principaux. Il a qualifié cette situation d’« extrêmement inefficace » et préjudiciable à la sécurité collective.

Selon Starmer, la guerre en Ukraine a démontré l’urgence d’une action coordonnée et rapide. Il a mis en garde contre le fait que, malgré ses lourdes pertes, la Russie continue de se réarmer et de reconstruire son industrie militaire. En s’appuyant sur les évaluations de l’OTAN, il a averti que la Russie pourrait être en mesure d’utiliser la force militaire contre l’Alliance d’ici la fin de la décennie, et qu’un accord de paix en Ukraine ne réduirait pas automatiquement la menace pour l’Europe.

Le Premier ministre a enfin appelé à approfondir la coopération entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, notamment dans les domaines de la défense, de l’industrie, des technologies et de l’économie au sens large, considérant cet axe central pour renforcer la sécurité européenne. Il a réaffirmé que « le Royaume-Uni n’est plus celui de la période du Brexit », insistant sur le fait que se replier sur soi serait une forme d’abandon dans un monde de plus en plus dangereux.

Starmer a conclu en avertissant que les dirigeants européens doivent être prêts à prendre des décisions difficiles et à construire un large consensus public en faveur d’une hausse des dépenses de défense et du réarmement. Pour lui, toute hésitation politique risquerait de laisser la place aux voix extrémistes. Le statu quo n’est plus viable et l’Europe doit agir de concert pour renforcer sa posture militaire.