Un haut responsable de l’Armée de l’air indienne (IAF) a révélé que les panneaux moteurs exposés du Sukhoï Su-57E compromettent gravement sa furtivité, notamment depuis l’arrière. Héritage de la conception soviétique du Su-27, ce défaut a été clairement signalé aux homologues russes lors des discussions en cours, soulevant d’importantes interrogations sur la signature radar (RCS) et infrarouge (IR) de cet appareil, qui remettent en cause son statut annoncé de « furtif ».
Cette révélation intervient alors que le Su-57E, la version d’exportation du chasseur russe de cinquième génération Felon, est examiné de près par l’IAF. Celle-ci cherche à renforcer ses escadrons en attendant la mise en service de son propre projet AMCA. « La conception avec moteurs exposés est un talon d’Achille évident », a souligné la source indienne, insistant sur le fait que l’appareil conserve la configuration biplace caractéristique des Su-27.
Ce design comporte de nombreux angles vifs, coins et éléments saillants qui augmentent significativement la surface équivalente radar du Su-57E, estimée entre 0,1 et 1 mètre carré de face selon les analyses occidentales, un niveau bien supérieur aux références en matière de furtivité comme le F-35, dont le RCS est de l’ordre de 0,001 m². Depuis l’arrière, la vulnérabilité est encore plus marquée : les buses moteurs et panneaux non protégés constituent une cible radar particulièrement facile, surtout lors d’engagements en poursuite à longue distance.
À ces problèmes radar s’ajoute une signature infrarouge frontale élevée. La vue directe sur le cœur brûlant des turboréacteurs AL-41F1, fonctionnant à environ 1 800°C, transforme l’appareil en véritable cible thermique pour les missiles à guidage infrarouge. « Ce n’est pas seulement la signature radar : le panache thermique est un signal clair envoyé aux capteurs de suivi », a précisé la source de l’IAF, rappelant des critiques formulées depuis la présentation initiale du Su-57 en 2010.
Les prises d’air serpentines exposées, l’absence de revêtements absorbants efficaces sur les pales des turbines et des buses non dentelées ont longtemps fait l’objet de critiques, avec Aviation Week qualifiant la furtivité du Su-57 de « furtivité allégée au mieux ». Contrairement aux homologues américains ou chinois, qui utilisent des dispositifs de refroidissement par air dérivé et des matériaux métamorphiques pour dissimuler les moteurs, le Su-57 mise sur une poussée brute élevée (environ 29 000 livres-force par moteur), un compromis lié aux contraintes techniques et économiques russes.
Ces lacunes ne sont pas une simple question théorique pour l’Inde. Confrontée à un déficit d’environ 11 appareils face aux déploiements chinois de J-20 le long de la Ligne de contrôle effective (LAC), l’IAF envisage le Su-57E comme une solution intermédiaire, avec un possible achat de 114 exemplaires dans le cadre d’un contrat de 20 milliards de dollars évoqué en 2024. Cependant, les retours de l’opération Sindoor ont révélé des faiblesses similaires sur les Su-30MKI plus anciens, où les brouillages électroniques avaient accentué la vulnérabilité IR. « Nous avons communiqué ces préoccupations de manière diplomatique mais ferme à UAC (United Aircraft Corporation) et Rostec », a ajouté l’officiel, faisant référence aux discussions bilatérales à Moscou le mois dernier. En réponse, la Russie a proposé des panneaux composites correctifs pour recouvrir les chambres arrière des moteurs, réduisant ainsi les émissions thermiques grâce à des boucliers céramiques.
Selon les déclarations russes, des prototypes ont été testés en soufflerie et en conditions réelles au Gromov Flight Research Institute, obtenant une réduction de 40 à 50 % de la signature IR sans pénalité aérodynamique. « Ils nous assurent que cette solution est facile à intégrer en production », a rapporté le responsable indien. Pourtant, un certain scepticisme demeure : même si ces revêtements peuvent atténuer la signature thermique, leur impact sur la réduction radar arrière reste incertain.