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Le bureau d’études russe Sukhoi a confirmé que le premier vol de son chasseur tactique léger de cinquième génération, le Su-75 Checkmate, est prévu pour début 2026. Cette avancée majeure dissipe les doutes persistants sur la viabilité du programme. Un haut responsable de la défense russe a révélé que l’appareil a subi des modifications radicales de son design, intégrant les retours de plusieurs pays acheteurs potentiels, transformant ainsi un simple prototype conceptuel en un avion d’exportation polyvalent et prêt à la production.

Dans un contexte d’intérêt renouvelé de marchés clés, la Russie réaffirme son offre de longue date à l’Inde, proposant un transfert complet de technologie (ToT) ainsi que des droits d’exportation exclusifs, incluant des options de personnalisation moteur afin de séduire New Delhi.

Cette annonce intervient à un moment crucial pour le secteur aérospatial russe, mis à mal par les sanctions internationales et le conflit en Ukraine, mais déterminé à conquérir une part du marché mondial des chasseurs furtifs. Avec des prototypes en assemblage avancé dans les installations de Komsomolsk-sur-l’Amour, le Checkmate entend rivaliser avec des modèles occidentaux et chinois tels que le F-35 Lightning II et le Shenyang FC-31, tout en affichant un coût estimé entre 50 et 60 millions de dollars par unité, largement inférieur à ses concurrents.

Depuis sa présentation spectaculaire au salon MAKS 2021, où la maquette grandeur nature avait attiré tous les regards en présence du président Vladimir Poutine, le Su-75 a suscité une attention internationale intense. Initialement prévu pour un premier vol en 2023, le programme a connu des retards liés aux révisions du design, mais ces délais ont permis des améliorations substantielles.

Selon ce même responsable russe, les suggestions recueillies auprès de nombre de pays en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique latine ont inspiré une refonte complète entre 2022 et 2023.

Parmi les modifications clés :

  • Améliorations aérodynamiques : Flaperons agrandis, extensions allongées de l’intrados de l’aile et section arrière remodelée pour optimiser furtivité et maniabilité, réduisant la signature radar tout en améliorant la performance en haute incidence.
  • Avionique et armement modulaires : Électronique en architecture ouverte empruntée au Su-57, permettant une intégration rapide de capteurs spécifiques clients, aides pilotées par intelligence artificielle et suites d’armes. L’appareil dispose de cinq soutes internes pouvant embarquer jusqu’à 7 400 kg de charge utile, incluant des missiles air-air comme le R-77M, et 11 points d’emport externes pour des missions non furtives.
  • Ajustements de coûts et de performances : Modifications de la cellule et des systèmes de commande visant à optimiser la consommation de carburant et réduire les coûts de cycle de vie, avec des dépenses opérationnelles estimées à six à sept fois inférieures à celles du F-35. Des simulations sur supercalculateurs ont accéléré ces changements, évitant la nécessité de prototypes physiques coûteux à un stade précoce.

Ces évolutions ont permis de limiter les risques techniques tout en élargissant l’attrait du Checkmate. Présenté récemment au Dubai Airshow 2025, le programme inclut désormais des variantes telles qu’un trainner biplace (T-75) et une configuration de type “Loyal Wingman” sans pilote, laissant présager une famille d’appareils plutôt qu’un modèle isolé. « La boucle de rétroaction a transformé les vulnérabilités potentielles en points forts », souligne le responsable, attribuant à ces échanges internationaux l’évolution du Su-75 d’un « concept intéressant » à un « concurrent prêt pour la production ».

Animé par un seul réacteur AL-41F1 offrant une poussée comprise entre 14 500 et 16 000 kgf, le Checkmate promet des vitesses de Mach 1,8 à 2,0, un rayon d’action au combat de 3 000 km et une capacité de supercroisière – des caractéristiques attractives pour les clients étrangers recherchant une technologie de cinquième génération à prix abordable, sans les contraintes géopolitiques associées au F-35.

Interrogé sur l’Inde, où le Su-75 a été initialement proposé comme successeur potentiel des vieillissants MiG-21 et MiG-29, le responsable a répondu sans équivoque : « L’offre reste valable, comme depuis le premier jour. » Moscou propose un package inédit : transfert intégral de technologie permettant une production indigène complète en Inde, couplé à des droits d’exportation mondiaux exclusifs. Hindustan Aeronautics Limited (HAL) ou des partenaires privés pourraient ainsi devenir les seuls assembleurs, transformant potentiellement l’Inde en une plaque tournante d’exportation, à l’image de la filière Su-30MKI.

Un argument particulièrement attractif concerne le choix du moteur. Les acheteurs pourront opter pour le RD-177S (un dérivé monoplace du AL-41F1) ou pour le plus puissant AL-41F1 utilisé sur le Su-57, selon les profils de mission. « Si l’Inde manifeste de l’intérêt, nous sommes prêts à co-développer des variantes, réduisant encore les coûts en fonction des spécifications de l’Indian Air Force », a ajouté la source, confirmant les engagements antérieurs de Rostec à ajuster les prix en fonction des retours clients.

Cette proposition intervient alors que l’Inde mène son appel d’offres pour 114 avions multirôles (MRFA) et pousse le développement de son Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA). Le profil monoplace et monomoteur du Su-75 serait complémentaire, plutôt que concurrent du AMCA biplace et bimoteur. Néanmoins, des sceptiques à New Delhi pointent les antécédents russes de retards et les risques liés aux sanctions.